Café Coutume

Café

Pschttt ! Les solutions fumantes sont en cours de préparation, dans ce laboratoire du café. Les béchers fonctionnent à plein régime. Cling ! Les tubes à essai remplis de poudre noire se bousculent dans un cliquetis matinal prompt à réveiller les molécules somnolentes encore douillettement installées dans leur édredon de papier filtre. Ça y est, il est l’heure de faire flamber les réactions moléculaires.

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Splatch ! On prend d’emblée une rafale de souvenirs fumants (sens propre et familier) en pleines dents. Quoi, au lycée et à la fac, ça n’était pas suffisant ? Révisions de thermochimie imposées, donc.

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On s’installe à ces tables modèle paillasse-tant-redoutée de nos années adolescentes. En toile de fond ce carrelage blanc réfrigérant si difficile à oublier. Aucun effort à fournir, les squelettes carbonés se bousculent sous nos yeux. On revit avec amertume toutes ces réactions aussitôt apprises aussitôt oubliées. Ces flèches qui partent dans un sens pour finalement revenir en sens inverse. Car les équations chimiques, c’est réversible parfois, c’est vrai. Seulement l’amer souvenir qu’elles laissent, il a tendance à rester irréversible, lui.

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On fait preuve de bonne volonté et on essaie d’enfouir à nouveau ces vieux ressentiments. Béchers, erlenmeyers, pipettes jaugées, éprouvettes, pissettes, fioles jaugées, burettes…on est prêt à tous les revoir. A sympathiser même, qui sait.

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Après un flou initial déconcertant (pas de « bonjour », une carte apportée au bout d’une demi-heure par une serveuse peu sympathique et peu efficace, s’agitant sans trop de résultat d’une table à l’autre), on déguste nos mélanges brûlants. Avec la compagnie d’un erlenmeyer pas si repoussant que ça, déguisé en carafe d’eau. Le café est évidemment une réussite. Mais le contraste liquide bouillant atmosphère refroidie en est d’autant plus saisissant. Un cours de chimie ça n’a jamais été très drôle, mais ici ça rigole encore moins qu’en classe.

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D’autant plus qu’un brownie ou un carrot cake qui sortent du réfrigérateur, ça a du mal à réchauffer ce sentiment de grisaille ambiante. Pris d’assaut par une macédoine d’habitués et de touristes bruyants, l’endroit pourtant ne désemplit pas. La caisse se transforme en métronome en s’ouvrant rythmiquement, et on a presque l’impression que c’est tout ce qui compte ici, d’engloutir les billets.

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Bon, à défaut de trouver un élixir de douce ambiance, ces alchimistes du café nous concoctent tout de même une chouette potion. Soyons honnêtes, l’attraction moléculaire entre nous et le café reste plutôt forte. Clairement la réaction chimique est exothermique. La formule générale, en revanche, demande rectification. Elle devient incertaine tant elle semble appliquée et reproduite machinalement à l’atome près. Rendant la réaction plus seulement exothermique mais endo-cuisante. A force de tout régler froidement comme du papier à musique, ça n’en devient plus musical du tout. Et nos sentiments d’inconfort et d’inachevé, nous, on a du mal à s’en détacher.

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Bang ! On comprend enfin, un bout de temps après Berthollet, que toutes les réactions chimiques ne peuvent pas être totales. Celle-ci en premier. Mais la constante d’équilibre, ici, on la cherche encore !

Café Coutume, 47 Rue de Babylone, 75007 Paris

L’addition : café filtre = 3,50, Latte = 4

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