Holybelly

Café

All I want is a room somewhere…*
Une fourrure de nuages aussi épaisse qu’un glaçage de carrot cake. Des piqûres glacées sur les joues, comme celles d’une barbe trop naissante. Des flaques luisantes à chaque coin de rue. Un parapluie tremblotant sous les bourrasques. Des éclats d’eau marron sur le pantalon. Des mains frôlant le drapeau tricolore : prêtes à enfiler leur costume de merguez au moindre courant d’air chaud, mais pour l’heure d’un blanc cadavérique lardé de bleu. Et après vingt-quatre heures de travail, on a beau enfiler nos moufles, on oublie d’arrêter de grelotter. Toutes nos connexions neuronales ont sommeil, il s’agit de les secouer. Alors un café fumant je vous prie. Et que ça filtre !

the wanderer

Far away from the cold night air…*
Il faut dire que j »y ai pensé et repensé. Ressassé l’idée, même, sous des couvertures râpeuses, entre deux réveils inconfortables au timbre métallique d’une sonnerie claironnante. Et enfin, Holybelly approche. Mon thermostat se rehausse d’avance, mon estomac se crispe de joie. Mes narines frémissent, mes pupilles se transforment en pancakes. Je secoue ma réserve de neurotransmetteurs fonctionnels pour pousser la porte. Allez, du nerf, l’oreiller attendra.

the wanderer

With one enormous chair…*
Tasses jaunes flashy pour ne pas s’endormir complètement devant les volutes de café. Au cas ou les paupières fléchissent. C’est vrai qu’après deux bouchées de ginger cupcake et trois gorgées de café brûlant, on est prêt à s’enfouir sous une couette, histoire de faire durer le confort. Surtout avec un duvet aussi doux et aromatique.

the wanderer

Oh, wouldn’t it be loverly?*
Mon tout petit cupcake moelleusement parfumé se laisse dévorer sans rechigner. Un peu riquiqui pour le prix, il faut quand même le souligner, mais pas ratatiné de saveurs pour autant. Rien à dire, c’est charmant. Me voilà délicieusement réchauffée, warm face, warm hands, warm feet*. Dur de décoller de la banquette après, surtout pour rouvrir mon parapluie tout gondolant d’humidité. Ça me plaît, j’adhère à l’endroit. Dans tous les sens du terme !

the wanderer

Holybelly, 19 rue Lucien Sampaix, 75010 Paris

L’addition : café filtre = 3 euros, cupcake = 4

* extraits de « My Fair Lady »

Coutume / Instituutti

Café

Il ne faudrait pas que ça devienne une coutume. Même après tous nos reproches, on y retourne. Bon, pas tout à fait au même endroit non plus. Cette fois-ci, on table sur l’effet bouillotte d’une ambiance nordique chaleureuse pour réchauffer nos premières conclusions mitigées. On reste fidèle à l’idée et on plonge tête baissée.

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Et encore une fois, on boit la tasse. On saute l’étape du sauna pour se noyer illico dans un bain glacé. On a à nouveau la sensation de grelotter, et même un café fumant a du mal à réajuster notre thermostat.

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On partait bien lunés, pourtant. On avait croisé les doigts, touché du bois, mis quelques grains de sel dans notre poche, et fermé notre parapluie avant d’entrer. Résultat, on n’avait qu’à passer sous une échelle avant d’entrer, au moins on aurait compris l’origine de notre poisse.

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Inutile de s’étendre sur trente lignes, encore une fois le café est à la hauteur de nos attentes, mais autour de lui tout s’écroule. Pour commencer, on se retrouve dans un véritable gymnase. Nul besoin de préciser qu’avec un tel volume, le concept du coffee shop douillet et reposant, il faut lutter pour l’entrevoir. Il ne manquerait plus que ça résonne. Déjà qu’on a du mal à se retenir de souffler « panier » à chaque bruit sourd de machine à café…

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Ensuite, il suffit d’un regard autour de nous pour comprendre qu’avec Ikea, ils sont BPF (Best Partners Forever). D »accord, tout le monde aime, mais pas par tonneaux. Le catalogue version live, c’est quand même excessif.  La salade composée meubles chouettes / productions bancales, on a du mal à la déglutir. Assaisonnée de ces inépuisables cache-pots gris, compagnons d’infortune de plantes vivantes-on-se-demande-comment après un séjour de bronzette imposée sous les lumières blanchâtres d’Ikea Beach.

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Au moment de commander, on n’ose même pas s’appuyer contre le comptoir central. J’en rajoute une couche, d’accord. Mais enfin quand on se met sans le vouloir à la recherche de vis qui dépassent, c’est plutôt mauvais signe. Et quand l’envie de donner un petit coup de tournevis fait son apparition, là, ça devient limite inquiétant.

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On essaie d’apprécier notre café et nos cheesecake / carrot cake. On les apprécie d’ailleurs, mais juste pas comme on le voudrait. On reste un moment, histoire de ne pas produire de jugement trop hâtif. Mais on se résout à tourner la page. On sort, encore une fois, désappointés. On va devenir coutumiers du fait !

Coutume / Instituutti, 60 rue des Écoles, 75005 Paris

L’addition : café filtre : 3,50 euros, Latte et Cappuccino : 4 euros

Café Coutume

Café

Pschttt ! Les solutions fumantes sont en cours de préparation, dans ce laboratoire du café. Les béchers fonctionnent à plein régime. Cling ! Les tubes à essai remplis de poudre noire se bousculent dans un cliquetis matinal prompt à réveiller les molécules somnolentes encore douillettement installées dans leur édredon de papier filtre. Ça y est, il est l’heure de faire flamber les réactions moléculaires.

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Splatch ! On prend d’emblée une rafale de souvenirs fumants (sens propre et familier) en pleines dents. Quoi, au lycée et à la fac, ça n’était pas suffisant ? Révisions de thermochimie imposées, donc.

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On s’installe à ces tables modèle paillasse-tant-redoutée de nos années adolescentes. En toile de fond ce carrelage blanc réfrigérant si difficile à oublier. Aucun effort à fournir, les squelettes carbonés se bousculent sous nos yeux. On revit avec amertume toutes ces réactions aussitôt apprises aussitôt oubliées. Ces flèches qui partent dans un sens pour finalement revenir en sens inverse. Car les équations chimiques, c’est réversible parfois, c’est vrai. Seulement l’amer souvenir qu’elles laissent, il a tendance à rester irréversible, lui.

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On fait preuve de bonne volonté et on essaie d’enfouir à nouveau ces vieux ressentiments. Béchers, erlenmeyers, pipettes jaugées, éprouvettes, pissettes, fioles jaugées, burettes…on est prêt à tous les revoir. A sympathiser même, qui sait.

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Après un flou initial déconcertant (pas de « bonjour », une carte apportée au bout d’une demi-heure par une serveuse peu sympathique et peu efficace, s’agitant sans trop de résultat d’une table à l’autre), on déguste nos mélanges brûlants. Avec la compagnie d’un erlenmeyer pas si repoussant que ça, déguisé en carafe d’eau. Le café est évidemment une réussite. Mais le contraste liquide bouillant atmosphère refroidie en est d’autant plus saisissant. Un cours de chimie ça n’a jamais été très drôle, mais ici ça rigole encore moins qu’en classe.

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D’autant plus qu’un brownie ou un carrot cake qui sortent du réfrigérateur, ça a du mal à réchauffer ce sentiment de grisaille ambiante. Pris d’assaut par une macédoine d’habitués et de touristes bruyants, l’endroit pourtant ne désemplit pas. La caisse se transforme en métronome en s’ouvrant rythmiquement, et on a presque l’impression que c’est tout ce qui compte ici, d’engloutir les billets.

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Bon, à défaut de trouver un élixir de douce ambiance, ces alchimistes du café nous concoctent tout de même une chouette potion. Soyons honnêtes, l’attraction moléculaire entre nous et le café reste plutôt forte. Clairement la réaction chimique est exothermique. La formule générale, en revanche, demande rectification. Elle devient incertaine tant elle semble appliquée et reproduite machinalement à l’atome près. Rendant la réaction plus seulement exothermique mais endo-cuisante. A force de tout régler froidement comme du papier à musique, ça n’en devient plus musical du tout. Et nos sentiments d’inconfort et d’inachevé, nous, on a du mal à s’en détacher.

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Bang ! On comprend enfin, un bout de temps après Berthollet, que toutes les réactions chimiques ne peuvent pas être totales. Celle-ci en premier. Mais la constante d’équilibre, ici, on la cherche encore !

Café Coutume, 47 Rue de Babylone, 75007 Paris

L’addition : café filtre = 3,50, Latte = 4

Loustic

Café Paris

The more I see you…the more I want you !*
Dans la série des coffee shops, on enchaîne avec un lieu stylisé jusqu’au bout des pieds de fauteuils. Le café Loustic nous en met plein la vue, avant même de nous en déverser plein les papilles. Un décor à rester scotché d’admiration avant de siroter une seule gorgée. Réussie, et dans les détails. Au moins, on commande notre café avec un sourire aux lèvres déjà bien dessiné.

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Somehow this feeling just grows and grows…*
Encore une fois, on découvre un coffee shop à la hauteur de son titre. Avec une chouette customisation. Un juste compromis entre un ensemble très travaillé et une touche d’inachevé. Comme si par endroits, on avait jeté l’éponge avant que ça ne soit complètement terminé. Quelques pans de murs peu retouchés, mêlant briques apparentes, traces blanches et vieux accrocs. Côtoyant des étagères toutes proprettes et des murs parfaitement tapissés. Égayés par l’armée colorée de muffins, cookies, tartes et sandwichs se dressant devant eux. Un savant mélange d’inattendu, qui explose de style.

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With every sigh I become more mad about you…*
On s’installe sur la banquette, et après avoir louché un moment sur la vitrine, on commande notre café filtre accompagné d’un épais carrot cake. Présentée dans un joli (et imposant) récipient typé entonnoir, notre décoction magique nous expulse à mille lieux d’une banale tasse de café. Elle dégomme l’amertume et laisse place à de doux arômes tapissant notre palais. Presque comme une expérience nouvelle, qu’on aimerait renouveler cent fois.

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My arms won’t free you, and my heart won’t try ! *
On sirote à petites gorgées nos grandes tasses remplies. On dévore le carrot cake, épais comme une pile de serviettes de bain. Nul besoin de préciser, on succombe au Loustic. Un peu le Prométhée du café, qui a volé le nectar subtil aux dieux de l’Olympe et nous en fait fait profiter à ses risques et périls. Surtout on n’ébruite pas l’adresse aux cars de touristes, le café se veut rester authentique. Et on comprend le souhait de ses baristas. Une horde d’appareils photos et de sacs banane aux tours Eiffel en guise de porte-clés arracherait ce côté café de quartier si paisible et reposant. Alors on vous file le bon plan, mais chut, c’est un secret.

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Café Loustic, 40 rue Chapon, 75003 Paris

L’addition :
café filtre = 3 euros
menu déjeuner = 10 euros

* extraits de la chanson « the more I see you » de Chris Montez

Télescope

Café

Munissez-vous d’un télescope, ça vaut le coup d’œil. Et le coup de slurp. Une petite devanture toute discrète dans une petite rue reposante. Rue Villedo, on villégiature au Télescope. Un café fumant entre les mains, ravissant nos narines avant de passer haut la main l’épreuve de la gorgée. On se laisse bercer par les volutes de fumée. On se perd dans notre tasse. On plongerait bien dedans, même. Il faut dire que ça sent tellement bon…

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Pas de bruit de klaxons ni de coups de sonnette de conducteurs de bus pressés. Ici, on souffle. On s’installe autour d’un brownie sans gluten, d’un cookie aux noisettes ou d’un cake au citron. Pour accompagner nos liquides fumants. Qui nous font remettre en cause tous nos acquis. Toutes nos idées sur le café. Si, si, c’est vrai.

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Fini le concept amer du café subi, avalé contraint et forcé. Fini les  » je n’en prendrai plus de toutes façons je n’apprécie jamais ». Fini les gorgées difficilement dégluties, accompagnées de sourcils froncés et front plissé. Game over pour tous les fonds de tasse noirâtres et granuleux dispensés par l’ensemble des brasseries du coin, avalés à la va-vite tellement c’est mauvais. Ici, on redécouvre le café. Ou plutôt, on le découvre tout court.

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On n’y croit même pas, au début. On se dit que c’est surfait. Que si on n’a jamais apprécié un café, ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer. Mais patatras. Une gorgée, et on se rend compte de ce qu’on a loupé jusqu’à présent. Une deuxième gorgée, car tout de même, c’est difficile à croire. Une troisième et on dépose les armes. Le café, en fait, c’est bon !

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Le café filtre me fait écarquiller les yeux jusqu’à un diamètre record. Il est doux, il a du goût mais sans aucune amertume. Sans impression râpeuse quand on l’avale. Une saveur délicate mais affirmée. Une première. Le café au lait nous assomme d’onctuosité. Sans laisser de sensation de film gras, il se laisse engloutir en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. C’est dans la poche pour nos deux baristas. Qui nous offrent, on n’en dirait pas moins, des sensations qui se télescopent !

Télescope, 5 rue Villedo 75001 Paris

L’addition : 1 café filtre + 1 café au lait + 1 cookie chocolat + 1 part de cake au citron  = 12 euros
Café filtre : 4,50 euros