Little Hanoï

Bo Bun Paris

Le bò bún. Depuis quatre mois, il constitue mon quotidien. Ou presque. Il enfile son attirail de super-héros et sauve la plupart de mes déjeuners. Pour de vrai. Car lorsqu’on travaille à Belleville, on a vite fait de boucler le tour des restaurants asiatiques de pacotille qui vous donnent l’impression de vous transformer en ravioli frit vivant et suintant. D’ailleurs on comprend vite le concept de tous ces bouis-bouis : mariner sous des volutes de graisse ambiante et engloutir l’équivalent d’un bol d’acides gras saturés avec quelques carottes râpées orange fluo et trois morceaux de viande élastique et bien adipeuse. On a persisté, pourtant. On en a essayé toute une tripotée. Et on en a essuyé, des déceptions. Car tout est reproductible, dans ces bicoques. Les chaises vernies, les tables graisseuses, les chats dorés qui secouent la tête, les serveurs aussi aimables qu’un nem en train de frire, et même le staphylocoque doré qui se prélasse dans nos assiettes. Car dans ces endroits là, ne pas se laver les mains, on dirait que ça tombe sous le sens. Alors lorsqu’on tombe sur un bò bún frais, joli et gouteux, on retient l’adresse. On la note frénétiquement, même.

bo bun

Premier aperçu de la boutique : c’est plein à craquer, les serveurs papillonnent de table en table, et la cuisine a l’air propre et bien organisée. Ça sent bon, les volées de bò bún se succèdent allegretto, et ouf, on nous déniche une petite table. On lorgne sur les assiettes d’à côté qui nous inspirent. On dilate nos narines, notre fréquence respiratoire s’emballe. Parce que pour une fois, ça nous plaît ! On évite tout de même de devenir tout bleu, et on reprend notre souffle pour passer commande. Le bò bún arrive, attention.

bo bun

Et il est tip top. Ça sent bon la coriandre, les légumes sont frais, la viande est étonnamment bonne, et les nems bien croustillants. Pour une fois, on sort le ventre léger, notre estomac ne crie pas au scandale, et notre veste n’empeste pas le nem. Il n’y a pas à tortiller, ici, le bò bún est roi. Et nous, on s’agenouille !

Little Hanoï, 9 rue Mont Louis, 75011 Paris

L’addition : bò bún = 11 euros

Au comptoir de Brice

Burger Paris

On sort nos harpons et nos filets. La pêche au meilleur burger de Paris reprend. Et aujourd’hui, cap sur le Comptoir de Brice. On se tient prêt, piaffant et trépignant. On en a tellement entendu parler, de ce burger, reportage vidéo à l’appui, que nos glandes salivaires se transforment en outres rebondies à peine sortis du métro. Car chez Brice, ça ne rigole pas. Sa récente institution prône le home-made jusqu’au bout du steak. Le comté qui pique, les oignons confits, les chapeaux de pain moelleux cuits sur place, les graines de courge en guise de taches de rousseur, et la géniale sauce moutardée aux condiments. Le Gentleman Burger, au moins.

au comptoir de brice

Avant tout, il s’agit de cheminer jusqu’à Château d’Eau. Pas le quartier le plus glamour, mais qu’importe, on s’en accommode. Ensuite, il faut aller s’enfermer dans le marché St Martin, entre les bacs de poivron à l’huile et de fêta aux herbes. Pourquoi pas. Puis tolérer les néons blanchâtres type ceux qui nous fendent le crâne tous les jours à l’hôpital. Bon, on fait avec. Puis s’installer sur des sièges du paléolithique supérieur, à trois pattes histoire de bien garder l’équilibre. Car si ça se trouve, il est vraiment déstabilisant ce burger. Alors rester les jambes écartées au ras du sol poussiéreux, c’est peut-être plus sûr. Et si un grognement néandertalien s’échappe de notre gosier, on comprendra pourquoi, au moins. Si on dégringole jusqu’aux onomatopées, là on commencera quand même à se poser quelques questions.

au comptoir de brice

J’en rajoute trois couches, je l’avoue. Car au Comptoir de Brice, c’est quand même agréable. Les néons du marché, on les oublie vite, et le sol poussiéreux aussi. Le mobilier est somme toute rigolo, et lorsqu’on réussit à éviter le carrefour de courants d’air de l’allée-trottoir et à s’installer à l’intérieur, on n’est pas si mal. Au comptoir, ça doit même être chouette. Et nous qui aimons la cuisine dite « du marché », pour une fois on en déguste au sens figuré et au sens propre.

au comptoir de brice

au comptoir de brice

Déboulent donc deux adorables mini-burgers. Les frites se marchent sur les tiges, coincées dans un mini-bac à friteuse. C’est vrai que c’est craquant. Alors on boulotte allégrement le tout. Et on se laisse un peu aller. Ompf. Humflp. Gloumpf. Car quand on est spontanément glouton, difficile de ne pas devenir gloutonnement spontané, dans cette ambiance !

au comptoir de brice

Pour finir, dans l’assiette, c’est plutôt très réussi (sauf le dessert, plus vite oublié qu’avalé). Le burger décroche le titre de VIB (Very Important Burger), mais n’arrache pas la première place du podium. Car en dépit de tous ses bons ingrédients, l’ensemble fricote un peu trop avec la monotonie. Pas le meilleur burger de Paris, donc, mais une adresse à ne pas manquer pour autant. Pour les burgerophiles. Et même pour les burgero-manes.

Au comptoir de Brice, 33 rue du Château d’Eau, 75010 Paris

L’addition : 1 burger + 1 bière + 1 dessert = 27 euros

Blend

Burger Paris

Haven’t tried Blend burgers ? Where in the world have you been? * 

blend paris

Ohhh cette fois-ci, c’est du sérieux. Je ne parle pas de trois lamelles de cornichon vert marécageux enfouies sous un ersatz de steack suintant et dégoulinant. Ni de tranches de pain aussi moelleuses qu’une brioche oubliée sur le plan de travail depuis trois semaines. Ni de deux feuilles de salades aussi savoureuses qu’un sac plastique. Ni de fromage fondu jaune criard tendance canard de bain. Non.

blend paris

Le burger mono-goût, c’est dépassé (ouf). Les papilles suffocant sous des montagnes de gras sans saveurs, c’est de l’histoire ancienne. Les humpf de détresse lancés par notre pharynx étouffant sous une couette de pain Harrys rassis, on oublie. Tout au moins on arrête la boucherie. Le souvenir du burger de seconde catégorie, il croupit au fond d’un cachot de notre hippocampe qu’on garde bien fermé. Clic clac. A double tour. Avec cadenas, verrous, et tout le toutim. Et si on pouvait maçonner un petit mur devant, on le ferait.

blend paris

Car après le désert émotionnel dans lequel tant de sandwichs nous ont englués, enfin, on se réveille. On rallume nos sensations. On s’électrise, même. Une véritable décharge de saveurs. Des goûts francs et individualisables. Du moelleux-savoureux-goûteux hypervolté. Du courant continu de viande de boeuf et de la vraie, Yves-Marie Le Bourdonnec au générateur. Du comté haute-fréquence, du pain maison haute-tension. Des joules de délice.

blend paris

Et on ne mentionne pas les frites maison, ni trop dodues ni trop maigrichonnes, bichonnées et mises en pli pour croustiller sous nos molaires ra-vi-es. Om-nom-nom.

blend paris

On n’a même pas mal au ventre en sortant. Sans rire. Car bon, on peut éviter de faire semblant. Après un burger mammouthesque et insipide, on a tous l’impression de se transformer en fauteuil gonflable de piscine. Alors pas question de pester sur la taille (brossée par d’autres comme riquiqui) des portions de Blend. Au moins, en sortant, on ne se sent ni écœuré ni pathologiquement glouton. Et permettez-moi de vous rappeler qu’un vrai burger, ça ne se boulotte pas vitesse aspirateur. Ici, en burgerophiles avertis, on se la joue gourmets, et pas voraces. Et on l’apprécie, notre blender de saveurs !

Blend, 44 rue d’Argout, 75002 Paris

L’addition : menu midi 15 euros = burger + frites + boisson

* inspiré d’une publicité Smirnoff de 1966

Lobster Bar

Restaurant Paris

 » Will you, won’t you, will you join the dance ? « *  Nous , on s’y joint sans hésitations. On embarque pour un tour, rouleaux et écume en vue. Roulements de tambours pour le homard encore posté sous son rocher, prêt à jouer des pinces et à allumer le moteur de ses dix petits pieds. « With the lobsters, out to the sea ! « *

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On découvre le phénomène au détour d’un article. On hésite un peu, on hausse les épaules, on esquisse un sourire mi-figue mi-raisin, et puis, zut, on y va. Sandwich d’accord, mais pas n’importe lequel. Le gratin des casse-croûte. L’aristocratie en personne, à n’en pas douter. Et si l’occasion ne fait pas l’espadon, le hasard fait bien le homard. On met donc le cap sur le Lobster Bar, toutes vapeurs dehors.

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On se glisse dans l’antre du prince. Pas de cris de bête ébouillantée, mais une douce atmosphère marine, joliment reconstituée. Tables en laiton, bancs en bois vernis. On cherche presque à entendre le clapotis des vagues. Quelques anchois frais en guise d’entrée, dans le vif du sujet. Ici, on est marin ou on ne l’est pas. Jusqu’au t-shirt du serveur, avec ses rayures bleues ambiance bord de mer en plein été.

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Notre digne sandwich arrive enfin. Pas de farce à la Salvador Dali, c’est du homard et du vrai. Lui qui s’étonnait de ne pas recevoir de téléphone bien cuit lorsqu’on lui servait du homard **, il s’en étonnerait toujours. Nous, on préfère notre décapode tout rose. Qui a piqué, comme il se doit, un fard pendant la cuisson. Même pas un coup de pinces au moment de mordre dans notre animal. On déguste notre Sandwich (avec un grand S), chic à souhait.

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Sa majesté le homard s’en prend tout de même un coup d’humilité en pleines pinces. coincé dans un petit pain au lait (Pasquier, si, si). Il conserve une cour plutôt select, avec de chouettes frites maison au bon goût d’huile d’olive. Et quelques feuilles de sucrine pour retrouver un peu d’air frais.

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On apprécie de la première à la dernière bouchée notre animal marin. Qui plus est outre-atlantisé. On lui collerait presque un drapeau américain entre les pinces, tant le concept débarque straight from the United States. On parie sur l’aller simple du concept-sandwich. En ce qui nous concerne, on ne le laissera pas repartir. On a du homard plein la tête. Et puisqu’on adore, on le sacre même roi des casse-graine. En bref, le homard aux pinces d’or !

Lobster Bar, 41 Rue Coquillière, 75001 Paris

L’addition: lobster roll = 26 euros

* extrait de la chanson de Franz Ferdinand The Lobster Quadrille
** En référence à son « téléphone-homard »

Helmut Newcake

Brunch Paris

Gluten free, for your pleasure. C’est le moment pour les farines de blé, orge et seigle de passer à la trappe. Il faut bien lui rentrer dans le lard, à cette auto-immunité barricadant l’accès à nos pâtisseries chéries. SI tant est que vous les subissiez, ces anticorps anti-transglutaminase. Avouez que si tel est le cas, vous aimeriez bien les ranger dans un tiroir l’espace d’un repas. Pour enfin laisser vos papilles prendre un bain moelleux chocolaté et plonger tout droit dans une religieuse au café. Pour détendre votre palais crispé par un massage éclair (vanille s’il vous plaît).

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Rendez-vous donc chez Helmut Newcake. Et attention, pas de « Bye bye birdie, i’m gonna miss you so, bye bye birdie, why’d you have to go » *… même pour les non-allergiques. Car le blé, on l’oublie. L’affaire est plutôt réussie.  Si la glutenophobie vous grignote, vous avez frappé à la bonne porte.

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Pour nous autres glutenotolérants, on a tout de même envie d’essayer. Après tout, le concept est plutôt unique. Les choux à la crème et tartelettes au citron sans gluten, ça ne court pas les étals de nos pâtissiers. Et on se dit que ça vaut peut être le coup. Que « maybe, we will be so cozy » * …

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On pose une option sur le brunch. Installés dans un charmant salon baigné de lumière, on  » wipe off that full of doubt look » *, et « slap on a happy grin » * . Car le brunch est assez charmant. Tous les indispensables répondent présents. Y compris les pancakes, aussi épais que des coussins. Les « Lemon bichon » sont choux, au sens propre comme au sens figuré. De petites boules potelées aux couleurs pop.

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Seulement le petit plus, on a du mal à le dénicher. On est face à tout ce qu’il y a de plus classique, version re-travaillée. Sans gluten, d’accord, mais sans trop de peps non plus. C’est audacieux sans forcer. On regrette un peu le conformisme du brunch, sans oublier que pour les intolérants au gluten, ce n’est pas si conformiste que ça. On apprécie malgré tout la découverte. Si bien qu’on  » just put on a happy face » * !

* Extraits de la comédie musicale  » Bye bye Birdie »

Helmut Newcake, 36, rue Bichat 75010 Paris

L’addition : brunch = 24 euros

L’Altro

Restaurant Paris

Stasera, on dîne (encore) italien. A croire qu’on fait la chasse à la pasta. Ambiance outre-atlantique cette fois, type loft américanisé. Tout de noir vêtu. Dépouillé mais avec goût, avec vue plongeante sur la danse des toques blanches. Nicely done.

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Grand escalier sombre et suspensions basses diffusant une lumière tamisée donnent le ton. Effet Tyndall garanti, si poussière il y a. Point de nuées de particules nageant sous les lumières voilées cependant, l’endroit est bien astiqué. Au bar, chaises vieillies type métal usé (mais pas trop), chaises de bistrot et banquettes en cuir au teint boucané en salle. Une carte à l’italienne, avec antipasti et pasta à la pelle. Servis avec une pincée d’accent italien. Juste bien dosé. Juste assez pour tendre l’oreille et savourer la description de nos plats.

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En guise de préambule, un carpaccio de bœuf replet comme il faut. Avec un petit ventre de salade bien assaisonnée, et un caban de parmigiano. D’épais copeaux, piquants en bouche, assommant nos palais de plaisir. Ils en rougiraient, s’ils pouvaient.

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Les pâtes du jour, tomates, basilic et pancetta, ne sont pas décevantes, pour une fois. Encore fermes, et surtout suffisamment bien cuisinées pour nous laisser autre chose en bouche qu’un désert gustatif. Le second round ne nous met pas K.-O mais remporte un joli succès.

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Les desserts par contre loupent le coche. Mes petits cubes de glace enrobés de chocolat, loin d’être préparés sur place, m’irritent un peu. Le dessert, c’est toujours un sujet sensible. C’est déjà difficile d’être conquis par un dessert préparé sur place, alors si en plus ils le sortent d’une boîte en carton… Je fais un effort et laisse les deux plats précédents estomper la déception finale. Le match est tout de même remporté. Reste à décider si on le rejouera une prochaine fois. Ou si on en essaiera un altro ! 

L’Altro, 16 Rue du Dragon, 75006 Paris

L’addition : 1 entrée pour deux + 1 plat de pâtes + 1 dessert + 2 verres de vin par personne = 40 euros par personne (à la carte, pas de menu dîner proposé)

Louvre Bouteille

Restaurant Paris

Pop ! On fait sauter le bouchon. Pour découvrir une bonne bouteille, on espère. Prêts à déguster l’élixir du cuistot toqué master chef. On compte bien sur une master cuisine, au moins. Qu’on préférerait un minimum dans les clous. Car l’une des particularités du chef, c’est bien de ne pas emprunter les sentiers battus. Cuisson au lave-vaisselle, purée express au micro-onde, saumon doré au fer à repasser…Des lubies un poil démesurées.  Espérons juste qu’il ne soit pas passé chez Darty avant d’élaborer son menu.

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On découvre une ambiance Ikéa un peu loupée. Avec cette impression de baigner dans du plastique noir et blanc. Comme lorsqu’on se balade entre les modèles d’exposition premier prix. Et qu’on se dit que c’est plutôt inesthétique, ou alors vraiment à petite dose. Gare à nos oreilles, ça risque de crisser toute la soirée.

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Pas très chaleureux de prime abord donc. On ne déroge pas à la plastic mania avec une carte luisante grinçant sous nos doigts. On court toujours après un bon feeling, qui tarde à faire son apparition. Car en plus, s’ils plastifient les cartes, c’est que le menu ne change pas très souvent.

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L’arrivée de nos entrées coupe court à nos réflexions, et donne (enfin) une chouette impulsion au dîner. Mon œuf poché se prélasse dans une crème de champignons couronnée de coppa croustillante. C’est réussi, mais pas parfait. L’ensemble manque de précision, avec une crème trop grumeleuse. La salade de sucrine, canard et sirop d’érable satisfait mon camarade de table, même si de loin les tranches de canard ressemblent cruellement à une semelle de chaussure rigidifiée après avoir pris l’eau.

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On poursuit avec un magret rosé, rutabaga et navets chinois. Mon lapin sur lit de légumes me conforte dans l’idée que l’humeur du chef n’est décidément pas déjantée. Qu’il donne plutôt dans le mollasson. Qu’il chausse ses sabots de ménagère avant d’entrer en cuisine. C’est bien loin d’être raté, mais ça manque de finesse, d’idée et de peps.

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Nos desserts confortent mon sentiment. Je me retrouve avec une crème passion-chocolat blanc épaisse comme un édredon et lourde à souhait, décorée de pignons de pin tout juste sortis du sachet. Plutôt fade et loin d’être inoubliable. La tarte roulée aux pralines roses remporte plus de succès, mais sans pour autant bouleverser le verdict de la soirée. On rebouche la bouteille un peu déçus. Et on ne la rouvrira pas de sitôt !

Louvre Bouteille, 150 Rue Saint-Honoré, 75001 Paris

L’addition : menu soir entrée-plat-dessert = 38 euros

Pastavino

Pizza Paris

☺☺☺☺

Pizza time. Oh oui, vous avez bien lu, il est l’heure de mordre à pleines dents dans une pizza digne de ce nom.  Forcément, le mot en lui même n’évoque rien d’autre que des restaurants à touristes ou des chaînes de livraison. Car d’une, on ne risque pas d’en trouver à la carte d’un bon resto, et de deux, on apprécie rarement quand on en déguste une. C’est souvent trop ci, trop ça, pour au final une déception courue d’avance. Pour se dire que de toutes façons, une pizza, ça n’est jamais bon. Oui, mais…et si ça existait vraiment une chouette pizza ?

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Je ne parle pas d’une pizza acceptable, ni même d’une pizza convaincante. Non, bien plus encore. Une pizza savoureuse. Plaisante à l’œil, et délectable en bouche. Qui ne vous fait pas regretter de l’avoir choisie. Vrai de vrai. You wanna take a look?

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Pastavino me trottait dans la tête depuis un moment. Je l’avais temporairement relégué dans le tiroir des adresses à potentiellement mettre à l’épreuve. Même pas pour les pizzas d’ailleurs. Car Pastavino traite toutes sortes de déclinaisons salées, et quelques déclinaisons sucrées. Sans oublier l’indétrônable charcuterie italienne. Traiteur oblige.

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Les pâtes fraîches jouent des coudes entre la burrata et le pecorino. Les plats de pâtes et légumes cuisinés règnent sur le concile de parmigiani se tenant à leurs pieds. Ça sent bon l’Italie.

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Et la pizza alors ? Perfetta. Recouverte d’épais copeaux de pecorino et de dodus champignons. Avec une pâte moelleuse et dorée, au bon goût d’huile d’olive. On en redemande une fois la part engloutie. Finalement, ce n’est pas un mythe, tout ça. Les bonnes pizzas, ça existe. Et c’est à n’en faire qu’une bouchée !

Pastavino, 18 rue de Buci , 75006 Paris
Traiteur italien

L’addition = 8 euros la part de pizza

Caffè dei Cioppi

Restaurant Paris

☺☺☺☺

Buonasera. La botte italienne nous appelle à nouveau à grand renfort de coups de talons. Tap, tap, il est temps d’aller découvrir des saveurs aux origines milanaises, mais pas seulement. Le ballon frôlant la pointe de la botte prend également part à l’alchimie. Un zeste de Sicilia, une pointe de Milano, on mélange, et on enfourne. Dans un tout petit four. Riquiqui. Exigu mais plutôt bien conçu. Car le bouillon d’idées de nos deux chefs se concentre sur une quinzaine de couverts, à peine.

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Déja, il s’agit de trouver la planque. Car cette trattoria, c’est un peu un segreto di Pulcinella (une secret de Polichinelle) bien gardé. Cachée dans une petite ruelle sombre débouchant sur le faubourg Saint Antoine. Pas hyper engageante en plus. Même armés de Google Maps, on se demande si c’est bien là. C’est vraiment parce que le GPS nous l’ordonne qu’on freine le pas. On aurait sinon continué dare-dare, sans même remarquer cette tristounette artériole pavée.

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On découvre une charmante échoppe, où les tables tentent tant bien que mal de se faire une petite place. Quasiment accolées aux cuisines, elles copinent avec les casseroles et les bouteilles d’huile d’olive. On est collés les uns aux autres mais l’ambiance est plutôt chouette et on ne s’en plaint pas. On entend l’eau bouillir et les sardines rissoler. On a presque envie de mélanger les pâtes en train de cuire. Quoi, il suffit de tendre le bras.

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On amorce le dîner par une salade de céréales, oeuf mollet et ricotta. E un piacere (c’est un plaisir). C’est molto carino (très joli) et très réussi. J’adore. La salade de tomates est également bien customisée. Et très séduisante. Tutto bene.

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La suite par contre déclenche quelques hic. Que ce soit les linguine aux sardines ou les penne saucisse-pecorino, c’est un peu raté. On a comme l’impression d’avoir un plat de pâtes cuisiné par un français hermétique aux habitudes italiennes. Elles sont un peu trop cuites, pas très bien égouttées, et surtout pas relevées du tout. En bouche on retrouve le goût des pâtes, c’est à dire pas grand chose. La garniture, pour les linguine, on la cherche un peu.

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Avec le dessert, on dégringole encore un peu plus. C’est d’une simplicité déconcertante. De petits biscuits aux amandes (Sbrisolona) et une crème au mascarpone. Les biscuits sont trop secs. Quant à a crème au mascarpone, si elle n’est pas sortie toute prête d’un pot industriel, on n’en est pas loin. Autant dire que ce n’est pas compliqué et qu’on peut faire la même chose chez soi. Sans se casser la tête en plus.

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Le repas est somme toute un peu décevant. Ça aurait pu être un successo si l’ensemble était resté au même niveau que les entrées. On a apprécié, mais sans grande conviction. Au final, ça nous botte, mais pas plus que ça !

Caffè dei Cioppi, 159 Rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris

L’addition : entrée-plat-dessert pour 4 + une bouteille de vin = 40 euros par personne

Rose Bakery Tea Room

Cakes Rose Bakery

Bakery ? En théorie. Factory ? Plutôt, oui. Rose Bakery tient désormais plus du concept store passé à la moulinette du succès. Pour un mouliné pas si réussi que ça. Les enseignes s’empilent à vue d’oeil, à tel point que le Bon Marché s’y met aussi. On ne leur en veut pas, certes. Si ça marche aussi bien, c’est qu’à l’origine c’était chouette. Un phénomène british-like qui fait valser entre les traditionnels déjeuner / thé / goûter. Sauf qu’à l’issue du déjeuner on a l’impression d’être venus juste pour le nom, et plus pour le concept.

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Ambiance polaire garantie. Des murs blanc immaculé aux prises avec un mobilier et un sol charbonneux. Froidement chic. Un décor lissé façon Bon Marché. On a presque envie de se jeter sur un cake coloré juste histoire de se réchauffer un peu.

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On déglutit cette impression bizarre d’être dans un rayon supplémentaire du magasin, et on attend. On attend qu’un petit monsieur tiré à quatre épingles daigne tourner ses yeux vers nous et nous conduire à une table. Un chef de salle (ou devrais-je dire chef de caisse) froidement select dans sa façon de vous envisager (ou dévisager). Ce qui est clair, c’est qu’il n’envisage pas de vous accueillir aimablement. On poireaute comme à la caisse du supermarché en attendant d’être installé à l’une des multiples tables libres. SI on ne salue pas, on ne risque pas d’être salué. Ce petit monsieur un peu trop bien brossé s’en contre-fiche. On aurait du lui faire remarquer qu’il avait une mèche de travers, ça aurait sans doute attiré son attention.

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On finit par forcer le mouvement et on lui pique une table avec une banquette. Si il refuse de faire son job, on ne va pas se gêner pour prendre une bonne place. Tout de même. On contemple une carte rédigée par endroits en français par endroits en anglais. Fifty-fifty. Les touristes forment une cible de choix dans cet établissement, ne l’oublions pas.

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On finit par déguster nos plats, après une attente (encore) interminable. Nos serveurs sont gentils mais un peu dépassés. Un peu gauches et pas hyper dans leur assiette. On leur pardonne. Surtout qu’ils nous apportent des quiches plutôt réussies. Moelleuses, avec une pâte très agréable, pas élastique ni cartonneuse du tout. La salade est bien assaisonnée. Mais pour 15 euros la quiche, on se dit qu’on a intérêt à l’apprécier.

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On fait la queue au même endroit qu’à l’arrivée pour régler la note, un peu style le caddie est maintenant rempli. Nos estomacs, à défaut, ne le sont qu’à moitié, mais l’efficacité du service ne nous permet pas de prendre le temps de rester pour un dessert. Je caresse l’espoir de repartir avec une tranche de cake sous le bras, mais le parcours relève de l’impossible. Tant pis, on les aura savourés du regard, c’est déjà ça. Et eux au moins ne nous resteront pas en travers de la gorge !

Rose Bakery Tea Room, Le Bon Marché Rive Gauche, 2e étage, 24, rue de Sèvres 75007 Paris 

L’addition : une quiche = 15 euros

Le 6 Paul Bert

Restaurant Paris

Direction l’échoppe du nouveau chef québecois du coin. Qui a des clients à la planche (énormément). C’est que ça doit être bon en maudit (très bon). Alors on y va, astheure (maintenant) ?

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On contemple l’intérieur derrière les vitres embuées avec les yeux dans la graisse de binnes (d’un regard rêveur), car vu les critiques déjà épluchées une par une, ça donne envie. C’est quasiment plein à craquer. Le serveur est en chemise un peu négligée mais pas trop, juste ce qu’il faut pour donner cette impression de coolitude proprette qui donne envie de rentrer. L’ambiance est cosy et boisée. Mais attention, sans bidons de sirop d’érable ni cornes de wapitis. Tout de même.

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Le cuistot officie au fond de la salle, face aux clients, concentré mais plutôt détendu. Ouste les mouvements saccadés et les directives sèches, ici tout le monde a l’air bien dans ses baskets, même en cuisine.

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On s’installe à côté du chef, et on attache notre tuque (on se tient prêt) pour un souper (dîner) en 4 étapes. Au choix restreint mais au choix quand même. Après tout, si on veut que ce soit frais, on ne peut guère demander une carte de trois mètres de long. De toutes façons, on n’est pas venu pour prendre une broue (une bière) et des rondelles de saucissons, mais bien pour mettre à l’épreuve l’art de notre intriguant chef. And here we go.

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On commence par une escabèche de maquereau, moules et cresson de mereville. Pas loin d’être une presque-merveille, justement. C’est joli, bien assaisonné, de quantité bien calculée. On n’est pantoute (pas du tout) déçu du démarrage. Un rouge de touraine accompagne légèrement chaque bouchée, sans assommer l’ensemble de l’assiette. On a envie de dire bingo.

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Sauf que ça se poursuit de quelques grognements de surprise de notre part. Bon ça ne peut pas être parfait non plus, ils viennent d’ouvrir. Les saint-jacques rôties à la truffe et au lait de pommes de terres sont très bien, le tartare de veau de mes compagnons est super réussi aussi. Et toujours aussi ravissant.

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La longe de porc en revanche me déçoit beaucoup. Après quelques mâchonnements plus que graisseux, j’abandonne. Croquer du gras suintant et insipide, ça va bien deux minutes. Quant au demi pigeonneau, on se demande s’ils pouvaient trouver plus rachitique. Car mis à part l’os et trois misérables coups de fourchette de viande, on se demande où ils ont caché l’animal.

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Les desserts essuient en partie nos déceptions. Ma salade de poires aux noisettes et glace panais me fait balayer d’un revers de cuillère mes critiques précédentes. Le cannoli citron et son sorbet fromage blanc ne fait par contre pas l’unanimité, loin s’en faut. C’est pas pire (pas mal) mais pas suffisant pour faire oublier l’entorse provoquée par la marche ratée précédente.

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A la fin du repas, le chef est en passe d’aller au batte (d’affronter une situation difficile). Les avis divergent, la satisfaction n’est pas franchement au rendez-vous. Je me montre plus mesurée que mes compagnons et accorde tout de même un bon sentiment à cette soirée. J’ai même envie de revenir. D’ici quelques semaines, histoire de voir si progrès il y a. J’en suis persuadée, le chef en a sous la pédale. C’est décidé, on reviendra. Pas de ronchements, tiguidou (c’est d’accord), un point c’est tout !

Le 6 Paul Bert, 6 rue Paul-Bert, 75011 Paris

L’addition : menu 3 plats + un dessert = 38 euros

Pirouette

Restaurant Paris

Si vous voulez y monter, laissez-moi vous dire que vous ne vous casserez pas le bout du nez (pirouette, cacahouète). Ce n’est pas une drôle de maison, et les escaliers ne sont pas en papier. Tout est solide et bien solide. Un maçonnage fort bien réalisé. Pas un légume de travers. Pas une miette de crumble en trop venant déséquilibrer tout l’édifice. Une architecture culinaire bien pensée, jolie à regarder, et surtout chouette à savourer. Ça donne comme une envie de faire une pirouette, tout ça !

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Et justement. Première pirouette du chef : un velouté de châtaignes twiste avec un œuf mollet et des pignons de pin grillés. C’est tastyssime. On admire le déhanché suave de l’oeuf mollet une fois la cuillère plantée dedans, les pignons de pin dégringolent en rythme et leurs « clap, clap » battent la mesure, le velouté s’emploie à former un choeur de « ouh, ouh » onctueux et … we’re gonna do the twist and it goes like this* ! Nul besoin d’entamer le « baby make me know you love me so « , on fond dès la première mesure (ou bouchée).

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On fait le plein de sensations et come on let’s twist again*. Avec de l’onglet de boeuf et ses petites pommes de terre persillées. Une viande parfaitement cuite, des pommes de terre moelleuses discrètement nappées de sauce. Une sauce d’ailleurs très réussie et surtout très bien dosée : pas de noyade à l’horizon mais un petit ruisseau cheminant entre les cailloux de pommes de terre et les algues de salade. Et une fois l’assiette terminée, on en veut encore.

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Et pour finir ? And round and round and up and down we go again* ! Le riz au lait façon grand-mère est juste délicieux. Pas de magma pâteux impossible à déglutir. Léger, nappé de caramel au beurre salé et saupoudré de crumble. Ça fond, ça croque en bouche, ça tapisse le palais, ça ravit nos papilles.

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Dans un autre registre, la crème aux fruits de la passion, tuile et poudre explosive, est aussi très réussie. Aérienne et parfumée, truffée de cette poudre qu’on achetait quand on était enfant dans la boulangerie du coin. Dont la mission est de dénicher fusées et pétards dans notre muqueuse buccale. Ça aurait pu tourner au cauchemar, mais le feu d’artifice est réussi. Et nous fait twister encore une fois.

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On est ravis. On sort retrouver le dédale du quartier des Halles, avec trois mots à la bouche : on revient quand ?  Car le chef aura émoustillé nos sens du début à la fin. Fortiche. Pas de doute, twistin’ time is here* ! 

* Extraits de « Let’s twist again » de Chubby Checker

Pirouette, 5 Rue Mondétour, 75001 Paris

L’addition : entrée + plat + dessert + 1 verre de vin + 1 café = 40 euros

H Kitchen

Chef Japonnais

H.K, comme H Kitchen. Ou comme Hidenori Kitaguchi, le chef nippon du lieu. Ou comme Harsh Killer. Car ici, ils achèvent le client. De satisfaction. Et comme il faut. Pas de quartier. Les plats nous font tomber les uns après les autres. Sans aucune imprécision. Jusqu’à ce qu’on n’ait plus qu’un seul mot en tête : encore ! Ils nous font trembler d’impatience, frissonner de surprise, et rôtir de satisfaction. Et c’est Hyper Kool.

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A killing machine. Mais attention, pas de Psycho Killer ici, ni de qu’est ce que c’est, ni de better run run run run run away.  Bien au contraire. Toute l’assiette est parfaitement pensée. Rien n’est disposé au hasard. On sent la rigueur et la précision nippone chapeauter le tout. Pas grand chose n’est laissé au hasard. Ce qui fait que dès le premier plat, on a toute confiance en notre chef du soir et on se laisse guider indolemment. On est sur les rails, et on ne risque pas de sauter du train en marche.

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Mais il faut l’avoir repérée cette étroite échoppe. Située dans une petite rue coincée entre la rue de Sèvres et le boulevard Montparnasse, elle ne paie pas de mine. C’est l’une de ces rues dans lesquelles on tombe sur quelque chose de chouette par hasard. Rue Mayet, l’occasion fait le lardon, si je puis dire.

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A peine arrivés, on jette notre dévolu sur le menu dégustation. On embarque pour 6 plats. Le premier, palette de légumes avec foie gras mi-cuit, nous met dans l’ambiance. Le maître cuistot manie la cuisine française avec son savoir-faire nippon. On reste dans le domaine frenchy, mais sans un faux-pli. Sans une rondelle de radis de travers. Avec des légumes oubliés revisités, style racines de pissenlits. C’est super réussi. On sent que le coin cuisine bouillonne d’idées.

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La seiche revisitée version spaghettis puis la barbue aux agrumes nous plaisent tout autant. Le quasi de veau est fondant comme il faut. Un seul mot nous trotte dans la tête : huuum.

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Pour finir, après un fromage bien choisi, un parfait de chocolat blanc siégeant sur une mangue enrubannée de meringue donne le coup de grâce. En plus, le Bourgogne (de chez Maratray) ayant accompagné notre sérénade de plats décroche une place dans mon carnet de bouteilles à retenir.

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Seul hic: la déco. Plus simple, c’est juste impossible. Après, ce n’est pas désagréable pour autant. On l’oublie complètement une fois la porte franchie. Mais ce qu’on retient parfaitement bien, c’est la cuisine. Et c’est ce qui compte. On meurt d’envie de revenir ASAP. Psycho Killer ? Toujours pas. Perfect Killer ? On s’en rappoche !

H Kitchen, 18 rue Mayet, 75006 Paris

L’addition : menu dégustation 6 plats à 45 euros + 1 verre de vin = 51 euros

La Grande Crémerie

Bar à vins

Encore un bar à vins, c’est vrai. Mais il faut dire que prendre un verre de vin avec une assiette de fromage ou de charcuterie, c’est quand même plus agréable que de prendre un verre tout court. Ça revient un peu plus cher, mais soyons honnêtes, ça vaut quand même le coup. Ce soir-là, le guide du Fooding a encore frappé, et guidé nos pas vers la Grande Crémerie, cousine germaine de la Crémerie, plus ventripotente (spatialement parlant).  Le concept est stricto sensu le même qu’à la Crémerie, les produits identiques, les propriétaires également. The Conquest of Spaces pour faire court.

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Dans l’assiette, c’est le même refrain qu’à la Crémerie : « Pas de transformation, juste une bonne sélection ». Concept qui nous est exposé d’emblée par notre serveur, de façon un peu… crue. Il nous explique que « rien, mais alors rien du tout n’est cuisiné sur place » (je cite). Qu’ils ouvrent juste les boîtes et les déversent dans l’assiette. Tout ça on s’en doute, évidemment, on a compris le principe du bar à vins. Mais pas besoin de s’étendre sur le fait que personne ne cuisine ici et surtout que tout le monde s’en fiche. A la fin de son speech on reste sur l’idée que la partie la plus culinaire reste d’empiler boîtes et bocaux dans la réserve. Que si ça se trouve même la charcuterie est déjà tranchée et le fromage déjà coupé en petites portions.

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Pas très vendeur du concept, notre homme ! Il nous fait presque regretter le manque de casseroles et produits frais. Alors qu’on n’était pas du tout venu dans cet état d’esprit. Du coup on apprécie peut être un peu moins notre terrine de lapin et notre bœuf séché. Alors que c’était pas mal du tout. En plus le décor est plutôt chouette, dans le genre campagne retravaillée version chic et épurée. Le détail qui tue : la carte disposée dans de vieilles pochettes de vinyles. Amazing !

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Nos verres de Bourgogne étaient plutôt honnêtes, mais pas au point de retenir le nom du producteur. Après, ce qu’on fatalise surtout, c’est l’addition. Parce que, à ce moment là, le discours désabusé du serveur passe encore plus difficilement. Autant dire qu’on a un peu l’impression de se faire plumer. La faute au discours de bienvenue ? Sa version 1.2 s’impose !

La Grande Crèmerie, 8 rue Grégoire-de-Tours, 75006 Paris

L’addition : 1 assiette de charcuterie + 1 verre de vin + 1 salade (pour 2) = 33,75 euros

Hélène Darroze

Restaurant étoilé Paris

Maintenant que voici la clôture venir, Pourrez-vous, Hélène, en vos lacs me tenir, La raison m’en éloigne mais votre rigeur dure, Puis il faut que mon goût obéisse à nature. Ces quelques vers de Ronsard ( très) revisités traduisent bien notre état d’esprit à la sortie de ce déjeuner. C’était bon, c’était joli, plutôt charmant même. Et là se situe tout le nœud du problème. Car ça n’était pas hyper ébouriffant ni hyper inoubliable. Il n’y a eu aucune faute ( sauf le vin, pas superbement choisi ). Tout était bien exécuté, d’un bout à l’autre. De l’accueil au discours des serveurs, en passant par l’accord des mets dans notre assiette. C’était bien. Mais voilà, chez les grands chefs, même pour un menu déjeuner, on s’attend à plus.

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Une assiette de tapas, suivie de deux desserts et accompagnée d’un verre de vin. Après avoir demandé les prix, car notre détonant serveur nous sort son petit speech bien appris, et on n’entrevoit guère de différences entre les deux menus. Sauf qu’il y en a un à 35 euros et l’autre à…bien bien plus de 35 euros. Il peut toujours prendre son air faussement surpris et bien appris de « Comment, vous voulez les prix ? », la note à la fin ce n’est pas pour lui mais bien pour nous. On nous apporte donc notre succession de tapas : un plateau en plastique épais orange et blanc, tirant dangereusement vers le concept du plat pour bébé. Bon, on se dit pourquoi pas.

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Les serveurs sont toujours un peu coincés dans ce genre d’endroit. Crispés sur les mots qu’on leur a appris à déverser, ils sont un peu difficiles à dérider. Notre serveur du jour, « Maître Nasser » comme il se faisait appeler, nous a juste fait mourir de rire. A couvert, bien entendu, puisque lui arracher un sourire (naturel) n’était pas au programme. Du moins à son programme. Qui se résumait à nous projeter sur le plateau de Question pour un Champion. « Je suis un poisson fraichement cuit, recouvert d’un espuma de citron et de légumes croquants : je suis… »  Tout ceci récité à quinze mots par seconde. On en était presque à poser les mains sur un buzzer imaginaire et à dire « je prends la main ».

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Et il se met véritablement dans la peau du poisson. Mais pas seulement. Il nous assomme de : « je serai suivi d’un consommé de pommes de terres, et de calamars pimentés frits. Je suis donc composé de 2 poissons, d’une viande, d’une crème à l’avocat, de quelques fritures, et je m’accompagne à merveille de sauce persillée  » Ça y est, le voilà qui se prend pour le plateau de tapas en entier. Non mais on se demande jusqu’où il va aller.

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Enfin il était plutôt rigolo sans le vouloir. Même si son discours typé poème appris par cœur mal récité était un poil irritant. Si encore il avait mis la bonne intonation ! Il entame la même sérénade pour le dessert. Il se présente donc cette fois-ci comme un crumble à l’ananas recouvert de glace à l’huile d’olive ( brrr ça lui donne un frisson ), accompagné d’une crème au praliné surmontée de glace au café. Résultat, c’est bon, sans aucune faute, mais pas inoubliable. La glace à l’huile d’olive était par contre super intéressante.

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On termine avec un café à 6 euros (hic) , qui me révolte comme il se doit. Faute de débutant, on saura qu’il faut s’en tenir au menu, et voilà. C’était tout de même super bon, on ressort content mais un peu déçu du manque d’enthousiasme global dégagé par les plats. Surtout on laisse Maître Nasser à ses réflexions, qui doit se demander s’il sera vêtu au prochain service d’un déshabillé de pommes de terres ou d’une mousse de verveine. La cuisine, malgré mes critiques appuyées, reste fine et distinguée. On ne fait aucune erreur à aller chez Hélène Darroze, c’est bien évident. Le déjeuner me laisse finalement un agréable souvenir, partagé mais persistant, Sinon pour tout jamais, au moins pour un longtemps.

Hélène Darroze, le Salon d’Hélène , 4 rue d’Assas, 75006 Paris

L’addition : menu déjeuner= plateau de 7 tapas + 2 desserts + 1 verre de vin = 35 euros

Roger La Grenouille

Escargots Paris

On les entend presque coasser avant de passer sur le gril. La carte en est pleine, l’intitulé le laisse présager….la cuisse du grenouille est la star de la soirée. Ses courbures parfaites brillent sous le feu des projecteurs. Quelques flexions-extensions supplémentaires avant de suer sous les gousses d’ail et les branches de persil, et les voilà prêtes à atterrir sous nos molaires. French cliché vous avez-dit ?

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La salle vieillotte mise tout sur le côté Paris désuet. Vielles publicités et vieux dessins voisinent avec cuves et marmites cuivrées. Un antique moulin à purée côtoie d’anciennes plaques d’intitulés de rues. Pour un peu on se demande si ils ont installé une ventilation ou si ils ont choisi de cuisiner à l’ancienne : on s’attend presque à voir s’échapper des jets de vapeur des cuisines.

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On commence par des escargots, et on enchaîne par des cuisses de grenouilles, histoire de bien assurer notre réputation forgée outre-manche de mangeurs de limaces. Escargots puis grenouilles, what-a-shame. Disgusting ? Pas si sûr ! La collection Ail et Persil hiver 2013 habille l’entrée comme le plat. Persil version beurre et version jus. Déclinaisons de saison, pour ainsi dire.

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Le plat arrive, et me transporte des années en arrière. Je me revois attablée auprès de mes grands-parents, prête à dévorer une montagne de petites cuisses musclées persillées. Retour immédiat à la réalité : pas de montagne ce coup ci. Pas même de petit vallon. Un monticule de riz, mais pas de tertre de grenouilles. Les cuisses sont bien cuisinées, mais en ce qui concerne la garniture, aÏe…Le riz blanc Taureau Ailé même pas retravaillé, ils auraient pu éviter. On ne vient pas au restaurant pour avaler la réplique parfaite du riz cuit vite fait à la maison quand on n’a pas le temps de préparer le repas.

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Le dessert est honnête mais pas renversant. Le moelleux au chocolat sort sûrement d’un carton Picard, mais la glace à la menthe est plutôt réussie. Pas de goût industriel de dentifrice, mais pas de saveur de menthe fraîchement cueillie non plus. Le riz au lait est un peu trop gluant mais s’en sort dignement.

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Pas de prouesses culinaires donc, et plusieurs étapes à franchir encore. Et c’est bien dommage, car ce semblant de refuge à touristes nous plaît plutôt bien. Échoppe à touristes ou repaire suranné, on se sait sur quel pied danser. Le pain est mal sélectionné, et la carte traduite en anglais. On penche donc plutôt pour le repaire à touristes plutôt réussi. Il ne nous reste plus qu’à enfoncer un béret sur nos crânes réchauffés, et la boucle du cliché est bouclée !

Roger la Grenouille, 28 Rue des Grands Augustins, 75006 Paris

L’addition : entrée + plat + dessert + une demi-bouteille de vin = 55 euros par personne

Bistro Burger

Burger Paris

Jour pluvieux, burger heureux ? Si seulement ! La rue d’Argout défigurée par la file d’attente de Blend nous fait changer de cap. Blend et leurs burgers hyper en vogue, ce sera pour un autre jour. L’appel du burger est pourtant trop insistant. Trempés jusqu’aux os, on sort notre burger-radar et on surfe sur les pavés dégoulinants pour se diriger vers Bistro Burger.

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Notre choix se porte sur un Hamburger mexicanisé où les avocats écrasés bousculent une lamelle de bacon coincée pour se trémousser comme il se doit sur un steak décongelé. Deux rondelles de pain Harris tout juste sorties de l’emballage plastique chaperonnent le bal. On s’en doute, pas de Boléro en vue après la première bouchée. A tout casser, on se dit « quizàs, quizàs, quizàs » …

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On déguste le pain même pas réchauffé et de plus en plus élastique à chaque bouchée. Une gigantesque feuille de salade plastifiée verte pétante tente de sauver l’aspect de notre pauvre Burger. Les frites sauvent un peu la démonstration ratée d’envolée de jupes multicolores. En dignes compagnes, elles assurent les arrières et évitent le collapsus sur la piste de danse.

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Au final, point de notes ensoleillées de guitares défilant sous nos yeux. Pas de rayon de soleil sur ce jour pluvieux. Mais pas de « Y yo, desesperando » pour autant. On aura essayé, et c’est tant mieux, car après tout, des ratés il en faut. Au moins pour savourer comme il se doit la prochaine bonne adresse !

Bistro Burger, 26 Rue Montorgueil, 75001 Paris

L’addition : un burger = 15 euros

L’ambassade de Bourgogne

Bar à vins

Could it be, that you and me are the lucky ones…Lana Del Rey à l’appui, les bonnes adresses s’enchaînent. Rien de tel pour nous faire oublier nos quelques dîners ratés. Point de guide pour diriger nos pas décidés. Encore une fois un bon feeling pour un bon tasting. Nous observons l’ambassade de Bourgogne sortir son épingle du jeu avec adresse. Sans artifices et sans prétention.

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Un dîner pain-fromage-saucisson agréablement arrosé. Des produits bien sélectionnés, et joliment accompagnés. Pas de transformation, certes, mais un esprit bar à vin respecté jusqu’au bout des ongles. Ils ne prétendent pas éblouir par le travail du contenu des assiettes, mais là n’est de toutes façons pas la question. La cuisine ne constitue pas l’intitulé de la conversation. Le vin est maître du jeu, les assiettes ne sont qu’un accompagnement bien choisi. On vient découvrir du vin avant tout, dans une ambiance détendue et pas guindée du tout. Des amoureux du vin et pas de la cuisine. Et pourquoi pas, d’ailleurs ?

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Amoureuse inconditionnelle de la cuisine bien exécutée, je reste ouverte à toute proposition correctement énoncée. Un verre de vin goûteux accompagné de fromage et de charcuterie, ça me parle. Je conçois qu’on ne puisse être sur tous les fronts, et qu’amour du vin ne rime pas forcément avec amour culinaire. Rares sont d’ailleurs les restaurants proposant une carte des vins topissime.

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Une fois dans cette optique là, on ne peut guère avoir de mauvaises surprises question cuisine. Puisqu’on ne s’attend pas à de la haute voltige, pas d’intransigeance. Si les produits sont bien choisis bien présentés, le contrat est rempli, la soirée réussie. Voici donc nos indolentes tranches de fromage et leur armée de rondelles de saucisson, suivies d’une galette des rois rebondie. Un défilé orchestré par notre breuvage en chef.

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Des assiettes champêtres qui mettent à l’aise, et font la place belle au produit phare. Je ne peux toutefois m’empêcher de regretter un accord mets-vins plus travaillé, mais le contrat est respecté. Peut-être ne faut-il pas oublier qu’un vin bien choisi fait pétiller un bon plat, et peut lui donner l’impulsion nécessaire pour se loger dans notre hippocampe et n’en plus ressortir. Cuisine et bouteille restent bonnes copines…

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Nous sommes tout de même satisfaits, et sirotons goulûment nos dernières gouttes de liquide doré. On apprécie l’engagement de la maison, et le gosier embaumé, on ressort dans la nuit. Quelques rafales de vent glacial nous attendent au tournant. Gageons que les bouteilles de l’ambassade de Bourgogne se feront un plaisir de nous réchauffer au prochain frisson !

L’ambassade de Bourgogne, 6 rue de l’Odéon, 75006 Paris.

L’addition : une assiette de charcuterie + une assiette de fromage + deux desserts + un verre de rouge et un verre de blanc par personne = 35 euros par personne

Da Rosa

Restaurant Paris

Da Rosa, c’est une découverte inopinée. Et pas des moindres. La devanture m’a tapé dans l’œil. En même temps, comment rester insensible à ce bataillon de jambons secs disposés militairement au sein d’un désordre joliment exécuté ? Il nous fallait en savoir plus. On lorgne sur les assiettes en entrant, très appétissantes. J’ai hâte de commander, ce qui ne m’était pas arrivé depuis un moment.

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On est installés à l’étage. L’ambiance est cosy et feutrée, doucement rythmée par une musique lointaine laissant nos cils vibratiles en paix. La carte nous propose surtout des produits d’épicerie fine à commencer par de la charcuterie. Ce qui nous convient à merveille. Notre serveur, à grand renfort de rrrroulements de rrrr, prend notre commande. Il nous apporte prestissimo nos petites entrées apéritives : ail cuit et câpres gonflées à l’hélium.

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Elles si si rondouillettes, ces câpres, que je ne me lasse de les contempler. Les gousses d’ail m’enchantent. Elles sont tièdes et fondantes, à peine croquantes sous la dent. Elles ne font pas long feu ! On les déguste à toute allure. Les assiettes de charcuterie arrivent ensuite, accompagnées chacune de salade fraîche agréablement assaisonée. Une bonne huile d’olive, ça change tout.

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La présentation est chouette, sans prétention mais pas négligée pour autant. On se délecte de nos assiettes, confortablement installés dans nos fauteuils moelleux. Bercés par Sinatra, on a bien envie de s’envoler jusqu’à la lune et de swinguer among the stars. Un peu plus et on fredonne « you are all I long for  » entre deux rondelles de charcuterie.

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La bougie se consume, la flamme vacille. On se lève, on descend les escaliers surchargés de colonnes de bouteilles, Albert King en fond sonore. Charmés, on retient l’adresse si fortuitement découverte. On l’aime bien, c’est décidé, et tout en tournant le dos aux étals croulant sous les bocaux, on se demande « what were the chances that we’d be sharing love before the night was through* « . On se permet d’être enchantés. Après tout, « It turned out so right, for strangers in the night*   » .

* Extraits de « Strangers in the night » de Frank Sinatra

Da Rosa, 62 Rue de Seine, 75006 Paris

L’addition : une entrée apéritive + un plat = 20 euros

Dip’s

Restaurant Paris

L’intitulé laisse songeur. Quoi, on va vraiment tout tremper dans une tripotée de sauces ? Ma première pensée à la vue de ce titre : « Dip’s, ou comment noyer le poisson ». Au sens propre et figuré, d’ailleurs. Car un bol de sauce accompagne chaque plat, chaque coup de fourchette se voyant dans l’obligation d’atterrir dedans. Je m’attends donc à une cuisine pas très soignée. Car en recouvrant tout de sauce, il devient certes plus facile de dissimuler les défauts…

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Avant même de critiquer la cuisine, le décor laisse pensif. Encore un décor froid et pas très inspiré, donnant l’impression d’avoir été conçu sur le tas, à la va-vite, et un peu au rabais. C’est quand même plus sympa d’avoir une ambiance un peu plus travaillée. Ceci dit, la cuisine peut se révéler plus réussie.. sauf que ça n’est pas vraiment le cas. En même temps, quand on voit l’allure des « cuisines », on a tout compris. Un seul cuistot enfermé dans un placard s’évertue à préparer les assiettes à temps. C’est tout juste s’il a quatre plaques chauffantes. Et encore, électriques. Au gaz, ce serait trop demandé. Voici donc le résultat :

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Escargots sauce au vin en entrée, filet de colin sauce au fenouil et boeuf brocolis sauce poivrée en plats. Ces derniers sont accompagnés de frites et de leur sauce « maison », dévoilant derrière une description pompeusement nulle de la serveuse une épaisse mayonnaise semblant sortir tout droit d’un pot Amora. Fait bizarre, les frites (natures) relèvent un peu le niveau des assiettes. Elles sont bien épaisses et bien croustillantes. Mieux vaut s’abstenir de les revêtir de l’épais et étouffant pull blanchâtre servi en accompagnement.

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Les assiettes sont assez insipides, on comprend alors pourquoi leur sauce est tristement nécessaire. Les prix sont certes relativement bas pour un dîner ( formule à 25 euros entrée-plat-dessert) mais alors le résultat est raté.
Le dessert assoit ce funeste échec culinaire. Les gaufres sauce caramel au beurre salé sont sûrement décongelées et n’ont pas plus de goût que le reste. Le flan reste un équivalent de flan industriel peu engageant.

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Bon, avec cet intitulé, c’était un peu tenter le diable que de pousser la porte. Ce dernier nous a rôtis à la broche et consumés pour mon manque de discernement. Une fois suffit, la prochaine fois que ça sent ainsi le brûlé, je passe mon chemin !

Dip’s, 62 Rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

L’addition : menu soir entrée-plat-dessert = 25 euros

Le 5ème Cru

Bar à vins

Bien placées bien choisies, quelques bouchées font une poésie. Les mets, il suffit qu’on les aime, pour écrire un poème…Ici se bousculent sur la carte ardoise de fromages, terrine de canard, ardoise de charcuterie, rillettes de tourteau, maquereau, terrine de lapin, ventrèche de thon, rillettes de saint-jacques … L’esprit bar à vins soufflé sur nos têtes à l’entrée, comme le courant d’air chaud ravissant nos visages et doigts gelés au moment de pousser la porte, est respecté 100 %. Pas de plats faussement bien faits, pas de carte à rallonge. Le vin se révèle l’ingrédient principal, les plats sont relégués au rang d’accompagnement. Mais attention, d’accompagnement fort réussi. Car, on attend d’être ravis, pour que naisse la poésie.

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Les caisses de vins empilées pêle-mêle dans tous les coins donnent le ton. On se glisse dans une antre de « vinaddicts », croulant sous les bouteilles. L’ensemble éclairé à la lueurs de quelques ampoules et de quelques bougies nichées dans des…bouteilles vides. La détente est ici de rigueur. Pas de carte déposée froidement sur le coin de la table. On nous demande de façon très sympa et pas guindée du tout ce dont on a envie, on nous propose quelques bouteilles, on nous fournit quelques explications et on nous laisse réfléchir un peu. Histoire de ne pas regretter la bouteille au bout de deux gorgées.

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Car il faut accompagner les mets, pour intituler le sonnet. Un Chenin accompagne nos plantureuses ardoises de fromage et de charcuterie. Les rondelles de saucisson répètent les exercices d’étirement pour se mesurer aux replets morceaux de brie et de tomme de brebis. Un majestueux monticule de rillettes rythme le tout. Une, deux, une, deux.

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Une fois nos deux gigantesques assiettes englouties, on approche de la clôture du dîner. Un peu de sucre pour adoucir les bords externes de nos langues desséchées par la danse salée des rondelles rosées précédemment dégustées. Un baba au rhum et un crumble pomme-rhubarbe réveillent d’autres bataillons de papilles pas mécontents de sortir de leur léthargie. Car les desserts ne sont pas mal du tout.

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L’ensemble de la soirée pétille, on approche de la poésie. On sort l’esprit gracieusement ralenti. On a tout savouré, de la première bouchée à la dernière gorgée. Sans oublier que d’autres fois, on pleure on rit, en savourant une poésie. Ça a toujours kékchose d’extrême, un poème.

Le 5ème cru, 7 Rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris

L’addition : une ardoise de fromages + une ardoise de charcuterie + deux desserts + une bouteille de vin = 35 euros par personne

Mexi And Co

Restaurant Mexicain

Il faut bien dire ce qui est, les restaurants mexicains décrochent rarement un prix d’excellence. Les nachos noyés sous du fromage fondu ou les burritos de 3 kilos tiennent plus du « fast-greasy-heavy food » qu’on regrette d’avoir goûté à peine après avoir dégluti les premières bouchées. Mexi And Co… ne fait pas exception. Mais au moins, on déguste nos chips et notre sauce guacamole dans un décor plutôt chouette. Adios les chaises et tabourets en plastiques glissants recouverts d’un monticule d’empreintes huileuses, ici on sort les tabourets colorful et les guirlandes de piment.

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Les murs sont tapissés d’étagères jaune citron, rouge poivron, bleu piscine et vert d’eau, remplies de sauce pimentées, d’eau de coco, de boîtes de haricots rouges et de bière Corona. Les chapeaux de paille et paniers en osier suspendus au plafond côtoient des boules à paillettes et une rigolote pyramide de bouteilles vides .

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Après avoir habité 2 ans à trois pas de ce mexicain, je me décide enfin à franchir cette bâche plastifiée donnant sur la rue et à faire retentir la clochette de la porte. On s’installe donc sur des tabourets un peu boiteux mais charmants, et on commande nos chips. On les trempe dans une sauce pimentée et dans une sauce guacamole plutôt fraîche et goûtue, avec de dodus morceaux d’avocats. On déguste notre Corona face à une toile exotique et colorée.

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La salle est quasiment pleine, et le rythme ensoleillé des morceaux de guitare diffusés nous aide à avaler notre burrito sans trop nous plaindre de sa lourdeur. Après quatre bouchées, ce magma de boeuf, haricots rouges et fromage fondu colmate l’entrée de notre estomac, mais bon. Un peu de sauce pimentée supplémentaire et on tolère le caractère peu gracieux de cette composition.

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Le verdict reste sans appel concernant la cuisine : Mexi And Co n’est autre chose qu’un fast-food version pimentée. Ceci dit, l’ambiance nous a détendus et nous a permis d’oublier notre journée épuisante passée.

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Le souvenir n’est pas si désagréable. L’ensemble picote, dans le bon comme dans le mauvais sens. Sauce piment oblige !

Mexi And Co, 10 rue Dante, 75005 Paris

L’addition : une entrée + un burrito + une bière = 20 euros

La Gazzetta

Restaurant Paris

Encensé par le guide du Fooding, Petter Nilsson, chef scandinave du lieu, n’a pas vraiment remué de sentiments chez moi si ce n’est celui de lassitude et de déconvenue. Mes connexions nerveuses ne se sont pas embrasées à la dégustation de chaque étape du menu. Après un court moment d’excitation à la vue de chaque plat, ça dégringole à la première bouchée. A la dernière, on se dit que le plat suivant sera plus inspiré. J’espère, j’attends, j’y crois un court instant, et puis je finis par hausser les sourcils de désappointement. Elles sont joliment présentées, les compositions de Petter Nilsson. Sauf qu’une fois la fourchette mise en bouche, on se dit que c’est charmant à regarder, mais ça s’arrête là. C’est lassant. D’autant plus que de l’entrée au dessert, le menu emprunte une pente dangereusement glissante, pour terminer en bas des pistes, avec des remontées mécaniques clairement en panne.

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Le mélange des genres est déjà étonnant : un restaurant nommé « la gazette » version italienne, par un chef scandinave, avec un décor ni scandinave ni italien, frisant le décor de restaurants giga-size pour touristes en mal de mètres carrés américains. Le service est heureusement très agréable.

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On débute par un yaourt de panais et raifort accompagnant une pizza poires-romarin, et ça ne commence pas très bien. Des morceaux quasi-inexistants de poire habillent une pâte hyper sèche. Mais conditionnés par l’article adulateur du Fooding, on se dit que « l’une des tables les plus gracieuses de l’est parisien » a bien autre chose à nous offrir que cela. Le démarrage est laborieux, mais on espère se trouver face à un moteur diesel, prêt à rugir et à nous renverser au passage. On poursuit avec un « épeautre-otto » (comprenez « risotto à l’épeautre ») au cresson. Le jeu de mot est vraiment bien trouvé, et ravive mes espoirs. Verdict : bon, mais pas ébouriffant du tout. Néanmoins (et heureusement ) plusieurs crans au dessus de l’apéritif. Le riz d’agneau rôti aux navets et amandes a été pour sa part très apprécié.

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Chaque plat donne pourtant l’impression d’une difficile lutte pour gravir les échelons de la cuisine fine et inspirée. Et la lutte s’avère ardue. Le plat se révèle très moyen, le dessert frôle la cruelle déception. Mes salsifis fumés, trompettes et chou m’ont laissée de marbre. Pire, une fois mes couverts reposés, j’ai la désagréable impression d’avoir avalé une plaque de ciment. La présentation reste toutefois plutôt ravissante, et rattrape la désagréable impression de panne d’essence du chef cuisinier.

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Sévère panne d’essence. En quoi une tarte aux poires (encore !) sèche et caoutchouteuse, un ersatz de panna cotta au jasmin et un sorbet au cacao penchant vers la glace pilée insipide, « repoussent les limites de la figure imposée », il faudra me l’expliquer. Si on avait laissé fondre le sorbet, on se serait retrouvés avec un verre d’eau pas plus parfumé que l’eau coulant de notre pommeau de douche.

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A la fin du repas, j’ai l’impression d’avoir construit un véritable édifice au sein de mon estomac, tant la sensation d’avoir englouti un amas briques me tourmente. Ce n’était pas mauvais. Mais lourd, lourd, et de moins en moins fin. La Gazzetta serait-elle en déroute ? Une chose est sûre, la déconfiture, ça la dessert !

La Gazzetta, 29 Rue de Cotte, 75012 Paris

L’addition : menu soir = 39 euros

En attendant l’Or

Brunch Paris

L’intitulé du restaurant n’est pas trop mal choisi. Il faut dire qu’ici, on a un peu l’impression de tout attendre. On attend trois heures l’assiette salée initiale bourrative à souhait. On attend encore plus longtemps que le serveur nous débarrasse de nous assiettes dégoulinantes de graisse. Et surtout, surtout, on attend désespérément de tomber sur un plat ou un dessert de qualité. Sans succès. Mais allez savoir pourquoi, la foule se presse aux portes de ce restaurant. Car du monde, il y en a. Autant vous le dire tout de suite : c’est plein à craquer.

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S’empiffrer à volonté de mets grossiers dégoulinant d’huile de palme, merci bien. Avoir un oursin dans son porte-monnaie, ça peut avoir du bon, mais pas jusqu’à noyer son sens critique au fin fond d’un marécage de mauvaise foi. Plutôt que de payer 25 euros pour un brunch de qualité, les clients choisissent ici de payer 21 euros pour un brunch pas bon, mais alors pas bon du tout. Mais brunch à volonté oblige, tout le monde a l’impression de faire une bonne affaire. Peu importe qu’on nous serve une insipide omelette couleur blanc cassé, accompagnée d’une cuisse de poulet graisseuse sortant tout droit de chez Liddl ou pire, l’indécrottable formule du repas à volonté fonctionne, et n’a pas fini de faire des adeptes. Le pire, c’est que les clients se bousculent au comptoir pour surcharger leurs assiettes de cette catastrophe culinaire.

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La danse des jeux de coude pour attraper le dernier morceau de pizza exclusivement composée de « fromage » rapé est interminable. Les doigts s’agitent frénétiquement pour s’armer de couverts et plonger dans les bols surdimensionnés de salade de riz ou salade de pâtes ( là, vous comprenez qu’on tombe bien bas). Les épaules se bousculent pour saisir les derniers beignets de calamars.

On a la sensation de se retrouver au restaurant universitaire, sauf qu’à la différence de la file d’attente secouée de soupirs irrités, on découvre ici une file d’attente avide d’engloutir un fiasco culinaire. Ça devient presque une épreuve de terminer son assiette. Il faut bien avouer que le resto U à volonté, c’est quand même un peu l’angoisse.

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Pire qu’un flop, c’est un véritable coup dur. C’est déjà difficile de se nourrir au self de l’hôpital toute la semaine, mais retrouver cet ersatz de cuisine le week-end, c’est assez démoralisant. Alors certes, entre copains c’est toujours sympa, et ça en fait presque oublier ( sur le coup) ce désastre architectural. Car de l’entrée au dessert, on a envie de tout dynamiter. Comme de vieux immeubles délabrés pour lesquels arrive un moment où leur reconversion en tas de poussière permet de métamorphoser un quartier peu gouleyant.

Fermons donc la porte sur ce brunch raté, et gardons-la bouclée à double tour. Sans oublier de jeter la clé aux oubliettes.

En attendant l’Or, 6 rue Faidherbe, 75011 Paris

L’addition : brunch = 21,50 euros

Le Tournebièvre

Restaurant paris

D’ordinaire, La Fourchette et moi, on n’a pas vraiment d’affinités. Mais je dois avouer que ce site nous a permis de passer une bonne soirée, au détour d’un « et si on allait au resto ? ». On sort notre iphone, on ouvre l’application, que d’ordinaire je n’utilise jamais. Cette fourchette verte, je ne sais même plus dans quel dossier oublié de mon iphone je l’ai reléguée, tant elle ne m’inspire pas confiance. Ses bons plans à la noix ont l’art de m’agacer, n’en déplaise aux défenseurs de l’ustensile olivâtre. Car les bons restaurants, on se demande où ils les ont cachés. Il y en a, certes, mais alors les bons plans pour ces bonnes adresses, bien sûr il n’y en a pas. La Fourchette m’agace, vous l’aurez compris, mais je lui donne pourtant une nouvelle chance de regagner sa place aux côtés du Fooding, application phare de mon téléphone, concurrençant le vidal mobile quant au nombre de clics.

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Voici donc le restaurant dans lequel notre fainéantise nous a guidés, aiguillés par les conseils du vert couvert. L’échoppe fait très attrape-touriste, vue de l’exterieur, et on commence par se dire « oulala ». Mais halte aux mauvais sentiments à l’égard de ce guide, une fois entrés, c’est déjà mieux. L’endroit est plutôt cosy. Les seuls clients présents à notre arrivée sont des touristes américains, mais ne soyons pas de mauvaise foi, ils ne sont pas forcément constitués de papilles formatées à n’apprécier que la graisse et les plats bien grossiers. Leurs « huumm…so good !  » peuvent s’appliquer à une cuisine effectivement digne de ce nom. Car ils ont bien l’air ravis du contenu de leurs assiettes. Et nous faisons bien de ne pas mettre si vite leur jugement en doute, car la soirée se déroule très bien, et le cuisinier réussit à faire remonter La Fourchette dans mon estime. Ce n’est pas de la haute voltige, loin s’en faut, mais c’est tout à fait correct.

Le choix de mon ami se porte sur des escargots, suivis d’un filet de canette. Je choisis pour ma part une salsa de crevettes se trémoussant autour d’un assemblage salé-sucré de mangues et avocat, puis un dos de cabillaud.

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J’ai à nouveau regretté de ne pas avoir pris les escargots. La prochaine fois que l’occasion se présente, je saute dessus. Le plat était ensuite un peu massif, mais pas si mal.

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Le vin a sans doute joué un rôle de taille, puisqu’il nous a clairement bien plu. Un côte de Beaune souple en bouche, parfait pour oublier le côté un peu lourdaud de la composition des assiettes.

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Car avec le dessert, ça ne s’arrange pas vraiment. Moi qui pensait alléger un peu mon estomac déjà dangereusement distendu, c’est raté. La fraicheur de fraises et framboises s’avère être encore plus mastoc que le cheesecake de mon ami. Trois framboises et deux fraises tentent de garder la tête haute dans un magma de crème au citron bien épaisse et un peu écœurante. Il faut s’armer d’une canne à pêche pour les retrouver. Le cheesecake au citron a néanmoins bien plu à mon ami. Il avait l’air étonnamment léger, et lui au moins ne tentait pas d’étouffer les trois quartiers de fraises qui lui tenaient compagnie.

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Le dernier verre de vin clôt comme il faut ce dîner, et nous laisse partir avec une impression pas si désagréable. Les Américains n’avaient finalement pas complètement tort. Les prix sont corrects, et le service plutôt irréprochable. La cuisine manque de peps, mais se laisse apprécier. Une adresse de secours si une table dans un véritable bon restaurant s’avère difficile à dénicher. Ce n’est pas encore ce soir qu’on tordra le cou au cliché de l’américain pas très fin, mais on en prend le chemin !

Le Tournebièvre, 65 Quai de la Tournelle, 75005 Paris

L’addition : menu soir entrée-plat-dessert 33 euros

Rino

Restaurant Paris

Embarquement pour Roma. Destination finale : la table d’un cuistot travaillant une cuisine française revisitée à l’italienne. Car chez Rino, le chef est romain. Sans renier ses origines, il choisit de les saupoudrer sur des plats à la charpente française, plutôt que d’en faire les stars du menu. A la pasta vous ne vous frotterez donc pas. Pas plus qu’aux antipasti. Vous trouverez par contre en lieu et place de la composition habituelle entrée-plat-fromage-dessert, une succession d’entrée, poisson, viande et dessert. Si vous choisissez le menu « 4 plats ». Car Rino décline son dîner en deux sonates : l’une en « quatre plats mineur » et l’autre en « six plats Majeur ». La première à 41 euros, la seconde à 56 euros.

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Ce sera la formule 4 plats pour notre part. Le dîner débute pourtant tard, d’autant plus qu’à notre arrivée, à 22 heures passées, notre table est toujours occupée. La serveuse nous offre gentiment un verre de vin pour faire passer la pilule. Qui passe bien. On entame notre repas aussi souriants qu’à notre arrivée, même avec une demi-heure d’attente dans les jambes. Il faut dire qu’on a pu lorgner sur les moulinets et autres gestes effrénés des cuisiniers, ultra concentrés sur la réalisation de chaque assiette.

Nous débutons donc par un ravioli de potimarron, langoustine et coriandre. Et c’est une entrée magistrale. Savamment élaborée. Un piacere.

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Le chef poursuit l’adaptation de sa partition et nous sert de la lotte aux cacahuètes, salade de chicorée et pamplemousse. Un successo, là encore.

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Les serveuses battent consciencieusement la mesure. Elles nous apportent une assiette de côte de boeuf et ses carottes, son chou, arrosés d’huile de sésame et emmitouflés de tapenade. Et c’est toujours aussi bien. Super joli, super tasty, et pas radin du tout. Chaque plat pétille sous nos yeux et nous réchauffe de couleurs plutôt éclatantes.

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Puis vient le coup de baguette final : un gâteau de pommes, une glace aux céréales, une mousse au foin et ses fruits secs. Sans être le clou du spectacle, c’est au moins presque aussi bien que le reste.

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C’est décidément une réussite. Un peu plus et je me mettais à applaudir. Aucune longueur, aucune fausse note. Une chouette représentation. Qui nécessite toutefois de prendre ses billets un bout de temps à l’avance.

Mais il est minuit passé. On quitte le restaurant les yeux mi-clos mais le sourire aux lèvres. Un dernier coup d’œil au potimarron rondouillard se prélassant sur le comptoir, et on se dirige vers les trottoirs humides de la rue Trousseau. On referme la porte sur la dernière page d’une partition remarquablement exécutée.

Rino, 46 rue Trousseau, 75011 Paris

L’addition : menu soir 41 euros

Marcovaldo

Brunch Paris

Un endroit insolite. Rempli de bouquins. Composé de tables et chaises joliment dépareillées. Avec des photos un peu usées pas parfaitement accrochées aux murs. On n’a même pas envie de leur donner un petit coup d’index pour les remettre droites. Elles sont de guingois et c’est très bien comme ça. Chez Marcovaldo, le concept de « libreria caffè » ne s’arrête pas à des bouquins empilés le long des tables. On peut déjeuner, goûter, bruncher le week-end, assister à des concerts à consonance italienne, prendre des cours de cuisine avec la « mamma  » italienne, la vraie, ou même prendre un « Aperital », entendez « atelier d’italien autour d’un apéritif ».

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La place est tenue par des italiens, bien sûr. Super souriants, super gentils. Avec un coin « killer kitchen » au fond, reservé pour le capocuoco. Qui nous prépare le brunch du jour : pain-beurre-confiture, jus d’orange et thé vert pour commencer. Suit un plat composé de : « tortino » bio de couscous, potiron et noix de muscade, d’une crème bio d’azuki et noix de cajou accompagnées de pain de kamut fait maison, d’une bouchée de mozzarella de Bufflonne et jambon aux herbes, et d’une salade de jeunes pousses, pommes, kakis et grenades. Avec un morceau de pecorino en plus.

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Huum. C’était super savoureux. Ça change des formules brunch faites pour vous remplir l’estomac avec une omelette gigantesque et des beignets de légumes dégoulinants d’huile de friture. Des produits bien sélectionnés et bien cuisinés, c’est tout de même autre chose. Même le simple morceau de pecorino et les tranches de jambon aux herbes étaient de qualité. Le seul ingrédient de la carte à volonté est le thé vert, et il faut bien admettre que « thé vert à volonté »  sonne plus distingué que « brunch à volonté « .

Nos derniers coups de fourchettes, ou plutôt de cuillères, atterrissent dans un carrot cake, un tiramisu et un gâteau au chocolat. Simples mais pas trop gras, une plaisante et légère façon de mettre un point d’orgue au repas.

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Une dernière gorgée de thé vert et il est temps de s’en aller. Les vitres opacifiées de buée ne nous engagent pas à ressortir dans le froid mordant de ce mois de décembre. Avant de partir, on soulèverait bien la cloche en verre des présentoirs à gâteaux situés dans l’entrée, juste pour prendre une dernière bouchée de carrot cake. Ces derniers nous rappellent, au moment de pousser la porte, qu’il nous faudra revenir pour y goûter à nouveau. Sans problème, car des brunchs comme celui-là, on aimerait bien en découvrir plus souvent !

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Marcovaldo, 61 rue Charlot, 75003 Paris

L’addition : brunch = 21 euros par personne

Les Papilles

Restaurant Paris

En route pour émoustiller nos papilles ! A deux pas du jardin du Luxembourg, un bistrot à l’intitulé bien engageant s’est forgé une réputation. Ici, on dîne à la bonne franquette, mais pas n’importe comment. De bons petits plats à l’accent françois. Point de touristes à outrance. Et s’il y en a, ils sont bien renseignés ! Les bus de pique-assiettes sont étrangers à cette destination, bastion du quartier de la rue Saint-Jacques pas encore transformé en open-frites.

S’il y avait une carte, on s’attendrait presque à voir surgir des mots d’ancien français, tant le concept de marmites cuivrées dodues et débordantes de victuailles semble délicieusement vieux-jeu. Car il s’agit bien de cela. Nous étions deux, et nous avons eu droit à un repas gargantuesque. Ni plus ni moins. On fait ripaille ( comprenez « on mange ») comme quatre dans ce bistrot ! Mieux vaut s’y rendre l’estomac vide, et bien vide. Mais ceci est tout à notre gré (comprenez « nous plaît »), car dans l’assiette, la qualité égale la quantité. Le menu est donc imposé, et se compose d’une entrée, d’un plat, de fromage et d’un dessert. En portions pas squelettiques du tout !

Nous sommes très bien accoillis, et nostre repas débute par un velouté de chou fleur, agrémenté de morceaux de chou croquant, d’herbes et de petits croûtons rissolés au beurre. A la vue de tout ceci, ma muqueuse buccale se réjouit à l’avance. Et avec raison. C’est onctueux comme il faut. Le velouté caresse nos papilles, ravies d’être chouchoutées dans un bistrot à leur enseigne.

En voyant la taille de la soupière, on se pose tout de même quelques questions quant à la suite du repas. Car avec une entrée de cette envergure, le plat promet de ne pas tenir sur la table, au moins !

Mais grâce à nos sympahtiques voisines de table, nous avons un aperçu de ce qui nous attend. Et heureusement pour nous ! Car le velouté se révèle addictif, et nous étions bien partis pour le savourer jusqu’à la dernière louchée. Nous freinons donc nos ardeurs, et nous préparons à engloutir une replète marmite de joue de boeuf aux légumes d’automne.

Car de la joue, il y en a prou (comprenez « beaucoup »). C’est une marmite pour quatre, au moins, et pour quatre gloutons affamés ! C’est énormissime. Trop pour nous, beaucoup trop. Notre serveur nous assure pourtant que la plupart des convives dégustent tout le contenu de cette plantureuse cocotte cuivrée. Ma voisine et moi-même n’en revenons pas ! C’est fou. Mais le chef révèle là sa signature. De bons plats mijotés destinés à vous renvoyer chez vous repu et satisfait. Mieux vaut néanmoins ne pas être sujet aux crises de goutte, vous risqueriez d’en refaire une en sortant !

De la Fourme d’Ambert et son pruneau au vin succèdent au plat. L’association avec le pruneau est très sympa, et forme un bel intermède entre la joue de boeuf et l’épilogue du dîner.

Nous achevons ce souper par une pannacotta sur lit d’oranges avec espuma de caramel. Étant donné l’allure des précédents plats, je ne m’attendais pas à voir une verrine. Et encore une fois, je trouve l’accord pannacotta-orange discordant. Mais la crème est bien réussie, la mousse de caramel aussi.

Ma seule déception touche au vin. Le vin au verre est imposé, et pas terrible. Comme nous nous sommes fait la réflexion avec nos souriantes voisines, nous aurions du prendre une bonne bouteille pour quatre !
Les spots en mode économie d’énergie, c’est un peu dommage aussi.

Le dîner est tout de même un succès, et l’adresse certainement à retenir. On en sort en se rappelant que la bonne vieille cuisine française, c’est tout de même chouette !

Les Papilles, 30 rue Gay-Lussac, 75005 Paris

L’addition : menu soir à 35 euros ( entrée-plat-fromage-dessert) + un verre de vin = 45 euros

Le Cotte-Rôti

Restaurant Paris

Le 1 rue de Cotte a la cote auprès des gourmets. Pas étonnant, étant donné le florilège de « hummmm » ayant ponctué tout notre repas ! Car de l’entrée au dessert, chaque plat égale le précédent en terme de justesse, finesse, et ravissement.

Une charmante salle aux lumières voilées assortit comptoirs et tables basses. On se sent bien. Notre serveur nous apporte l’ardoise du jour, avec son menu à 39 euros pour entrée, plat et dessert.

Un serveur adorable, détendu, prévenant, qui nous met à l’aise d’entrée de jeu au détour d’une phrase bien pensée : « Alors avec ce que vous avez commandé, je pense que cette bouteille à 250 euros fera l’affaire, non ? ». Eclat de rire généralisé, of course. Car il est vrai que face au « L’Ivre de vins », on se sent un peu désemparés, nous vieux étudiants. Devant ces chiffres astronomiques, on écarquille les yeux et on somme notre sympathique serveur de voler à notre rescousse. Ce qu’il fait superbement. Il nous propose une bouteille de Sancerre rouge, à un prix ultra-correct, qui s’accorde avec l’ensemble de nos assiettes, et qui surtout déclenche à chaque gorgée un « hummm » supplémentaire.

Je l’ai a-do-ré ce vin. Il m’a tapé dans le palais, si je puis dire. Léger en bouche sans pour autant oublier de déployer des arômes soutenus et persistants. J’étais presque déçue une fois la bouteille vide ! J’en aurais bien siroté encore quelques gouttes, pour tout vous avouer.

Mais place à la découverte de nos ravissantes entrées : royale d’escargots, écume de pommes de terre et huile de persil pour mon ami :

Royale d'escargots

Pour ma part, un tartare de truite fumée, condiment à l’avocat et pickles de chou fleur constitue une grisante entrée en matière :

Les escargots sont juste parfaits. Pas élastiques du tout. Mon tartare de truite me ravit à chaque bouchée. Et c’est si joli que ça me fend le coeur de défaire une telle composition à chaque coup de fourchette.

Une épaule d’agneau confite doucement autour de la lasagne et du champignon et un filet de daurade en croûte de citron, céleri confit à la grenobloise et beurre noir ravivent nos « hummm » transitoirement envolés. La croûte de citron est fondante et croustillante à la fois, pas trop épaisse. Mon filet de daurade repose sur quelques feuilles de salade croquantes et bien assaisonnées, encerclées d’un duo de purée et de cubes fondants de céleri…c’est divin.

Il est temps de conclure ce chouette dîner. Notre dernier verre de vin accompagne une tarte au citron meringuée et granité de citron vert , et une bavaroise de pommes et son coeur de feuillantine.

La clôture du repas est aussi convaincante que son ouverture. Aucune fausse note d’un bout à l’autre. Pas même l’ombre d’une critique.

Les dernières gouttes de vin sonnent le glas de cette délicieuse soirée. La porte se referme sur nos estomacs remplis et bienheureux. Nul doute que le Cotte-Rôti est un coup de coeur, et un vrai !

Le Cotte-Rôti, 1 rue de Cotte, 75012 Paris

L’addition : menu soir à 39 euros + 1 bouteille de vin =  54 euros ( par personne, pour 2 personnes )

Métropolitain

Restaurant Top Chef

Saint-Paul, tous les voyageurs sont invités à monter à bord du Métropolitain. Un déjeuner en trois temps concocté par votre chef de bord vous sera proposé au cours du voyage. Prenez le temps de savourer votre trajet : entrée, plat et dessert du jour vous seront servis, frais et composés de produits de saison.

Fermeture des portes. Départ du train. Nous voilà plongés à bord du mythique métropolitain, revisité par quatre chefs bien inspirés. Banquettes de bois, murs tapissés de faïence blanche, jolies affiches surannées : une rame de métro bien engageante s’offre à vous, au coeur d’une paisible rue du 4ème arrondissement. Ici, point de vacarme. Point de cohue des passagers. Le cliquetis des fourchettes remplace le tap-tap des talons et le crissement des strapontins baissés à la hâte. Le pilote prend soin de vous et vous gâte d’un repas bien pensé, généreux, frais et savoureux. Prix du ticket de métro: 22 euros. Foncez !

Le menu du jour est composé pour nous d’un oeuf mollet en croûte de parmesan et sa crème de cresson, suivi d’une fricassée de poule faisane et ses légumes d’automne :

Autant vous dire qu’après ces deux plats, mon estomac est déjà bien rempli. Une fois la poule engloutie se dessine même l’impression d’avoir boulotté la bête en entier. Ce ne sont pas des mini-portions, et c’est tout à leur honneur, car ils réussissent à concilier cuisine plutôt raffinée et quantités suffisantes pour satisfaire la bedaine la plus goulue.

Pas question pour autant de renoncer au dessert, une sphère au chocolat et sa crème de marrons au vieux rhum :

En arriver à bout n’est point réalisable pour ma part, mais ce doux globe mordoré forme un joli point d’orgue au repas.

Voilà un déjeuner comme on les apprécie. Bon marché, généreusement servi, avec une présentation soignée et une combinaison d’ingrédients bien pensée. Une cuisine à l’édifice solide, sans artifices et sans prétention. Un bon tuyau ! Le service est très agréable, on profite d’une reposante vue sur un petit jardin…Bref, le restaurant est installé rue de Jouy, et ce n’est pas pour rien !

Métropolitain, 8 rue de Jouy, 75004 Paris

L’addition : menu midi : entrée-plat-dessert = 22 euros

Semilla…

Restaurant Paris

Chez Semilla, une graine a germé. Celle de la déconvenue. Et quelle amère déconvenue. La douche fut d’autant plus froide que mes attentes étaient pour le moins élevées. Mais l’ensemble ne tient pas la route. Chaque note sonne légèrement faux. Qu’il s’agisse du service, de la carte, du contenu de nos assiettes, du speech affecté du propriétaire….chaque pas se prête à une déception supplémentaire. Des prix rondelets pour une cuisine d’une cinglante simplicité, aux accords pas toujours très heureux, voilà ce que j’en pense.

Les heureux propriétaires de Fish (situé juste en face ) semblent pourtant , à première vue, avoir réussi leur pari : un deuxième restaurant au design avant-gardiste gorgé de clients rieurs et enjoués. Le décor se laisse en effet admirer : tuyaux apparents de calibre varié cheminant le long des murs, sur fond de poutres blanchies et de casseroles et fourneaux apparents.

Mais la nonchalance des serveuses ouvre la danse. Elles ne sont pas désagréables mais déambulent indolemment entre les tables, un peu comme bon leur chante (c’est du moins l’impression qu’elles laissent ). Et de fait : un quart d’heure d’attente entre l’arrivée de mon plat et celui de mon ami. Ajoutez à cela une suggestion complètement nulle pour le vin, qui disparaît en bouche à peine après avoir franchi les lèvres :  aucune tenue. A 9 euros le verre, on repassera. La serveuse me l’a pourtant vendu comme étant son préféré, et de loin. Soit elle n’y connaît vraiment rien,  soit son palais présente un sérieux défaut de fabrication.

Le service est  froidement hypocrite, et la cuisine est hypocritement étoffée. Mais j’oublie la carte : un cortège de jolies phrases pourrait vous mettre l’eau à la bouche, si ces dernières se trouvaient présentées sur autre chose qu’une vulgaire feuille blanche comme nous en avons vous et moi 500 exemplaires dans notre imprimante. Du microsoft word rédigé à la va-vite sert de prélude au dîner : police Times New Roman, prix mal alignés, une teinte grisée par endroit soulignant la fin proche de la cartouche d’encre…on peut trouver sans mal plus sympa comme préambule.

La seule originalité réside dans le fait qu’on puisse choisir des « demi-portions ». Ce que j’ai fait sans hésiter : deux entrées format demi-portion ont constitué mon plat , tandis que mon ami choisissait un filet de sandre et sa compotée d’échalotes. Ma première entrée se compose d’un assortiment de chou vert, chou violet et de giroles, et ma deuxième entrée de saumon et sa crème citronnée.

Nul besoin de vous préciser le degré de mon désenchantement. Les ingrédients sont frais, certes, mais si j’avais voulu réaliser la même chose dans ma cuisine, j’en aurais eu pour un quart d’heure. D’explosion de saveurs, point. La simplicité de la présentation ne rivalise qu’avec la simplicité des saveurs en bouche.

Le filet de sandre est très bien cuit, mais du côté de la composition de l’assiette, on peut difficilement faire plus pauvre ! Aucun souci du détail, qui pourtant fait toujours la différence. Le filet de sandre est posé négligemment sur sa compotée d’échalotes, sans plus d’efforts. Pas même une maigre feuille de basilic ne vient égayer cette austérité.

Ce n’est pourtant pas faute d’entrevoir de réguliers briefings en cuisine. Mais toute cette concentration et toute cette effervescence pour un tel résultat ? On se demande un peu à quoi ils emploient tant d’énergie.

Le dessert est encore ce que j’ai préféré, ce qui est toutefois un bon point, tant les desserts sont souvent décevants. Une pannacotta surmontée d’un baba à l’orange et de bris de marron a donc réussi à sauver les meubles. Non pas que l’association pannacotta-orange soit très judicieuse, mais la crème était bien réalisée, un peu trop aérienne à mon goût mais avec des saveurs de vanille bien prononcées. Et l’accord entre pannacotta à la vanille et marron est indéniablement bien pensé.

Dernier point agaçant de la soirée : la mise en scène du propriétaire, servant un discours qui sonne faux, et qui plus est clairement réchauffé. Il en fait un peu trop.

L’arrière-goût de ce dîner n’est donc pas très plaisant, et combine pour ma part une simplicité désarmante sous couvert d’une image bistrot-chic et un faux-semblant de cuisine remarquable.

Un échafaudage de fausses consonances. Voilà ce qu’il m’en restera.

Semilla, 54 rue de Seine, 75006 Paris

L’addition : un plat + un dessert + un verre de vin = 50 euros

Pierre Sang in Oberkampf

Restaurant Pierre Sang

Cuisine décoiffante, avez-vous dit ? Oui, oui, et encore oui ! Au sein d’une bouillonnante rue du 11ème arrondissement, Pierre Sang nous dévoile une cuisine d’auteur au concept renversant : un menu imposé composé de six plats, accordés chacun à un verre de vin ( si vous vous sentez d’attaque). Le nombre de verre de vin est modulable : vous choisissez le nombre qui vous plaît, quand il vous plaît, « comme à la maison »  dixit notre souriant serveur, tablier noué et torchon jeté sur l’épaule. « Cuisine du marché » oblige, tous les ingrédients proviennent exclusivement des commerçants du quartier.

Ici, point de chichis : un accueil et un service simples et spontanés. Une cuisine pourtant étoffée nous ouvre les bras, mais les serveurs restent remarquablement chaleureux et enthousiastes. De même que le chef, qui s’affaire à préparer une enfilade de plats sous le regard conquis des quelques chanceux attablés au bar. Un chef qui plus est drôlement  accommodant : un ingrédient vous rebute ? une allergie vous taraude ? Ni une ni deux, il vous concoctera à l’improviste une surprise du chef, pour réjouir vos exigeantes papilles ou parer à une histamino-libération massive.

A peine la porte franchie, on se sent bien. Comme si on enfilait un chausson, on prend nos aises sur-le-champ. Et la soirée passe en un éclair. Point de places libres au bar cependant. Nous n’assisterons donc pas au ballet des fouets et autres ustensiles de cuisine. Nous sommes installés dans la cave voûtée, seul bastion ayant résisté à l’assaut des clients et offrant encore (plus pour longtemps) quelques tables.

Nous voici embarqués dans un tourbillon de saveurs réjouissantes. On se délecte de l’allure de chaque assiette avant de la savourer jusqu’à la dernière miette : le jeu des couleurs égale le jeu des saveurs.

Un velouté de potiron aux saveurs anisées et à la poudre de piment ouvre le bal. Et quelle ouverture ! En grande pompe, pour le moins. A tel point qu’on s’attend presque à être déçu par la suite, tant le chef frappe fort d’entrée de jeu. :

Il n’en est rien. Notre hareng-pommes à l’huile revisité nous réjouit tout autant :

Nous avons opté pour trois verres de vin. Un vin de Saône, cépage Melon, accompagne ces deux premiers plats. Et c’est assurément celui que j’ai préféré. Doux et puissant à la fois, aux accents fruités se déployant délicatement en bouche. Un régal.

Le dîner se poursuit et les assiettes se succèdent plus ébouriffantes les unes que les autres. Nous voici face à une chips de crevette habillée de jambon de parme et de confiture de betteraves, avec brisures de pistache, le tout orné d’une jolie et moelleuse plante montagnarde dont le nom m’échappe :

Le bal se poursuit avec l’entrée d’aiguillettes de boeuf et ses pousses d’épinard, accompagnées de chou vert et violet, de champignons et d’un risotto de blé :

L’association des couleurs est charmante, et tout reste délicieux. Seul bémol : les deux verres de rouge ayant succédé au blanc ne m’ont pas conquise.

Mais il ne nous reste plus que deux assiettes à découvrir. Et là, le chef réussit un autre tour de force : au bout de quatre assiettes, on en redemande. Les quantités sont parfaitement calculées, si bien qu’on arrive au bout des six plats sans avoir aucunement l’impression d’avoir couru un marathon. On sort l’estomac rempli mais léger.

Nous achevons le dîner par un brie sauce aux cranberries, suivi d’une tarte fine aux pommes et amandes et son émulsion au caramel :

Je dois avouer que le dessert fut un poil décevant, dans le sens où il manquait un peu d’exotisme. Cependant, l’ensemble du dîner fut une véritable révélation. Le tout pour cinquante euros par personne, c’est un exploit.

Il est tard, il est temps de partir. Le bar s’est vidé de ses clients, est tout propre et prêt à en accueillir une nouvelle fournée d’ici quelques heures. Pierre Sang nous escorte jusqu’à la sortie, souriant et se répandant en excuses pour n’être pas passé nous voir au cours du dîner. Point d’angoisse à ce sujet là, nous reviendrons dans tous les cas !

Pierre Sang in Oberkampf, 55 rue Oberkampf, 75011 Paris

L’addition : menu soir 6 plats à 35 euros + 3 verres de vins = 50 euros

Oenosteria

Restaurant italien

A la recherche d’une bonne table italienne à Paris ? Courez chez Oenosteria, dans le 6ème arrondissement. Je dis bien courez, car parvenir à arriver au moment où une table se libère relève quasiment de l’exploit, tant le succès de ce lieu ne décroît pas. En même temps, il est difficile de résister. Imaginez-vous : une salle cosy, ni trop grande ni trop exigue, aux lumières tamisées, avec un chapelet de jambons secs et de saucissons plus dodus les uns que les autres habillant l’arrière du bar,  des tables en bois massif, et surtout des serveurs italiens pour vous accueillir, des vrais de vrais, avec l’accent tout ça tout ça. Ca ne donne pas envie de faire demi-tour, croyez-moi !

L’endroit est plein de charme, et on a qu’une seule envie: s’installer autour d’une bonne bouteille et savourer cette charcuterie qui n’en finit pas de nous taper dans l’oeil.

Manque de place oblige, nous sommes installés à une table de huit , autour de laquelle se mélangent déjà deux copines British et une famille de quatre. Après un « bonsoir » de rigueur, puisque mine de rien nous nous trouvons tous nez à nez sans l’avoir prévu, nous prenons place et savourons la victoire d’avoir enfin décroché une table ( un coin de table en l’occurrence ). Le niveau sonore est assez élevé, si bien que durant tout le repas nous n’avons pas eu l’impression de dîner avec des inconnus, mais plutôt de jouir d’une chouette portion de table, sans être aucunement dérangés par cette proximité imposée.

Le serveur s’empresse de nous apporter la carte ainsi que l’ardoise du jour.  Ni une ni deux nous lui demandons conseil, face à cette ardoise sur-remplie, et optons pour une mosaïque de mozzarella fraîche, asperges et jambon italien, le tout parsemé de brisures de truffes :

La composition de l’ensemble est assez simple, mais de qualité. L’assiette a un aspect appétissant à souhait, et nous nous en délectons pianissimo.

Il ne nous reste plus qu’à mettre leurs desserts à l’épreuve. Et très honnêtement, je ne m’attendais pas à écarquiller les yeux à la première bouchée. Mais si. Nos deux desserts étaient délicats, savoureux, fondants…bref, fameux. Le tiramisu était pile à bonne température, aérien mais pas trop, fondant en bouche, laissant un arrière goût de « vite-une-autre-bouchée ». Et la panna cotta, pas compacte pour un sou, douce et fondante, légère, avec ce grisant petit goût de crème qui nous donne furieusement envie de terminer la verrine à toute allure. Bref, un succès !


Panna cotta

Les prix ne sont pas donnés, mais la qualité de l’ensemble semble parfaitement les justifier.

Ici, des produits de qualité aux accents italiens emplissent des tables peu nombreuses mais toujours remplies. C’est bien simple, c’est toujours plein à craquer ! Et on en ressort avec une plaisante impression d’avoir goûté à l’Italie, la vraie.

Oenosteria, 40 rue Grégoire de Tours, 75006 Paris

L’addition : un plat + un dessert + un verre de vin = 35 euros

Le Terroir Parisien

Restaurant Yannick Alleno

Place au second numéro de ma série « je-teste-enfin-les-bistrots-de-grands-chefs ». Rendez-vous donc chez Yannick Alléno, au Terroir Parisien, dans le 5ème arrondissement. Le restaurant est situé au sein de la Maison de la Mutualité, à tel point que perdus dans nos souvenirs du soir du second tour de l’élection présidentielle de 2012 (remués par notre passage devant l’entrée principale ), nous avons loupé comme il se doit l’entrée de ce bistrot, et avons poursuivi notre chemin tout en nous étonnant de ne pas entrevoir une seule devanture éclairée devant nous. On lève la tête, on regarde les numéros….mais oui, nous l’avons bel et bien dépassé ! Nous revenons donc sur nos pas, pour découvrir notre gargote tant attendue, qui se situe bien rue Saint-Victor, dans la Maison de la Mutualité.

A 21 heures un mercredi soir, le bistrot est pour ainsi dire plein. Et nous n’avions pas réservé… Mais pas de panique, le serveur nous installe au comptoir, lui encore quasiment dénué de clients.

Nous voilà accoudés au gigantesque comptoir central, en plein milieu de la pièce, avec une place de choix pour scruter les cuisines, ouvertes sur la salle. Une atmosphère chaleureuse règne sur ce lieu, que l’agitation mesurée des cuisiniers s’affairant à leurs fourneaux ne fait qu’accroître : préparation de cocottes, de cornets de frites,  cuisson du poisson, disposition des légumes, tout est sujet à se perdre dans la contemplation de ce tableau vivant se déployant sous nos yeux. Le comptoir est très agréable, et on est bien installés malgré tout, une fois passé le dépit de ne pouvoir profiter d’une table digne de ce nom.

Vue plongeante sur les cuisines

Place à la carte ! Une ribambelle de plats à jolie consonance franchouillarde se déploie sous nos yeux : aux p’tits oignons ma gratinée des Halles, boeuf en gelée à la mode, poulet sauté au vinaigre de Nanteuil les Meaux …. le tout à des prix tout à fait raisonnables ! Tout ça donne envie, le seul hic étant que notre estomac n’est pas vraiment au rendez-vous pour déguster un plat de viande ou de poisson. Nous voilà donc décidés à partager une « planche de charcuterie et de petits pâtés  » et une assiette de fromages. Arrosés d’un verre de blanc et suivis d’un dessert, of course. Sur notre planche de charcuterie sont alignés fromage de tête, persillé au jambon, boudin noir, lapin chasseur, saucisson à l’ail et jambon blanc de Paris, le tout accompagné de pain toasté. Ca fait envie, et pour cause, car une fois passée l’épreuve de nos papilles, notre bonne impression de départ se confirme. Tout a du goût, tout est savoureux. Même l’assiette de fromages s’empare de notre satisfaction, ce qui est rarement chose aisée. J’en rends un chèvre cendré responsable, pour ma part. Un énorme morceau de ce monticule fuligineux  a achevé de me contenter.

Mais il est temps de passer au dessert. Que dis-je, aux desserts. Car on les voit tous défiler à côté de nous, entre leur sortie des cuisines et leur acheminement aux diverses tables. La brioche “Nanterre” perdue glace vanille et le quatre coins aux pommes glace au caramel beurre salé ont assurément de l’allure :

Brioche “Nanterre” perdue glace vanille, Quatre coins aux pommes glace au caramel beurre salé

Nos choix se portent sur la brioche « Nanterre » pour mon ami, et sur un « bavarois rubanné cannelle et pistache aux fruits noirs  » pour ma part :

Brioche Nanterre et glace vanille

Bavarois cannelle et pistache

Le verdict est sans appel : la brioche est ex-qui-se. Ni plus ni moins. Pour un peu je regretterais ma verrine ! Ouf, après la première cuillerée, mes doutes s’estompent. Le bavarois est pour le moins « tasty ». Doux et crémeux, avec des saveurs de pistache et de cannelle bien prononcées. La brioche remporte néanmoins le premier prix. Et étant donné la flopée de brioches ayant défilé sous nos yeux, c’était sans nul doute le dessert le plus commandé de la soirée. On comprend pourquoi ! Elle est moelleuse à souhait, sans être trop humide, et juste tiède comme il le faut. En plus elle est énorme !

Il est temps de quitter ce plaisant comptoir, qui est désormais plein à craquer. Notre seul regret : ne pas avoir goûté de plat digne de ce nom. Regret auquel il s’agit de  remédier prestement !

Le Terroir Parisien, 20 rue Saint Victor, 75005 Paris

L’addition : une assiette de charcuterie+ un dessert + un verre de vin + une bouteille d’eau = entre 30 et 35 euros

Les Bouquinistes

Restaurant Guy Savoy

Dans le tourbillon de mes études plus que prenantes et depuis maintenant un peu plus de quatre ans que j’habite à Paris, je n’avais pas encore testé de bistrots de grands chefs.

C’est maintenant chose faite : j’ai posé mon premier choix sur un restaurant de Guy Savoy, Les Bouquinistes, situé quai des Grands Augustins.

A première vue et le moins qu’on puisse dire c’est que même à l’heure du déjeuner ça ne respire pas la jeunesse (parmi les clients). Après un accueil protocolaire mais pas désagréable (comme on s’y attend dans ce type de restaurant), mon ami et moi sommes installés en plein milieu d’une foule de septuagénaires  très concentrés sur le contenu de leur assiette. A peine assis, le serveur nous propose une autre table, dans un coin un peu plus animé du restaurant, face au bar et  juste contre la fenêtre donnant sur les quais. Il a saisi nos yeux arrondis et notre échange de haussement de sourcils, à coup sûr.

On se retrouve donc délocalisés à une place à laquelle nous n’avons au moins pas eu l’impression de nous fossiliser à chaque coup de fourchette.

Place donc à la découverte de la carte. On comprend tout de suite pourquoi la moyenne d’âge atteint des sommets ! La carte n’est pas dans nos cordes, c’est certain. A tel point qu’une esquisse de rouge se dessine sur mes joues : mais où ont-ils donc caché leur menu de déjeuner, celui qui confère tout leur intérêt (pour nous autres jeunes) à ces bistrots de grands chefs, celui qui nous permet de goûter une cuisine topissime à prix doux, celui pour lequel on s’est déplacés !? Ouf, un petit papier intitulé « menu du marché » est déposé à côté des cartes.

Le voilà, le fameux menu à 31 euros comprenant entrée + plat + dessert + verre de vin. Et il vaut le déplacement, croyez-moi. Car 31 euros pour savourer des ingrédients frais et bien cuisinés, ce n’est pas cher payé, quand on sait qu’on peut débourser plus de 30 euros dans un restaurant pas terrible pour un plat de pâtes, un fondant au chocolat picard et un verre de vin pas bon. En plus on a le choix entre 2 entrées, 2 plats et 2 desserts si je me souviens bien. Le vin est bien entendu proposé en fonction de nos choix.

Voilà donc les choix de « Madame et Monsieur » comme nous appelait notre serveuse, très agréable du reste, et très souriante une fois que mon ami eût réussi à la dérider un peu. Engoncée dans ses habitudes bien apprises, remplacer le madame-monsieur par un mademoiselle-jeune homme fut une tâche ardue, mais qui nous fit tous trois bien rire.

Entrée : Carpaccio de saumon

Plat : pour monsieur : thon aux petits légumes, pour madame : filet de canette et risotto ( les noms élaborés m’échappent, d’autant plus qu’ils comprenaient des mots m’étant tout à fait inconnus )

Dessert : madeleine et glaces maison.

Carpaccio de saumon
Thon aux petits légumes
Filet de canette
Madeleine et glaces maison : speculoos, macaron vanille, mangue

C’était beau, et c’était délicieux, d’un bout à l’autre. Le dessert n’était certes pas très élaboré, mais il a le mérite d’avoir été réalisé maison et il était très goûtu.

Et puis c’est toujours agréable de voir que chaque plat est le fruit d’une réflexion, allant de son joli titre à sa composition dans l’assiette,  et ravissant notre palais au bout du chemin.

Bref, allez-y (pour le déjeuner comme vous l’aurez compris, ou pour le dîner si vos comptes vous le permettent) , ça vaut vraiment le coup. J’y retournerai pour ma part sans hésiter. C’est pour dire !

Les Bouquinistes, 53 quai des Grands Augustins, 75006 Paris

L’addition : menu midi 31 euros ( entrée-plat-dessert + un verre de vin )