Semilla…

Restaurant Paris

Chez Semilla, une graine a germé. Celle de la déconvenue. Et quelle amère déconvenue. La douche fut d’autant plus froide que mes attentes étaient pour le moins élevées. Mais l’ensemble ne tient pas la route. Chaque note sonne légèrement faux. Qu’il s’agisse du service, de la carte, du contenu de nos assiettes, du speech affecté du propriétaire….chaque pas se prête à une déception supplémentaire. Des prix rondelets pour une cuisine d’une cinglante simplicité, aux accords pas toujours très heureux, voilà ce que j’en pense.

Les heureux propriétaires de Fish (situé juste en face ) semblent pourtant , à première vue, avoir réussi leur pari : un deuxième restaurant au design avant-gardiste gorgé de clients rieurs et enjoués. Le décor se laisse en effet admirer : tuyaux apparents de calibre varié cheminant le long des murs, sur fond de poutres blanchies et de casseroles et fourneaux apparents.

Mais la nonchalance des serveuses ouvre la danse. Elles ne sont pas désagréables mais déambulent indolemment entre les tables, un peu comme bon leur chante (c’est du moins l’impression qu’elles laissent ). Et de fait : un quart d’heure d’attente entre l’arrivée de mon plat et celui de mon ami. Ajoutez à cela une suggestion complètement nulle pour le vin, qui disparaît en bouche à peine après avoir franchi les lèvres :  aucune tenue. A 9 euros le verre, on repassera. La serveuse me l’a pourtant vendu comme étant son préféré, et de loin. Soit elle n’y connaît vraiment rien,  soit son palais présente un sérieux défaut de fabrication.

Le service est  froidement hypocrite, et la cuisine est hypocritement étoffée. Mais j’oublie la carte : un cortège de jolies phrases pourrait vous mettre l’eau à la bouche, si ces dernières se trouvaient présentées sur autre chose qu’une vulgaire feuille blanche comme nous en avons vous et moi 500 exemplaires dans notre imprimante. Du microsoft word rédigé à la va-vite sert de prélude au dîner : police Times New Roman, prix mal alignés, une teinte grisée par endroit soulignant la fin proche de la cartouche d’encre…on peut trouver sans mal plus sympa comme préambule.

La seule originalité réside dans le fait qu’on puisse choisir des « demi-portions ». Ce que j’ai fait sans hésiter : deux entrées format demi-portion ont constitué mon plat , tandis que mon ami choisissait un filet de sandre et sa compotée d’échalotes. Ma première entrée se compose d’un assortiment de chou vert, chou violet et de giroles, et ma deuxième entrée de saumon et sa crème citronnée.

Nul besoin de vous préciser le degré de mon désenchantement. Les ingrédients sont frais, certes, mais si j’avais voulu réaliser la même chose dans ma cuisine, j’en aurais eu pour un quart d’heure. D’explosion de saveurs, point. La simplicité de la présentation ne rivalise qu’avec la simplicité des saveurs en bouche.

Le filet de sandre est très bien cuit, mais du côté de la composition de l’assiette, on peut difficilement faire plus pauvre ! Aucun souci du détail, qui pourtant fait toujours la différence. Le filet de sandre est posé négligemment sur sa compotée d’échalotes, sans plus d’efforts. Pas même une maigre feuille de basilic ne vient égayer cette austérité.

Ce n’est pourtant pas faute d’entrevoir de réguliers briefings en cuisine. Mais toute cette concentration et toute cette effervescence pour un tel résultat ? On se demande un peu à quoi ils emploient tant d’énergie.

Le dessert est encore ce que j’ai préféré, ce qui est toutefois un bon point, tant les desserts sont souvent décevants. Une pannacotta surmontée d’un baba à l’orange et de bris de marron a donc réussi à sauver les meubles. Non pas que l’association pannacotta-orange soit très judicieuse, mais la crème était bien réalisée, un peu trop aérienne à mon goût mais avec des saveurs de vanille bien prononcées. Et l’accord entre pannacotta à la vanille et marron est indéniablement bien pensé.

Dernier point agaçant de la soirée : la mise en scène du propriétaire, servant un discours qui sonne faux, et qui plus est clairement réchauffé. Il en fait un peu trop.

L’arrière-goût de ce dîner n’est donc pas très plaisant, et combine pour ma part une simplicité désarmante sous couvert d’une image bistrot-chic et un faux-semblant de cuisine remarquable.

Un échafaudage de fausses consonances. Voilà ce qu’il m’en restera.

Semilla, 54 rue de Seine, 75006 Paris

L’addition : un plat + un dessert + un verre de vin = 50 euros

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