Mary Celeste

Bar à cocktails

On tend un orteil pour grimper à bord, mais on est un peu frileux à l’idée de lever les voiles. On ne sait jamais. Si on disparaissait en pleine mer, ce serait à notre tour d’alimenter les légendes des décennies à venir. De rivaliser avec le fantôme du capitaine Briggs et de toute sa troupe. Autant dire tout de suite qu’on préfèrerait éviter de s’évaporer sous forme d’énigme maritime et rester peinard à quai. Alors on embarque, d’accord, mais pour un voyage sans trop de remous. Sur un clipper sagement amarré.

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On patauge un peu pour choisir nos cocktails. Je prospecte activement la jolie carte des boissons à la recherche d’épices et de piment, mes deux acolytes préférés du verre à pied. Car du sucre, j’en boulotte des caravanes, comme tout le monde, mais jamais en cocktail. A leur vue, mon palais enfile promptement le costume d’un bodyguard VIP. Il suffit d’une goutte fructosée et monsieur joue du biscotto. Et bim, dans la paille.

mary celeste

Nul besoin de sortir les haltères ce soir. Pas de cargaison d’épices ni de convois de piments, mais des saveurs équilibrées, un zeste relevées, secouant à chaque gorgée une roulotte de réflexions. Pas de tafia ce soir, donc, notre bosco fait du bon boulot.

mary celeste

mary celeste

Abandonner le navire ? Mais quelle idée. Pas question de monter sur une chaloupe et de prendre la fuite. Les vapeurs d’alcool, on en fait fi. On est si douillettement installés, à bord de ce charmant voilier tout de bois vêtu, qu’on laisse nos dernières appréhensions à quai. On empanne, on vire, on élève les voiles. Oh hisse. On s’élance entre les assiettes de tartare de boeuf à la cannelle et d’oeufs au gingembre, et on prend de plein fouet une vague de saveurs solidement construites. Taille tapas, pas donné, mais très correctement stylisé.

mary celeste

On laisse donc nos à priori au fond de la cale. Et on avoue que tout le ramdam autour du Mary Celeste ne sort pas de nulle part. On en raffole, voilà, c’est dit. Alors comme tout le monde (ou presque), on adopte l’adresse. Qui a le vent en poupe !

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Mary Celeste, 1 rue Commines, 75003 Paris

L’addition : 4 cocktails + 2 tapas = 70 euros

Moonshiner

Bar à cocktails

C’est vrai qu’ils poussent vite, les bars à cocktails. De vrais champignons transgéniques. Hyper arrosés, sur une surface de plus en plus étendue. On ne sait même plus ou donner du panier : on cueille à droite à gauche, mais à peine notre dernier eumycète testé, un autre pointe le bout de son chapeau. A tel point que notre corbeille, elle risque de déborder. Alors on les boulotte, toutes ces adresses. On devient des gloutons du cocktail. Des goulus de la mixologie. Des mixomanes.

the wanderer

Excitation volubile. Autant dire que la culture intensive du verre à pied réinventée, on y adhère. Y compris au nouvel allèle en vogue, qui code pour le caractère si-c’est-caché-c’est-encore-mieux. Avec la séquence nucléotidique de l’année, qui s’arrange pour garder l’endroit bruyamment secret. Après tout c’est bien le but. Plus ça risque de nous échapper, plus on a envie d’y aller, comme toujours. Et comme tout le monde, on mord à l’hameçon. Mais tout de même, on aime bien.

the wanderer

Familiarité excessive. Bon, la première fois, on n’est pas tout à fait à l’aise. On se sent à la fois idiot et émoustillé, surtout au moment d’ouvrir la porte de la chambre froide. On a presque envie de glisser aux clients de la pizzeria que non, on ne va pas piquer de jambons. Car pour accéder à l’antichambre du Moonshiner, il nous faut, très candidement, traverser une pizzeria. Toute petite, d’accord, mais on a le temps de perdre toute crédibilité.

the wanderer

Agitation psycho-motrice. On tourne frénétiquement les yeux dans tous les sens. Oui, le décor nous plaît bien. Un peu Mad Men, un peu bar clandestin type dry state fermement réglementé. Avec des Moonrakers aux commandes, chefs d’une tribu de précieuses bouteilles, distillant leurs gracieux mélanges avec rigueur et savoir-faire.

the wanderer

Hyperthymie expansive.  La première gorgée de notre joli cocktail nous enthousiasme. La deuxième, et c’est l’euphorie. Notre doctrine du jour ? Le sensationnisme. Mais oui. De nos boissons jaillissent une jungle d’émotions nécessaires à la pousse de nos réflexions. Je vous jure. Il faut nous arroser de cocktails pour aligner deux idées.

the wanderer

Hyperesthésie affective. On désespère de ne pas voir rappliquer de serveur barbu au look milimétriquement négligé (souvent typique il faut bien le dire). Pour faire la navette entre nous et l’oreille du barman. On rouspète de ne pas pouvoir paresser douillettement dans nos fauteuils en attendant d’être servis. On tape sur le concept du cockail-statue. Car on peut l’admirer de loin, mais si on en veut un il faut se déplacer, le commander, attendre qu’il soit prêt, et le rapporter. Enfin tout de même. Il faut tout faire, ici.

the wanderer

Humeur versatile. Une gorgée et c’est oublié. Faire trois pas et attendre cinq minutes, ce n’est pas si compliqué. En puisqu’on poirote un peu, on peut se permettre de scruter la méthode de préparation. De détailler les bouteilles « d’extrait de » au charme désuet. De prendre un ou deux instantanés, même. Je ne vois vraiment pas de quoi on se plaint !

the wanderer

La tachypsychie déclenchée par la lecture de la carte, on la connaît maintenant. La logorrhée de fond de verre aussi. Et l’exubérance débordante suivant la découverte de nos cocktails, on en raffole. On est enjoués, exaltés, survoltés, et ça ne nous désarçonne même plus. Mixo-manes, je vous l’avais bien dit !

Moonshiner, 5 Rue Sedaine, 75011 Paris

L’addition : cocktails entre 9 et 14 euros

Ballroom

Bar à cocktails

Un swing des cocktails. Sans faux-pas. Ou devrais-je dire sans fausses-mesures. Car ici, pas d’erreur de rythme, pas d’erreur de doses. Des mixologues et des vrais. Sympas, en plus. Qui donnent envie de rester, et de revenir. Mais avant tout, il s’agit de les dénicher…

the wanderer

Pas d’enseigne évidemment. Une entrée incognito (ou presque), coincée entre deux ténors de la rue Jean-Jacques Rousseau. Une large porte noire entrouverte, étranglée entre le Beef Club et le Fish Club, un escalier plongé dans la pénombre, la lumière dansante de quelques bougies disposées sur les marches…on se doute que c’est par là. On empoigne la rambarde, et on plonge dans le mystère.

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Arrivés en bas de l’escalier (sains et saufs, ouf!), on continue tout droit et on pousse un pan de mur un peu cracra. Et ça y est, on y est. Le périple aura été de courte durée, mais il nous aura plu. Car ce mur peu avenant, il cache un repère bien douillet. Avec ses larges fauteuils vieillots, son vieux parquet qui craque, ses murs tout de brique vêtus, ses boiseries, ses tapisseries harmonieusement chargées, tout ça orchestré par un clair-obscur des plus réussis. Alors on n’hésite pas trop longtemps, on se hisse dans la bulle, et on s’y prélasse un bon moment.

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Doucement bercés par des mesures chaloupées, on se laisse enrober par nos philtres. Peut-être même un peu trop. A tel point que la chaloupe, à la fin, c’est nous. On reste tout de même suffisamment bienséants pour ne pas reproduire du Philibert Aspairt tout craché. Car nous, on n’a pas l’intention de voler de chartreuse, et encore moins de finir desséchés dans les catacombes.

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Nous ne sommes pas cataphiles, d’ailleurs, et ça tombe bien. Pas question de se balader dans les égouts de Paris by night, on ne voudrait pas croiser un animal inopiné. On a beau avoir un coup dans le nez, le crocodile du Nil déniché au Pont Neuf dans les années 80, on ne l’a pas inventé. Pas plus que le Python de quarante kilos repêché dans la Seine il y a quelques mois. Tremper un orteil pour se rafraîchir les idées, c’est donc complètement exclu. On garde la tête froide malgré tout, et on se redresse avant de ressembler de trop près à la tour de Pise.

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Car les cocktails, ils nous font de l’effet. On en sirote un, et comme on meurt d’envie d’en goûter un autre, alors pour une fois on enchaîne sans sourciller. Il faut dire que le premier (Bee-Ki) est un poil trop girly à mon goût. Doucement enivrant bien entendu, mais un peu à court de charisme. Le deuxième en revanche (Concombre Fumant) m’assomme de délices. Tout ce que j’aime : un peu de piment, une touche d’amertume, un brin râpeux sur la langue, avec cette fraîcheur qui me fait basculer dans la description un peu trop vécue de chacune de mes gorgées .

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Un bal des saveurs, donc. Même les champagnes sont élégamment sélectionnés. Et c’est sans rire, en plus. Jacquesson, Bollinger et Billecart Salmon se disputent courtoisement un petit rectangle de la carte. Chic et chouette. Alors à la fin de la danse, on s’éclipse, mais bien malgré nous. Sans oublier de jeter un petit coup d’œil à notre barman préféré. Et de lui tirer notre chapeau !

Ballroom, 58 rue Jean-Jacques Rousseau, 75001 Paris

L’addition : cocktails entre 13 et 14 euros

Curio Parlor

Bar à cocktails

Brrr. On frissonne avant même de pousser la porte. Une rue trop calme, un raton empaillé gardant sinistrement l’entrée derrière une vitre un peu opacifiée, deux faibles lueurs vacillantes révélant une peinture ayant un peu trop souffert….On sent nos poils se dresser. A quel bitter va t-on être achevés ?

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Pas un son ne s’échappe du cabinet. Même pas un cri victorieux de raton laveur, fébrile à l’idée de tremper sa proie dans un cocktail avant de la croquer. Car la sempiternelle eau douce, merci bien. Un petit morceau de chair arrosée de ginger beer et infusée à l’eucalyptus, il en est quand même plus friand.

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On prend une grande inspiration. Trêve de plaisanteries. La leçon d’anatomie du Dr Tulp, ça n’est pas encore pour ce soir, ou alors sans nous sur la table de dissection. Et si l’Hydre de Lerne garde jalousement les bouteilles, on le délogera sans façons. Même si un petit poisson adhésif nous arrête en pleine course. Rémora ou pas, on l’aura notre cocktail. Et si on aperçoit un morceau de pierre de lave de la montagne Pelée, on prendra garde de ne pas y toucher. On va finir par entrer, oui ou non ?

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Finalement, point de taxidermie démesurément envahissante. Un paon veille à la juste réalisation des boissons, et encore, de loin. Même pas un petit oiseau de paradis pour doser les épices. Même pas un dodo ventripotent pour se promener nonchalamment sur le comptoir. On finit par comprendre que les curiosités, en fait, ce sont les cocktails. Le sang de dragon séché sur le plancher ou la momie accoudée au bar, on ne s’y frottera pas. Ouf, on angoissait un peu trop.

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Passés ces frissons initiaux, on s’installe dans la chambre des merveilles des cocktails. On en pince pour la carte, joliment dessinée, avant d’en pincer pour nos singuliers nectars. Car on succombe à leurs notes curieuses en un éclair. Une gorgée et on en devient mordus, de leurs potions. Elles grignotent fébrilement nos maigres hésitations initiales. On les glougloute avec entrain. Un peu trop, même. A tel point qu’au moment de partir, on le voit, le tatou timide dissimulé derrière un rideau ! Il nous gratifie même d’un signe de patte. Mais enfin, je vous jure !

Curio Parlor, 16 Rue des Bernardins, 75005 Paris

L’addition : cocktails environ 13 ou 14 euros

43 Cocktail Bar

Bar à cocktails

Peut-être que les chiffres sont mal choisis. Après tout, le chiffre 4 fait frémir les japonais. Il faut dire que si nous aussi, on avait un chiffre se prononçant comme le verbe « mourir », on éviterait de l’utiliser. Qui plus est de le mettre en avant. D’ailleurs, on devrait peut-être prendre le pli. De même qu’on évite le vert au théâtre, on se demande bien à la fin de la soirée si les japonais n’ont pas raison. Car ce bar éphémère, c’était plutôt très décevant. Pas trop mal, mais pas trop bien non plus.

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Mais de tétraphobie ici, point. Superstitions mises à part, ce n’est pas parce qu’on est au 9ème étage et qu’on a vue sur le Louvre que tout est permis. A vrai dire, du Pont Neuf on voit aussi la tour EIffel, et au moins personne n’est là pour nous irriter à outrance. Et en plus on la voit de près. J’exagère, d’accord, mais le 43  » Up on the Roof  » penche dangereusement vers le bas.

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On n’est pas là simplement pour contempler la tour Eiffel et le Sacré-Cœur. D’accord, on est prêts à jouer outrageusement les touristes en s’exclamant sur le scintillement de la tour Eiffel et en s’enthousiasmant pour le coucher de soleil derrière les Invalides, mais ceci bien installés et en sirotant un cocktail. Qui se montre plutôt plaisant d’ailleurs, je le concède (le barman au moins est épargné). Mais encore faut-il l’apercevoir avant la fin de la soirée. On commande nos boissons à 19 euros, on les attend deux heures au bas mot. Et encore elles arrivent chacune à une demi-heure d’intervalle. Une vraie représentation ratée.

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Alors on joue le jeu, mais sans succès. On observe des serveurs d’une incompétence à toute épreuve, dépassés par les commandes qui s’amoncellent sur leurs épaules. La vue sur les toits excuse tout, même le plateau de charcuterie monté à même le sol de l’ascenseur. Uniquement emprunté par le personnel, mais enfin tout de même. Si maintenant il faut grignoter du saucisson aux gravillons…

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A défaut d’être arrosés tout court, on est donc arrosés de déceptions en cascade. Quelques gouttes nous auraient au moins sortis de l’embarras et nous auraient laissés déguerpir sans risquer de passer pour des fine-bouches trop tatillonnes. Alors on a compris. On ne griffonne pas de rendez-vous pour l’été 2014. En plus, au 43 en 2014 ? On n’est pas fous !

43 Cocktail Bar « Up on the Roof « , 4 rue Danton, 75006 Paris (9ème étage de l’hôtel Holiday Inn Paris Notre-Dame)

L’addition : cocktails entre 17 et 25 euros

Little Red Door

Bar à cocktails

Shake it…*
Le barman enfile son tablier. Sort pilon, shaker et bec verseur. Sans oublier passoire à cocktail et cuillère à mélange. Gin, cognac, curaçao et tequila sont alignés, prêts à passer à la moulinette de l’artiste. Les citrons se serrent les coudes en attendant le coup de couteau qui les feront juter d’angoisse. Les feuilles de menthe se prélassent avant l’heure redoutée du pilage. Les pamplemousses roulent des mécaniques, loin encore de l’inquiétant cliquetis du presse-agrumes. Les verres grelottent, tout dénudés qu’ils sont, pressés d’être habillés  de mailles liquoreuses en tout genre. Tout ce petit monde s’agite…c’est l’heure. Un dernier tour de clés, et la petite porte rouge s’ouvre enfin….shake with all your might now ! *

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And if you do it, do it right now… *
En vrai, ce n’est pas la porte rouge (très petite, il est vrai) qui s’ouvre, mais une porte sur le côté. Et en vrai, on n’y était pas avant l’ouverture, mais on ne peut s’empêcher d’imaginer les quelques minutes de quiétude précédant la ruée vers les coquets fauteuils à coussins colorés. Les produits frais attendant l’exécution de leur sentence : pressés, coupés, pelés ou râpés, ils y passeront tous, dans le shaker. Allez, encore quelques étirements avant le tumulte des premières commandes. C’est parti ?

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Honey, shakin’ is the greatest thing…*
On découvre la carte qui bouillonne de cocktails singuliers. On plonge dans la liste des créations, et on en ressort indécises vingt minutes plus tard. On aurait du prévoir le masque et le tuba. La carte ratisse large, et engloutit momentanément toutes nos capacités décisionnelles. Pas que ça nous déplaise, bien au contraire. On barbote là-dedans en s’efforçant de faire le tri dans tout ce joyeux chahut de cocktails. Enfin, on se décide. On en aura mis du temps, mais sans regrets ! On sirote amoureusement nos boissons respectives comptant (entre autres) aperol – citron vert – sirop de cannelle pour ma part et aperol- concombre – mandragola Amaro pour mon acolyte.

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But if you really roll….*
On est aux premières loges pour assister au ballet des becs verseurs. Douillettement installées au bar, on observe la chorégraphie des verres doseurs et autres ustensiles inconnus. Un orageux mélange (le « Frenchie »), qui compte parmi les hits de la carte, est concocté à répétition sous nos yeux. On voit notre barman doser sa compote poivrée, rajouter sirop et alcools, et tchouk-et-tchouk-et-tchouk il mélange, fait jouer ses biceps en rythme et verse lestement à travers la passoire à cocktail. Sans oublier le rapide mouvement de poignet à la fin, condition sine qua non pour éviter l’éternel « zut j’en ai mis partout ». Ravies, on est à l’affût des secrets du chef. Et il y en a. Vous les voulez ?

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….Gotta do the thing with soul !*
Bon, le barman était drôlement sympa, alors chut, je ne vais rien divulguer. Le coup de l’écorce de citron ou d’orange frottée contre les parois du verre pour parfumer davantage, je le garde pour moi. Ou le coup des feuilles de menthe frappées sur son avant-bras avant d’être déposées dans la boisson, pour libérer plus d’arôme, ça non, je ne vous le répèterai pas. Motus sur cette affaire. Et glotte cousue, on est d’accord !

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Little Red Door, 60 Rue Charlot, 75003 Paris

L’addition : cocktails entre 12 et 14 euros
* Extraits de « Shake » d’Otis Redding

La Conserverie

Bar à cocktails

On imagine déjà les soupes Campbell’s en toile de fond. Du Warhol à gogo, et même plus. Du  » Beanz Meanz Heinz « * placardé en masse, pour des Heinz baked beans élevés au rang de vedette. Des Heinz Tomato Soups en guise de photophores. Des « If you like good cocktails it’s worth insisting on »** sur l’addition. On fantasme un peu (trop). On ouvre la boîte ?

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La porte s’ouvre en grinçant tel un décapsuleur un peu rouillé. Un large rideau nous cache l’intérieur. Un dernier tour de poignet et le couvercle saute. On y est ! Pas de bain de beans à l’entrée, pas de boîtes de soupes empilées derrière le comptoir. « The real work of art is the can », on peut tirer un trait dessus. Sans regret quasiment, puisque le résultat est quand même chouette.

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Sans compter les paroles distillées à l’entrée par le garde-porte en chef, qui nous donne l’impression de devoir franchir une montagne avant de pouvoir accéder à l’or en cocktail. On s’arme de nos cordes et harpons, et on entame l’ascension. L’endroit est presque plein, il est vrai. Mais pas de gouttes de sueurs perlant sur nos fronts pour autant, puisqu’une petite table nous attend. Ouf, on peut ranger notre matériel.

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On découvre une ambiance joliment hétéroclite. Douillettement conçue. Comme si on allait prendre un bain moussant à la lueur de quelques bougies. Piles de bouquins et tableaux de guingois habillent des murs aux couleurs sombres, ravivés par quelques bêtes empaillées louchant dangereusement sur les cocktails.

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Qui nous enchantent, du reste. On est déja ravis à la lecture de la carte, qui détaille pour chaque cocktail le résultat en bouche : « léger / frais /acidulé « , « fumé / frais / épicé » ou « corsé / amer », pour ne citer que ceux-là . Une super idée, qui nous tire de l’embarras. Il faut bien dire que lorsqu’on choisit un cocktail sortant de l’ordinaire, on y va à l’aveugle. Sans avoir la moindre idée du bouquet de saveurs final. Là, on est enchantés.

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Le verdict est sans appel. Mon cocktail est non seulement ingénieux, mais brillant(issime). Une charmante explosion de fraîcheur. Léger et acidulé, comme promis. Avec pour une fois le sentiment de distinguer le goût de chaque ingrédient. Gin, concombre, citron et soda à la rose. Juste amazing.  On apprécie vraiment, jusqu’à la dernière goutte. Le lieu intègre sans chichis la colonne  » the place to be » de notre carnet d’adresses. On ne le garde pas seulement en tête, on le met en conserve. C’est bien le but, non ?

La Conserverie, 37 Rue du Sentier, 75002 Paris

L’addition : cocktails de 11 à 13 euros

* publicité des années 60 :

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** inspiré d’une publicité des années 20 :

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Prescription Cocktail Club

Bar à cocktails

Ce soir, on prescrit autre chose que des antibiotiques. Pas de comprimés, pas de gélules, pas d’injections sous-cutanées, pas de perfusions intra-veineuses. Du répit. De quoi panser nos pharynx chatouilleux, encore à la proie de virus hivernaux. De quoi détendre nos fibres musculaires après une longue journée. En bref, un cocktail au Prescription. Petit aperçu de leur guide thérapeutique ?

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Forme et présentation. Un, deux, trois cocktails. Facile de craquer et de les enchaîner, rien que pour le plaisir de les dévorer du regard, avant de les consommer à petites gorgées. Accompagnés d’un verre d’eau glacée version « summer garden ». Avec une rondelle de concombre fraîche, qui nous fait adorer un verre d’eau du robinet. Tout bête, mais il fallait y penser. Composition. On a envie de tous les essayer. Céleri, gingembre, rhubarbe fraîche, clous de girofle, pêches et menthe fraîches… tout le potager y passe. Adoucis par du sirop d’érable, du sirop de miel ou d’agave. Infusés au thé au jasmin, pour ces dames.

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Posologie et mode d’administration. A volonté ? On aimerait ! On les sirote tout doucement, savourant un peu plus chaque gorgée. De la première à la dernière goutte. On n’individualise pas forcément tous les jolis ingrédients les composant, mais on reste conquis par le patchwork. Contre-indications. On a beau chercher, on n’en trouve pas vraiment. Et même s’il y en a, pour une fois, on les oublie ! Mises en garde et précautions d’emploi. L’addition est un peu musclée. En même temps, ici, on réfute les génériques. Un cocktail classique, ça n’existe même pas. Et qui en voudrait, d’ailleurs ? Confronter un modeste mojito à cette assemblée de cocktails ébouriffants, c’est loin d’être fair-play. Le match est joué (et perdu) d’avance.

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On profite encore un peu de l’atmosphère feutrée, et on offre une dernière gorgée à nos gosiers sur les starting-blocks. Si on les écoutait, on boulotterait la carte en entier. On refroidit leurs ardeurs et on repose nos verres désormais vides, un peu à contrecœur. C’est presque un poil douloureux. Comme une petite blessure qui picote. Ça vaudrait bien une dernière prescription (de boisson). Ou de quelques points de suture, histoire de ne pas laisser la plaie ouverte trop longtemps !

Prescription Cocktail Club, 23 Rue Mazarine, 75006 Paris

L’addition : cocktail à partir de 12 euros

Experimental Cocktail Club

Bar à cocktails

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Ce soir, on expérimente. Mélanges fantasques mais réussis, par des experts du cocktail. Et pas des menteurs. Associations étonnantes et détonantes. Que ce soit dans le verre ou dans la salle. Une ambiance feutrée mais sans chichis, associant zinc, piano en bois délicieusement suranné, pierres apparentes et vieilles poutres. Un serveur en tee shirt froissé et baskets, le torchon de vaisselle noué à son jean. Un barman en salopette et nœud papillon. Un service souriant, décontracté, qui ne vous prend pas le chou.

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Et même si on attend un peu avant d’être installés, on attend adossés au piano, avec un serveur super cool qui ne vous oublie pas. Qui aime son job et ça se voit. Avec une prononciation aux accents germaniques, qui pourtant n’active pas notre circuit court neuronal de l’allemand = bière – saucisses. Un accent suffisamment doux pour rajouter un côté exotique aux cocktails insolites.

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Quelques fausses notes tout de même, si on retient les lustres bling bling en plastique et les toiles noires style tapisserie cheap vues dans m6 déco. En dehors de ça, guère de reproches. On sirote notre cocktail confortablement installés, sans être le moins du monde poussés vers la sortie malgré l’afflux constant de nouvelles têtes.

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On passe un moment sympa, qui donne envie de retenir l’adresse. On la garde en tête, c’est sûr. La prochaine fois qu’on meurt d’envie de cocktails inattendus, on reviendra par ici. On retient le détail qui fait le plus : les charmantes théières vieillottes servies avec les cocktails en guise de carafes d’eau. Un seul mot pour conclure : enjoy !

Experimental Cocktail Club, 37 Rue Saint-Sauveur, 75002 Paris

L’addition : deux cocktails = 24 euros