27 Gambetta

C’est l’heure de remplir nos estomacs. Et pas n’importe où. Mon radar à saveurs, étalonné par mon guide culinaire de pointe, nous emmène au 27 Gambetta, pour un joli déjeuner. Raffiné et distingué. Construit, et qui tient debout. Chic, mais pas collet monté pour autant. Car ici, on n’empile pas les cageots de chichis. On reste spontanés, sans être désinvoltes, et souriants sans en rajouter des tonnes. Pas de paquets de minauderies ni de bouteilles de simagrées en réserve, on discute en toute simplicité et c’est tout à fait charmant. Sans familiarité excessive, on s’entend. Monsieur le patron veille, maestro de cet orchestre bien accordé, et saupoudre notre défilé d’assiettes de phrases rigolotes qui nous font sourire pour de vrai. C’est bon genre, d’un bout à l’autre.

27 gambetta

On est dorlotés, à coup de crumble de parmentier de canard et de cabillaud aux betteraves. On devient parmentophiles, à peine notre première cuillère bombée engloutie. C’est léger, mais avec un goût bien ancré. L’émulsion de pommes de terre s’envole à toute vitesse sous les assauts de nos couverts ravis, et le crumble aux noix nous chatouille de surprise. Nos papilles bouillonnent d’aise. On nous sert des marmites de satisfaction et des piles de saveurs qui dégringolent joyeusement sur nos terminaisons gustatives. On hoche la tête en souriant à chaque bouchée. On confirme à chaque coup de fourchette que, oui, décidément, c’est très réussi. Pour faire simple, c’est le pied.

27 gambetta

Le poisson est cuit juste comme il faut. Aucune réserve pour le confit de betterave, qui revisite bien ce légume un peu austère. C’est dire si c’est réussi, car pour ma part, la betterave nécessite un sacré tour de passe-passe pour que j’envisage même de l’affectionner. Notre chef décroche pour le coup la toque de prestidigitateur. Y compris pour le dessert, qui suit le rythme allegro du niveau de maîtrise, avec une tarte aux pommes revisitée de façon pas tarte du tout. Qu’on boulotte allegretto.

27 gambetta

Ça m’a plu, donc. Une chouette et agréable découverte. D’un endroit sympa, d’un chef rigoureux dans l’assiette, qui empile les idées sans que tout s’écroule, qui compose avec goût et précision, et qui en plus, vous sert ça pour un prix plutôt riquiqui. J’ai beau creuser, des failles, j’ai du mal à en trouver. Alors je range ma pelle. Et j’oublie mon râteau, qui pour une fois ne ratisse aucun défaut !

27 gambetta

Le 27 Gambetta, 27 rue Gambetta, 54000 Nancy

L’addition : menu entrée-plat-dessert 21 euro, menu déjeuner entrée-plat ou plat-dessert = 17,50 euros 

Little Hanoï

Bo Bun Paris

Le bò bún. Depuis quatre mois, il constitue mon quotidien. Ou presque. Il enfile son attirail de super-héros et sauve la plupart de mes déjeuners. Pour de vrai. Car lorsqu’on travaille à Belleville, on a vite fait de boucler le tour des restaurants asiatiques de pacotille qui vous donnent l’impression de vous transformer en ravioli frit vivant et suintant. D’ailleurs on comprend vite le concept de tous ces bouis-bouis : mariner sous des volutes de graisse ambiante et engloutir l’équivalent d’un bol d’acides gras saturés avec quelques carottes râpées orange fluo et trois morceaux de viande élastique et bien adipeuse. On a persisté, pourtant. On en a essayé toute une tripotée. Et on en a essuyé, des déceptions. Car tout est reproductible, dans ces bicoques. Les chaises vernies, les tables graisseuses, les chats dorés qui secouent la tête, les serveurs aussi aimables qu’un nem en train de frire, et même le staphylocoque doré qui se prélasse dans nos assiettes. Car dans ces endroits là, ne pas se laver les mains, on dirait que ça tombe sous le sens. Alors lorsqu’on tombe sur un bò bún frais, joli et gouteux, on retient l’adresse. On la note frénétiquement, même.

bo bun

Premier aperçu de la boutique : c’est plein à craquer, les serveurs papillonnent de table en table, et la cuisine a l’air propre et bien organisée. Ça sent bon, les volées de bò bún se succèdent allegretto, et ouf, on nous déniche une petite table. On lorgne sur les assiettes d’à côté qui nous inspirent. On dilate nos narines, notre fréquence respiratoire s’emballe. Parce que pour une fois, ça nous plaît ! On évite tout de même de devenir tout bleu, et on reprend notre souffle pour passer commande. Le bò bún arrive, attention.

bo bun

Et il est tip top. Ça sent bon la coriandre, les légumes sont frais, la viande est étonnamment bonne, et les nems bien croustillants. Pour une fois, on sort le ventre léger, notre estomac ne crie pas au scandale, et notre veste n’empeste pas le nem. Il n’y a pas à tortiller, ici, le bò bún est roi. Et nous, on s’agenouille !

Little Hanoï, 9 rue Mont Louis, 75011 Paris

L’addition : bò bún = 11 euros

Au comptoir de Brice

Burger Paris

On sort nos harpons et nos filets. La pêche au meilleur burger de Paris reprend. Et aujourd’hui, cap sur le Comptoir de Brice. On se tient prêt, piaffant et trépignant. On en a tellement entendu parler, de ce burger, reportage vidéo à l’appui, que nos glandes salivaires se transforment en outres rebondies à peine sortis du métro. Car chez Brice, ça ne rigole pas. Sa récente institution prône le home-made jusqu’au bout du steak. Le comté qui pique, les oignons confits, les chapeaux de pain moelleux cuits sur place, les graines de courge en guise de taches de rousseur, et la géniale sauce moutardée aux condiments. Le Gentleman Burger, au moins.

au comptoir de brice

Avant tout, il s’agit de cheminer jusqu’à Château d’Eau. Pas le quartier le plus glamour, mais qu’importe, on s’en accommode. Ensuite, il faut aller s’enfermer dans le marché St Martin, entre les bacs de poivron à l’huile et de fêta aux herbes. Pourquoi pas. Puis tolérer les néons blanchâtres type ceux qui nous fendent le crâne tous les jours à l’hôpital. Bon, on fait avec. Puis s’installer sur des sièges du paléolithique supérieur, à trois pattes histoire de bien garder l’équilibre. Car si ça se trouve, il est vraiment déstabilisant ce burger. Alors rester les jambes écartées au ras du sol poussiéreux, c’est peut-être plus sûr. Et si un grognement néandertalien s’échappe de notre gosier, on comprendra pourquoi, au moins. Si on dégringole jusqu’aux onomatopées, là on commencera quand même à se poser quelques questions.

au comptoir de brice

J’en rajoute trois couches, je l’avoue. Car au Comptoir de Brice, c’est quand même agréable. Les néons du marché, on les oublie vite, et le sol poussiéreux aussi. Le mobilier est somme toute rigolo, et lorsqu’on réussit à éviter le carrefour de courants d’air de l’allée-trottoir et à s’installer à l’intérieur, on n’est pas si mal. Au comptoir, ça doit même être chouette. Et nous qui aimons la cuisine dite « du marché », pour une fois on en déguste au sens figuré et au sens propre.

au comptoir de brice

au comptoir de brice

Déboulent donc deux adorables mini-burgers. Les frites se marchent sur les tiges, coincées dans un mini-bac à friteuse. C’est vrai que c’est craquant. Alors on boulotte allégrement le tout. Et on se laisse un peu aller. Ompf. Humflp. Gloumpf. Car quand on est spontanément glouton, difficile de ne pas devenir gloutonnement spontané, dans cette ambiance !

au comptoir de brice

Pour finir, dans l’assiette, c’est plutôt très réussi (sauf le dessert, plus vite oublié qu’avalé). Le burger décroche le titre de VIB (Very Important Burger), mais n’arrache pas la première place du podium. Car en dépit de tous ses bons ingrédients, l’ensemble fricote un peu trop avec la monotonie. Pas le meilleur burger de Paris, donc, mais une adresse à ne pas manquer pour autant. Pour les burgerophiles. Et même pour les burgero-manes.

Au comptoir de Brice, 33 rue du Château d’Eau, 75010 Paris

L’addition : 1 burger + 1 bière + 1 dessert = 27 euros

Blend

Burger Paris

Haven’t tried Blend burgers ? Where in the world have you been? * 

blend paris

Ohhh cette fois-ci, c’est du sérieux. Je ne parle pas de trois lamelles de cornichon vert marécageux enfouies sous un ersatz de steack suintant et dégoulinant. Ni de tranches de pain aussi moelleuses qu’une brioche oubliée sur le plan de travail depuis trois semaines. Ni de deux feuilles de salades aussi savoureuses qu’un sac plastique. Ni de fromage fondu jaune criard tendance canard de bain. Non.

blend paris

Le burger mono-goût, c’est dépassé (ouf). Les papilles suffocant sous des montagnes de gras sans saveurs, c’est de l’histoire ancienne. Les humpf de détresse lancés par notre pharynx étouffant sous une couette de pain Harrys rassis, on oublie. Tout au moins on arrête la boucherie. Le souvenir du burger de seconde catégorie, il croupit au fond d’un cachot de notre hippocampe qu’on garde bien fermé. Clic clac. A double tour. Avec cadenas, verrous, et tout le toutim. Et si on pouvait maçonner un petit mur devant, on le ferait.

blend paris

Car après le désert émotionnel dans lequel tant de sandwichs nous ont englués, enfin, on se réveille. On rallume nos sensations. On s’électrise, même. Une véritable décharge de saveurs. Des goûts francs et individualisables. Du moelleux-savoureux-goûteux hypervolté. Du courant continu de viande de boeuf et de la vraie, Yves-Marie Le Bourdonnec au générateur. Du comté haute-fréquence, du pain maison haute-tension. Des joules de délice.

blend paris

Et on ne mentionne pas les frites maison, ni trop dodues ni trop maigrichonnes, bichonnées et mises en pli pour croustiller sous nos molaires ra-vi-es. Om-nom-nom.

blend paris

On n’a même pas mal au ventre en sortant. Sans rire. Car bon, on peut éviter de faire semblant. Après un burger mammouthesque et insipide, on a tous l’impression de se transformer en fauteuil gonflable de piscine. Alors pas question de pester sur la taille (brossée par d’autres comme riquiqui) des portions de Blend. Au moins, en sortant, on ne se sent ni écœuré ni pathologiquement glouton. Et permettez-moi de vous rappeler qu’un vrai burger, ça ne se boulotte pas vitesse aspirateur. Ici, en burgerophiles avertis, on se la joue gourmets, et pas voraces. Et on l’apprécie, notre blender de saveurs !

Blend, 44 rue d’Argout, 75002 Paris

L’addition : menu midi 15 euros = burger + frites + boisson

* inspiré d’une publicité Smirnoff de 1966

Mary Celeste

Bar à cocktails

On tend un orteil pour grimper à bord, mais on est un peu frileux à l’idée de lever les voiles. On ne sait jamais. Si on disparaissait en pleine mer, ce serait à notre tour d’alimenter les légendes des décennies à venir. De rivaliser avec le fantôme du capitaine Briggs et de toute sa troupe. Autant dire tout de suite qu’on préfèrerait éviter de s’évaporer sous forme d’énigme maritime et rester peinard à quai. Alors on embarque, d’accord, mais pour un voyage sans trop de remous. Sur un clipper sagement amarré.

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On patauge un peu pour choisir nos cocktails. Je prospecte activement la jolie carte des boissons à la recherche d’épices et de piment, mes deux acolytes préférés du verre à pied. Car du sucre, j’en boulotte des caravanes, comme tout le monde, mais jamais en cocktail. A leur vue, mon palais enfile promptement le costume d’un bodyguard VIP. Il suffit d’une goutte fructosée et monsieur joue du biscotto. Et bim, dans la paille.

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Nul besoin de sortir les haltères ce soir. Pas de cargaison d’épices ni de convois de piments, mais des saveurs équilibrées, un zeste relevées, secouant à chaque gorgée une roulotte de réflexions. Pas de tafia ce soir, donc, notre bosco fait du bon boulot.

mary celeste

mary celeste

Abandonner le navire ? Mais quelle idée. Pas question de monter sur une chaloupe et de prendre la fuite. Les vapeurs d’alcool, on en fait fi. On est si douillettement installés, à bord de ce charmant voilier tout de bois vêtu, qu’on laisse nos dernières appréhensions à quai. On empanne, on vire, on élève les voiles. Oh hisse. On s’élance entre les assiettes de tartare de boeuf à la cannelle et d’oeufs au gingembre, et on prend de plein fouet une vague de saveurs solidement construites. Taille tapas, pas donné, mais très correctement stylisé.

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On laisse donc nos à priori au fond de la cale. Et on avoue que tout le ramdam autour du Mary Celeste ne sort pas de nulle part. On en raffole, voilà, c’est dit. Alors comme tout le monde (ou presque), on adopte l’adresse. Qui a le vent en poupe !

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Mary Celeste, 1 rue Commines, 75003 Paris

L’addition : 4 cocktails + 2 tapas = 70 euros

Holybelly

Café

All I want is a room somewhere…*
Une fourrure de nuages aussi épaisse qu’un glaçage de carrot cake. Des piqûres glacées sur les joues, comme celles d’une barbe trop naissante. Des flaques luisantes à chaque coin de rue. Un parapluie tremblotant sous les bourrasques. Des éclats d’eau marron sur le pantalon. Des mains frôlant le drapeau tricolore : prêtes à enfiler leur costume de merguez au moindre courant d’air chaud, mais pour l’heure d’un blanc cadavérique lardé de bleu. Et après vingt-quatre heures de travail, on a beau enfiler nos moufles, on oublie d’arrêter de grelotter. Toutes nos connexions neuronales ont sommeil, il s’agit de les secouer. Alors un café fumant je vous prie. Et que ça filtre !

the wanderer

Far away from the cold night air…*
Il faut dire que j »y ai pensé et repensé. Ressassé l’idée, même, sous des couvertures râpeuses, entre deux réveils inconfortables au timbre métallique d’une sonnerie claironnante. Et enfin, Holybelly approche. Mon thermostat se rehausse d’avance, mon estomac se crispe de joie. Mes narines frémissent, mes pupilles se transforment en pancakes. Je secoue ma réserve de neurotransmetteurs fonctionnels pour pousser la porte. Allez, du nerf, l’oreiller attendra.

the wanderer

With one enormous chair…*
Tasses jaunes flashy pour ne pas s’endormir complètement devant les volutes de café. Au cas ou les paupières fléchissent. C’est vrai qu’après deux bouchées de ginger cupcake et trois gorgées de café brûlant, on est prêt à s’enfouir sous une couette, histoire de faire durer le confort. Surtout avec un duvet aussi doux et aromatique.

the wanderer

Oh, wouldn’t it be loverly?*
Mon tout petit cupcake moelleusement parfumé se laisse dévorer sans rechigner. Un peu riquiqui pour le prix, il faut quand même le souligner, mais pas ratatiné de saveurs pour autant. Rien à dire, c’est charmant. Me voilà délicieusement réchauffée, warm face, warm hands, warm feet*. Dur de décoller de la banquette après, surtout pour rouvrir mon parapluie tout gondolant d’humidité. Ça me plaît, j’adhère à l’endroit. Dans tous les sens du terme !

the wanderer

Holybelly, 19 rue Lucien Sampaix, 75010 Paris

L’addition : café filtre = 3 euros, cupcake = 4

* extraits de « My Fair Lady »

Moonshiner

Bar à cocktails

C’est vrai qu’ils poussent vite, les bars à cocktails. De vrais champignons transgéniques. Hyper arrosés, sur une surface de plus en plus étendue. On ne sait même plus ou donner du panier : on cueille à droite à gauche, mais à peine notre dernier eumycète testé, un autre pointe le bout de son chapeau. A tel point que notre corbeille, elle risque de déborder. Alors on les boulotte, toutes ces adresses. On devient des gloutons du cocktail. Des goulus de la mixologie. Des mixomanes.

the wanderer

Excitation volubile. Autant dire que la culture intensive du verre à pied réinventée, on y adhère. Y compris au nouvel allèle en vogue, qui code pour le caractère si-c’est-caché-c’est-encore-mieux. Avec la séquence nucléotidique de l’année, qui s’arrange pour garder l’endroit bruyamment secret. Après tout c’est bien le but. Plus ça risque de nous échapper, plus on a envie d’y aller, comme toujours. Et comme tout le monde, on mord à l’hameçon. Mais tout de même, on aime bien.

the wanderer

Familiarité excessive. Bon, la première fois, on n’est pas tout à fait à l’aise. On se sent à la fois idiot et émoustillé, surtout au moment d’ouvrir la porte de la chambre froide. On a presque envie de glisser aux clients de la pizzeria que non, on ne va pas piquer de jambons. Car pour accéder à l’antichambre du Moonshiner, il nous faut, très candidement, traverser une pizzeria. Toute petite, d’accord, mais on a le temps de perdre toute crédibilité.

the wanderer

Agitation psycho-motrice. On tourne frénétiquement les yeux dans tous les sens. Oui, le décor nous plaît bien. Un peu Mad Men, un peu bar clandestin type dry state fermement réglementé. Avec des Moonrakers aux commandes, chefs d’une tribu de précieuses bouteilles, distillant leurs gracieux mélanges avec rigueur et savoir-faire.

the wanderer

Hyperthymie expansive.  La première gorgée de notre joli cocktail nous enthousiasme. La deuxième, et c’est l’euphorie. Notre doctrine du jour ? Le sensationnisme. Mais oui. De nos boissons jaillissent une jungle d’émotions nécessaires à la pousse de nos réflexions. Je vous jure. Il faut nous arroser de cocktails pour aligner deux idées.

the wanderer

Hyperesthésie affective. On désespère de ne pas voir rappliquer de serveur barbu au look milimétriquement négligé (souvent typique il faut bien le dire). Pour faire la navette entre nous et l’oreille du barman. On rouspète de ne pas pouvoir paresser douillettement dans nos fauteuils en attendant d’être servis. On tape sur le concept du cockail-statue. Car on peut l’admirer de loin, mais si on en veut un il faut se déplacer, le commander, attendre qu’il soit prêt, et le rapporter. Enfin tout de même. Il faut tout faire, ici.

the wanderer

Humeur versatile. Une gorgée et c’est oublié. Faire trois pas et attendre cinq minutes, ce n’est pas si compliqué. En puisqu’on poirote un peu, on peut se permettre de scruter la méthode de préparation. De détailler les bouteilles « d’extrait de » au charme désuet. De prendre un ou deux instantanés, même. Je ne vois vraiment pas de quoi on se plaint !

the wanderer

La tachypsychie déclenchée par la lecture de la carte, on la connaît maintenant. La logorrhée de fond de verre aussi. Et l’exubérance débordante suivant la découverte de nos cocktails, on en raffole. On est enjoués, exaltés, survoltés, et ça ne nous désarçonne même plus. Mixo-manes, je vous l’avais bien dit !

Moonshiner, 5 Rue Sedaine, 75011 Paris

L’addition : cocktails entre 9 et 14 euros

Ballroom

Bar à cocktails

Un swing des cocktails. Sans faux-pas. Ou devrais-je dire sans fausses-mesures. Car ici, pas d’erreur de rythme, pas d’erreur de doses. Des mixologues et des vrais. Sympas, en plus. Qui donnent envie de rester, et de revenir. Mais avant tout, il s’agit de les dénicher…

the wanderer

Pas d’enseigne évidemment. Une entrée incognito (ou presque), coincée entre deux ténors de la rue Jean-Jacques Rousseau. Une large porte noire entrouverte, étranglée entre le Beef Club et le Fish Club, un escalier plongé dans la pénombre, la lumière dansante de quelques bougies disposées sur les marches…on se doute que c’est par là. On empoigne la rambarde, et on plonge dans le mystère.

the wanderer

Arrivés en bas de l’escalier (sains et saufs, ouf!), on continue tout droit et on pousse un pan de mur un peu cracra. Et ça y est, on y est. Le périple aura été de courte durée, mais il nous aura plu. Car ce mur peu avenant, il cache un repère bien douillet. Avec ses larges fauteuils vieillots, son vieux parquet qui craque, ses murs tout de brique vêtus, ses boiseries, ses tapisseries harmonieusement chargées, tout ça orchestré par un clair-obscur des plus réussis. Alors on n’hésite pas trop longtemps, on se hisse dans la bulle, et on s’y prélasse un bon moment.

the wanderer

Doucement bercés par des mesures chaloupées, on se laisse enrober par nos philtres. Peut-être même un peu trop. A tel point que la chaloupe, à la fin, c’est nous. On reste tout de même suffisamment bienséants pour ne pas reproduire du Philibert Aspairt tout craché. Car nous, on n’a pas l’intention de voler de chartreuse, et encore moins de finir desséchés dans les catacombes.

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Nous ne sommes pas cataphiles, d’ailleurs, et ça tombe bien. Pas question de se balader dans les égouts de Paris by night, on ne voudrait pas croiser un animal inopiné. On a beau avoir un coup dans le nez, le crocodile du Nil déniché au Pont Neuf dans les années 80, on ne l’a pas inventé. Pas plus que le Python de quarante kilos repêché dans la Seine il y a quelques mois. Tremper un orteil pour se rafraîchir les idées, c’est donc complètement exclu. On garde la tête froide malgré tout, et on se redresse avant de ressembler de trop près à la tour de Pise.

the wanderer

Car les cocktails, ils nous font de l’effet. On en sirote un, et comme on meurt d’envie d’en goûter un autre, alors pour une fois on enchaîne sans sourciller. Il faut dire que le premier (Bee-Ki) est un poil trop girly à mon goût. Doucement enivrant bien entendu, mais un peu à court de charisme. Le deuxième en revanche (Concombre Fumant) m’assomme de délices. Tout ce que j’aime : un peu de piment, une touche d’amertume, un brin râpeux sur la langue, avec cette fraîcheur qui me fait basculer dans la description un peu trop vécue de chacune de mes gorgées .

the wanderer

Un bal des saveurs, donc. Même les champagnes sont élégamment sélectionnés. Et c’est sans rire, en plus. Jacquesson, Bollinger et Billecart Salmon se disputent courtoisement un petit rectangle de la carte. Chic et chouette. Alors à la fin de la danse, on s’éclipse, mais bien malgré nous. Sans oublier de jeter un petit coup d’œil à notre barman préféré. Et de lui tirer notre chapeau !

Ballroom, 58 rue Jean-Jacques Rousseau, 75001 Paris

L’addition : cocktails entre 13 et 14 euros

Brownie

Recette Brownie

Et si on se remettait aux fourneaux un peu ? Une recette basique par excellence, vous en dites quoi ? Inratable à tous les coups, même si on n’a pas très très envie de cuisiner. En deux tours de mains, trois coups de fouet c’est dans le four. The brownie, ni plus ni moins.

the wanderer

On grelotte dehors, alors on s’y met, pour vite avoir un morceau dans notre assiette. On récolte les miscellanées nécessaires, comprenez 150g de chocolat noir, 150g de noix (celles qui vous bottent le plus), 75g de notre indispensable beurre salé (version ramollie), 200g de sucre en poudre, 1 sachet de sucre vanillé, 4 œufs entiers et 100g de farine. On mélange beurre, sucres, œufs, on ajoute le chocolat fondu au bain-marie, puis la farine et les noix. Le beurre salé, j’y tiens. Et j’y suis fidèle, à cet arrière-goût picotant et inattendu qui réveille notre palais au moment où il s’endort, persuadé d’avoir escaladé toutes les saveurs d’une bouchée. En fait non. Et toc, il en reste une.

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On enfourne fissa à 170 degrés et on n’y touche plus pendant 30 minutes. Au moment de sortir notre dodue réalisation, on vérifie bien que le bonnet est en place . Entendez la petite couche croustillante du dessus, qui se détache à peine du reste du gâteau. Sinon deux ou trois minutes de plus lui laisseront le temps de se tricoter l’attirail nécessaire pour oser pointer le bout de son moule dehors. Surveillez bien cependant, pas besoin d’une cagoule non plus.

the wanderer

Puis on s’apprête à le goûter, notre petit protégé. On aime bien le regarder, d’accord, mais après un coup de couteau on l’aimera encore plus. On l’espère tasty, et ça ne devrait pas rater. Il ne reste plus qu’à faire bouillir l’eau pour le thé, et à engloutir une caravane de calories oh tant affectionnées. Facile !

Coutume / Instituutti

Café

Il ne faudrait pas que ça devienne une coutume. Même après tous nos reproches, on y retourne. Bon, pas tout à fait au même endroit non plus. Cette fois-ci, on table sur l’effet bouillotte d’une ambiance nordique chaleureuse pour réchauffer nos premières conclusions mitigées. On reste fidèle à l’idée et on plonge tête baissée.

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Et encore une fois, on boit la tasse. On saute l’étape du sauna pour se noyer illico dans un bain glacé. On a à nouveau la sensation de grelotter, et même un café fumant a du mal à réajuster notre thermostat.

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On partait bien lunés, pourtant. On avait croisé les doigts, touché du bois, mis quelques grains de sel dans notre poche, et fermé notre parapluie avant d’entrer. Résultat, on n’avait qu’à passer sous une échelle avant d’entrer, au moins on aurait compris l’origine de notre poisse.

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Inutile de s’étendre sur trente lignes, encore une fois le café est à la hauteur de nos attentes, mais autour de lui tout s’écroule. Pour commencer, on se retrouve dans un véritable gymnase. Nul besoin de préciser qu’avec un tel volume, le concept du coffee shop douillet et reposant, il faut lutter pour l’entrevoir. Il ne manquerait plus que ça résonne. Déjà qu’on a du mal à se retenir de souffler « panier » à chaque bruit sourd de machine à café…

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Ensuite, il suffit d’un regard autour de nous pour comprendre qu’avec Ikea, ils sont BPF (Best Partners Forever). D »accord, tout le monde aime, mais pas par tonneaux. Le catalogue version live, c’est quand même excessif.  La salade composée meubles chouettes / productions bancales, on a du mal à la déglutir. Assaisonnée de ces inépuisables cache-pots gris, compagnons d’infortune de plantes vivantes-on-se-demande-comment après un séjour de bronzette imposée sous les lumières blanchâtres d’Ikea Beach.

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Au moment de commander, on n’ose même pas s’appuyer contre le comptoir central. J’en rajoute une couche, d’accord. Mais enfin quand on se met sans le vouloir à la recherche de vis qui dépassent, c’est plutôt mauvais signe. Et quand l’envie de donner un petit coup de tournevis fait son apparition, là, ça devient limite inquiétant.

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On essaie d’apprécier notre café et nos cheesecake / carrot cake. On les apprécie d’ailleurs, mais juste pas comme on le voudrait. On reste un moment, histoire de ne pas produire de jugement trop hâtif. Mais on se résout à tourner la page. On sort, encore une fois, désappointés. On va devenir coutumiers du fait !

Coutume / Instituutti, 60 rue des Écoles, 75005 Paris

L’addition : café filtre : 3,50 euros, Latte et Cappuccino : 4 euros

Café Coutume

Café

Pschttt ! Les solutions fumantes sont en cours de préparation, dans ce laboratoire du café. Les béchers fonctionnent à plein régime. Cling ! Les tubes à essai remplis de poudre noire se bousculent dans un cliquetis matinal prompt à réveiller les molécules somnolentes encore douillettement installées dans leur édredon de papier filtre. Ça y est, il est l’heure de faire flamber les réactions moléculaires.

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Splatch ! On prend d’emblée une rafale de souvenirs fumants (sens propre et familier) en pleines dents. Quoi, au lycée et à la fac, ça n’était pas suffisant ? Révisions de thermochimie imposées, donc.

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On s’installe à ces tables modèle paillasse-tant-redoutée de nos années adolescentes. En toile de fond ce carrelage blanc réfrigérant si difficile à oublier. Aucun effort à fournir, les squelettes carbonés se bousculent sous nos yeux. On revit avec amertume toutes ces réactions aussitôt apprises aussitôt oubliées. Ces flèches qui partent dans un sens pour finalement revenir en sens inverse. Car les équations chimiques, c’est réversible parfois, c’est vrai. Seulement l’amer souvenir qu’elles laissent, il a tendance à rester irréversible, lui.

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On fait preuve de bonne volonté et on essaie d’enfouir à nouveau ces vieux ressentiments. Béchers, erlenmeyers, pipettes jaugées, éprouvettes, pissettes, fioles jaugées, burettes…on est prêt à tous les revoir. A sympathiser même, qui sait.

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Après un flou initial déconcertant (pas de « bonjour », une carte apportée au bout d’une demi-heure par une serveuse peu sympathique et peu efficace, s’agitant sans trop de résultat d’une table à l’autre), on déguste nos mélanges brûlants. Avec la compagnie d’un erlenmeyer pas si repoussant que ça, déguisé en carafe d’eau. Le café est évidemment une réussite. Mais le contraste liquide bouillant atmosphère refroidie en est d’autant plus saisissant. Un cours de chimie ça n’a jamais été très drôle, mais ici ça rigole encore moins qu’en classe.

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D’autant plus qu’un brownie ou un carrot cake qui sortent du réfrigérateur, ça a du mal à réchauffer ce sentiment de grisaille ambiante. Pris d’assaut par une macédoine d’habitués et de touristes bruyants, l’endroit pourtant ne désemplit pas. La caisse se transforme en métronome en s’ouvrant rythmiquement, et on a presque l’impression que c’est tout ce qui compte ici, d’engloutir les billets.

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Bon, à défaut de trouver un élixir de douce ambiance, ces alchimistes du café nous concoctent tout de même une chouette potion. Soyons honnêtes, l’attraction moléculaire entre nous et le café reste plutôt forte. Clairement la réaction chimique est exothermique. La formule générale, en revanche, demande rectification. Elle devient incertaine tant elle semble appliquée et reproduite machinalement à l’atome près. Rendant la réaction plus seulement exothermique mais endo-cuisante. A force de tout régler froidement comme du papier à musique, ça n’en devient plus musical du tout. Et nos sentiments d’inconfort et d’inachevé, nous, on a du mal à s’en détacher.

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Bang ! On comprend enfin, un bout de temps après Berthollet, que toutes les réactions chimiques ne peuvent pas être totales. Celle-ci en premier. Mais la constante d’équilibre, ici, on la cherche encore !

Café Coutume, 47 Rue de Babylone, 75007 Paris

L’addition : café filtre = 3,50, Latte = 4

Curio Parlor

Bar à cocktails

Brrr. On frissonne avant même de pousser la porte. Une rue trop calme, un raton empaillé gardant sinistrement l’entrée derrière une vitre un peu opacifiée, deux faibles lueurs vacillantes révélant une peinture ayant un peu trop souffert….On sent nos poils se dresser. A quel bitter va t-on être achevés ?

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Pas un son ne s’échappe du cabinet. Même pas un cri victorieux de raton laveur, fébrile à l’idée de tremper sa proie dans un cocktail avant de la croquer. Car la sempiternelle eau douce, merci bien. Un petit morceau de chair arrosée de ginger beer et infusée à l’eucalyptus, il en est quand même plus friand.

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On prend une grande inspiration. Trêve de plaisanteries. La leçon d’anatomie du Dr Tulp, ça n’est pas encore pour ce soir, ou alors sans nous sur la table de dissection. Et si l’Hydre de Lerne garde jalousement les bouteilles, on le délogera sans façons. Même si un petit poisson adhésif nous arrête en pleine course. Rémora ou pas, on l’aura notre cocktail. Et si on aperçoit un morceau de pierre de lave de la montagne Pelée, on prendra garde de ne pas y toucher. On va finir par entrer, oui ou non ?

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Finalement, point de taxidermie démesurément envahissante. Un paon veille à la juste réalisation des boissons, et encore, de loin. Même pas un petit oiseau de paradis pour doser les épices. Même pas un dodo ventripotent pour se promener nonchalamment sur le comptoir. On finit par comprendre que les curiosités, en fait, ce sont les cocktails. Le sang de dragon séché sur le plancher ou la momie accoudée au bar, on ne s’y frottera pas. Ouf, on angoissait un peu trop.

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Passés ces frissons initiaux, on s’installe dans la chambre des merveilles des cocktails. On en pince pour la carte, joliment dessinée, avant d’en pincer pour nos singuliers nectars. Car on succombe à leurs notes curieuses en un éclair. Une gorgée et on en devient mordus, de leurs potions. Elles grignotent fébrilement nos maigres hésitations initiales. On les glougloute avec entrain. Un peu trop, même. A tel point qu’au moment de partir, on le voit, le tatou timide dissimulé derrière un rideau ! Il nous gratifie même d’un signe de patte. Mais enfin, je vous jure !

Curio Parlor, 16 Rue des Bernardins, 75005 Paris

L’addition : cocktails environ 13 ou 14 euros

43 Cocktail Bar

Bar à cocktails

Peut-être que les chiffres sont mal choisis. Après tout, le chiffre 4 fait frémir les japonais. Il faut dire que si nous aussi, on avait un chiffre se prononçant comme le verbe « mourir », on éviterait de l’utiliser. Qui plus est de le mettre en avant. D’ailleurs, on devrait peut-être prendre le pli. De même qu’on évite le vert au théâtre, on se demande bien à la fin de la soirée si les japonais n’ont pas raison. Car ce bar éphémère, c’était plutôt très décevant. Pas trop mal, mais pas trop bien non plus.

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Mais de tétraphobie ici, point. Superstitions mises à part, ce n’est pas parce qu’on est au 9ème étage et qu’on a vue sur le Louvre que tout est permis. A vrai dire, du Pont Neuf on voit aussi la tour EIffel, et au moins personne n’est là pour nous irriter à outrance. Et en plus on la voit de près. J’exagère, d’accord, mais le 43  » Up on the Roof  » penche dangereusement vers le bas.

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On n’est pas là simplement pour contempler la tour Eiffel et le Sacré-Cœur. D’accord, on est prêts à jouer outrageusement les touristes en s’exclamant sur le scintillement de la tour Eiffel et en s’enthousiasmant pour le coucher de soleil derrière les Invalides, mais ceci bien installés et en sirotant un cocktail. Qui se montre plutôt plaisant d’ailleurs, je le concède (le barman au moins est épargné). Mais encore faut-il l’apercevoir avant la fin de la soirée. On commande nos boissons à 19 euros, on les attend deux heures au bas mot. Et encore elles arrivent chacune à une demi-heure d’intervalle. Une vraie représentation ratée.

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Alors on joue le jeu, mais sans succès. On observe des serveurs d’une incompétence à toute épreuve, dépassés par les commandes qui s’amoncellent sur leurs épaules. La vue sur les toits excuse tout, même le plateau de charcuterie monté à même le sol de l’ascenseur. Uniquement emprunté par le personnel, mais enfin tout de même. Si maintenant il faut grignoter du saucisson aux gravillons…

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A défaut d’être arrosés tout court, on est donc arrosés de déceptions en cascade. Quelques gouttes nous auraient au moins sortis de l’embarras et nous auraient laissés déguerpir sans risquer de passer pour des fine-bouches trop tatillonnes. Alors on a compris. On ne griffonne pas de rendez-vous pour l’été 2014. En plus, au 43 en 2014 ? On n’est pas fous !

43 Cocktail Bar « Up on the Roof « , 4 rue Danton, 75006 Paris (9ème étage de l’hôtel Holiday Inn Paris Notre-Dame)

L’addition : cocktails entre 17 et 25 euros

Little Red Door

Bar à cocktails

Shake it…*
Le barman enfile son tablier. Sort pilon, shaker et bec verseur. Sans oublier passoire à cocktail et cuillère à mélange. Gin, cognac, curaçao et tequila sont alignés, prêts à passer à la moulinette de l’artiste. Les citrons se serrent les coudes en attendant le coup de couteau qui les feront juter d’angoisse. Les feuilles de menthe se prélassent avant l’heure redoutée du pilage. Les pamplemousses roulent des mécaniques, loin encore de l’inquiétant cliquetis du presse-agrumes. Les verres grelottent, tout dénudés qu’ils sont, pressés d’être habillés  de mailles liquoreuses en tout genre. Tout ce petit monde s’agite…c’est l’heure. Un dernier tour de clés, et la petite porte rouge s’ouvre enfin….shake with all your might now ! *

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And if you do it, do it right now… *
En vrai, ce n’est pas la porte rouge (très petite, il est vrai) qui s’ouvre, mais une porte sur le côté. Et en vrai, on n’y était pas avant l’ouverture, mais on ne peut s’empêcher d’imaginer les quelques minutes de quiétude précédant la ruée vers les coquets fauteuils à coussins colorés. Les produits frais attendant l’exécution de leur sentence : pressés, coupés, pelés ou râpés, ils y passeront tous, dans le shaker. Allez, encore quelques étirements avant le tumulte des premières commandes. C’est parti ?

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Honey, shakin’ is the greatest thing…*
On découvre la carte qui bouillonne de cocktails singuliers. On plonge dans la liste des créations, et on en ressort indécises vingt minutes plus tard. On aurait du prévoir le masque et le tuba. La carte ratisse large, et engloutit momentanément toutes nos capacités décisionnelles. Pas que ça nous déplaise, bien au contraire. On barbote là-dedans en s’efforçant de faire le tri dans tout ce joyeux chahut de cocktails. Enfin, on se décide. On en aura mis du temps, mais sans regrets ! On sirote amoureusement nos boissons respectives comptant (entre autres) aperol – citron vert – sirop de cannelle pour ma part et aperol- concombre – mandragola Amaro pour mon acolyte.

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But if you really roll….*
On est aux premières loges pour assister au ballet des becs verseurs. Douillettement installées au bar, on observe la chorégraphie des verres doseurs et autres ustensiles inconnus. Un orageux mélange (le « Frenchie »), qui compte parmi les hits de la carte, est concocté à répétition sous nos yeux. On voit notre barman doser sa compote poivrée, rajouter sirop et alcools, et tchouk-et-tchouk-et-tchouk il mélange, fait jouer ses biceps en rythme et verse lestement à travers la passoire à cocktail. Sans oublier le rapide mouvement de poignet à la fin, condition sine qua non pour éviter l’éternel « zut j’en ai mis partout ». Ravies, on est à l’affût des secrets du chef. Et il y en a. Vous les voulez ?

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….Gotta do the thing with soul !*
Bon, le barman était drôlement sympa, alors chut, je ne vais rien divulguer. Le coup de l’écorce de citron ou d’orange frottée contre les parois du verre pour parfumer davantage, je le garde pour moi. Ou le coup des feuilles de menthe frappées sur son avant-bras avant d’être déposées dans la boisson, pour libérer plus d’arôme, ça non, je ne vous le répèterai pas. Motus sur cette affaire. Et glotte cousue, on est d’accord !

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Little Red Door, 60 Rue Charlot, 75003 Paris

L’addition : cocktails entre 12 et 14 euros
* Extraits de « Shake » d’Otis Redding

A Table

Restaurant Aix en Provence

What’s for tea, Mum*?
Rien à dire, le nom est bien choisi. Plutôt représentatif de l’atmosphère régnant dans ce petit restaurant surréaliste. Qui nous donne l’impression d’avaler tout rond une publicité des années 60. Et gloups, ça ne passe pas très bien. C’est pour de vrai ?

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What’s for tea, Darling*?
Le tableau est complet. La femme aux fourneaux, la petite fille en train de colorier pendant que maman cuisine. Seule différence, le mari est (en partie) au service. Et ça n’a pas l’air de lui plaire. Fuyant à souhait, il articule mécaniquement des phrases comme apprises par cœur et s’empresse de fuir sans même attendre la réponse. Je le rattrape de justesse. Mais à peine ma phrase entamée, monsieur tourne les talons le regard baissé. Je suis même obligée d’élever la voix pour qu’il m’entende.  « Je vais prendre l’omelette avEC LES CAROTTES ET LES LEGUMES « . C’est un peu ce que ça donne version sonore. Quand on est antisocial, on évite d’ouvrir un restaurant, non ?

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Darling, I said what’s for tea*?
Madame fouette activement les oeufs, sans un regard pour les nouveaux clients. Le décor, ils l’ont brillamment concocté. Un peu trop même. Charmant, je dois dire, si il ne nous donnait pas l’impression d’atterrir dans une salle à manger d’il y a 50 ans, avec le lot de sentiments mitigés qui vont avec. Madame a l’air au bout du rouleau et refoule son exaspération en mélangeant son omelette plus vigoureusement que nécessaire. On sent qu’elle fulmine derrière ses casseroles. Pas un sourire entre ces époux, la représentation du déjeuner est froidement exécutée. Mais il faut bien maintenir les apparences, n’est-ce pas. On est dans une publicité Moulinex, ne l’oublions pas.

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So the harder a wife works, the cuter she looks** !
Dans l’assiette, rien de plus qu’une simple omelette agrémentée de trois tranches d’aubergine grillée. Une part de gâteau à l’orange plutôt agréable en bouche, mais déconcertant de banalité. Un déjeuner vite fait en somme, par une ménagère pressée. Il est vrai que lorsqu’on est au bord du gouffre, même casser trois oeufs ça devient éprouvant.

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Alors comme ça, les robots Kenwood et les super cocottes Seb, ça ne suffit pas à rendre heureux ? Oups, on croyait pourtant, en entrant. Et puis d’ailleurs, c’est osé pour une femme de se lancer dans un tel business. Ouvrir un restaurant ? Vraiment ? You mean even a woman can open it ?

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A table, 7 Rue des Bouteilles, 13100 Aix-en-Provence

L’addition : un plat + un dessert + un thé = 20 euros

* Extraits de la chanson Heinz Baked Beans de The Who
** Extrait d’une publicité pour les vitamines PEP

George V

Bar de l’hôtel George V

Direction le QG du cousin de l’empereur Guillaume II d’Allemagne. Au George V, on renoue avec la tradition.On plonge à pieds joints dans un bain de faste savamment entretenu. Tradition my dear. That’s all that matters.

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Un conservatoire de l’art du service. Plongez dans un épisode de Downton Abbey, et vous y êtes. Chacun joue comme il faut le rôle qui lui est attribué. Sans un geste de travers. Les bonnes manières transpirent de cette ruche d’employés. Jusqu’au portier, qui a le tact de faire abstraction de mon vieux parapluie Monop’ aux baleines tordues, et nous rafraîchit d’un « Bonsoir Monsieur, Bonsoir Madame », sans oublier le respectueux mouvement de tête qui va avec. Après tout, peu importe l’épaisseur de notre porte-monnaie, une fois la porte franchie, on se fait bichonner à souhait. Sous réserve toutefois de ne pas avoir l’air de sortir d’une bouche d’égout et de pousser un caddie devant soi.

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Évidemment, il suffit d’un coup d’œil autour de nous pour deviner le caractère replet des comptes en banque des clients. On assiste au défilé des bouteilles de Ruinart. A la valse des cartes Gold flambant au rythme vertigineux des coupes de Cristal Roederer s’échappant des mains des serveurs. Installés au bar, on essaie de scruter discrètement l’endroit, tout de boiseries vêtu. D’épais rideaux de velours et de douces lumières voilées entretiennent le mystère. Des canapés moelleux aux gravures habillant les murs, en passant par les larges fauteuils rebondis et les bibliothèques garnies de vieux bouquins imparfaitement disposés, on se sent presque comme chez soi. Un coup de coude de mon acolyte me rappelle à l’ordre. Bon, d’accord, nous sommes néophytes, et nous sommes grillés !

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Passons plutôt commande. Une pétillante limonade faite maison attire notre sympathie. Il faut dire aussi qu’en attendant d’avoir un chéquier gonflé à l’hélium, on préfère faire l’impasse sur les cocktails à 50 euros pièce. Et aussi parce qu’un Bloody Mary à 50 euros, même si on paie le service et le décor, ce n’est pas raisonnable. On veut bien jouer la démesure, mais une gorgée de vodka tomatée à 5 euros, on s’y refuse. On opte pour un vieux mélange à succès un peu plus abordable.

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Qui nous enchante, du reste. A tel point que mon vieux compagnon à pois des jours pluvieux décide de rester, et nous regarde partir sans même lever une baleine en guise de protestation. Quelques gouttes rinçant le bout du nez nous rappellent quelques heures plus tard notre malencontreux oubli. Mille fois oublié, mille fois retrouvé, mon parapluie tordu de pacotille risquait toutefois fort de finir ses jours au fond d’une poubelle du George V. Mais une digne voiture-balai veillant à l’uniformité du décor l’a consciencieusement ramassé. Pire, mis de côté. J’ai beau vouloir, sans le vouloir, m’en débarrasser, même au George V on me le rend ! Alors on le récupère, mais on ne tentera pas le diable en ouvrant ce parapluie à l’intérieur de l’édifice. Car pour l’instant, même si tout est chiquissime, on s’y sent bien. Et on ne voudrait pas que ça change !

George V (Four Seasons Hotel ), 31 Avenue George V, 75008 Paris

L’addition : 2 limonades = 30 euros

Loustic

Café Paris

The more I see you…the more I want you !*
Dans la série des coffee shops, on enchaîne avec un lieu stylisé jusqu’au bout des pieds de fauteuils. Le café Loustic nous en met plein la vue, avant même de nous en déverser plein les papilles. Un décor à rester scotché d’admiration avant de siroter une seule gorgée. Réussie, et dans les détails. Au moins, on commande notre café avec un sourire aux lèvres déjà bien dessiné.

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Somehow this feeling just grows and grows…*
Encore une fois, on découvre un coffee shop à la hauteur de son titre. Avec une chouette customisation. Un juste compromis entre un ensemble très travaillé et une touche d’inachevé. Comme si par endroits, on avait jeté l’éponge avant que ça ne soit complètement terminé. Quelques pans de murs peu retouchés, mêlant briques apparentes, traces blanches et vieux accrocs. Côtoyant des étagères toutes proprettes et des murs parfaitement tapissés. Égayés par l’armée colorée de muffins, cookies, tartes et sandwichs se dressant devant eux. Un savant mélange d’inattendu, qui explose de style.

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With every sigh I become more mad about you…*
On s’installe sur la banquette, et après avoir louché un moment sur la vitrine, on commande notre café filtre accompagné d’un épais carrot cake. Présentée dans un joli (et imposant) récipient typé entonnoir, notre décoction magique nous expulse à mille lieux d’une banale tasse de café. Elle dégomme l’amertume et laisse place à de doux arômes tapissant notre palais. Presque comme une expérience nouvelle, qu’on aimerait renouveler cent fois.

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My arms won’t free you, and my heart won’t try ! *
On sirote à petites gorgées nos grandes tasses remplies. On dévore le carrot cake, épais comme une pile de serviettes de bain. Nul besoin de préciser, on succombe au Loustic. Un peu le Prométhée du café, qui a volé le nectar subtil aux dieux de l’Olympe et nous en fait fait profiter à ses risques et périls. Surtout on n’ébruite pas l’adresse aux cars de touristes, le café se veut rester authentique. Et on comprend le souhait de ses baristas. Une horde d’appareils photos et de sacs banane aux tours Eiffel en guise de porte-clés arracherait ce côté café de quartier si paisible et reposant. Alors on vous file le bon plan, mais chut, c’est un secret.

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Café Loustic, 40 rue Chapon, 75003 Paris

L’addition :
café filtre = 3 euros
menu déjeuner = 10 euros

* extraits de la chanson « the more I see you » de Chris Montez

Lobster Bar

Restaurant Paris

 » Will you, won’t you, will you join the dance ? « *  Nous , on s’y joint sans hésitations. On embarque pour un tour, rouleaux et écume en vue. Roulements de tambours pour le homard encore posté sous son rocher, prêt à jouer des pinces et à allumer le moteur de ses dix petits pieds. « With the lobsters, out to the sea ! « *

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On découvre le phénomène au détour d’un article. On hésite un peu, on hausse les épaules, on esquisse un sourire mi-figue mi-raisin, et puis, zut, on y va. Sandwich d’accord, mais pas n’importe lequel. Le gratin des casse-croûte. L’aristocratie en personne, à n’en pas douter. Et si l’occasion ne fait pas l’espadon, le hasard fait bien le homard. On met donc le cap sur le Lobster Bar, toutes vapeurs dehors.

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On se glisse dans l’antre du prince. Pas de cris de bête ébouillantée, mais une douce atmosphère marine, joliment reconstituée. Tables en laiton, bancs en bois vernis. On cherche presque à entendre le clapotis des vagues. Quelques anchois frais en guise d’entrée, dans le vif du sujet. Ici, on est marin ou on ne l’est pas. Jusqu’au t-shirt du serveur, avec ses rayures bleues ambiance bord de mer en plein été.

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Notre digne sandwich arrive enfin. Pas de farce à la Salvador Dali, c’est du homard et du vrai. Lui qui s’étonnait de ne pas recevoir de téléphone bien cuit lorsqu’on lui servait du homard **, il s’en étonnerait toujours. Nous, on préfère notre décapode tout rose. Qui a piqué, comme il se doit, un fard pendant la cuisson. Même pas un coup de pinces au moment de mordre dans notre animal. On déguste notre Sandwich (avec un grand S), chic à souhait.

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Sa majesté le homard s’en prend tout de même un coup d’humilité en pleines pinces. coincé dans un petit pain au lait (Pasquier, si, si). Il conserve une cour plutôt select, avec de chouettes frites maison au bon goût d’huile d’olive. Et quelques feuilles de sucrine pour retrouver un peu d’air frais.

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On apprécie de la première à la dernière bouchée notre animal marin. Qui plus est outre-atlantisé. On lui collerait presque un drapeau américain entre les pinces, tant le concept débarque straight from the United States. On parie sur l’aller simple du concept-sandwich. En ce qui nous concerne, on ne le laissera pas repartir. On a du homard plein la tête. Et puisqu’on adore, on le sacre même roi des casse-graine. En bref, le homard aux pinces d’or !

Lobster Bar, 41 Rue Coquillière, 75001 Paris

L’addition: lobster roll = 26 euros

* extrait de la chanson de Franz Ferdinand The Lobster Quadrille
** En référence à son « téléphone-homard »

Grand Café Foy

Restaurant Nancy

On profite d’un rayon de soleil pour aller saluer le (feu) duc de Lorraine. Stanislas en ligne de mire, on s’installe à au Grand Café Foy. Sur la terrasse du pavillon Jacquet, on contemple l’Hôtel de la Reine, caressé par le soleil perçant les nuages. On s’imagine la visite de Marie-Antoinette, à l’époque de la découverte de la madeleine.  On est tout feu tout flamme, à l’idée de profiter enfin de la (plus belle) place royale sous le soleil.

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On lézarde en attendant nos plats. On se perd dans l’histoire de la place, une fois la commande passée. D’un côté la vieille ville, de l’autre côté la place Carrière. On imagine cette dernière accueillant les joutes et tournois du XVI siècle, de même que les condamnés exposés au pilori. On se demande à quoi ressemblait le terrifiant spectacle des voleurs pendus, des faux-monnayeurs ébouillantés, et des meurtriers soumis au supplice de la roue. Sans devenir trop sanguinolent pour autant, ou alors dans l’assiette uniquement, puisque nos carpaccios de bœuf rouge vermeil nous arrachent à notre remontée dans le temps.

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On oublie l’époque où la graisse humaine était utilisée pour soigner les rhumatismes, et on savoure lentement nos plats. Rien à redire pour le carpaccio, classiquement agrémenté d’huile d’olive et de copeaux de parmesans. Très satisfaisant à tous points de vue, sans oublier les frites visiblement coupées maison. Et même si on ne plonge pas en plein cœur du XVIIIème siècle après avoir mordu dans une de ces pommes Pont-Neuf, on ne les apprécie pas moins pour autant. Si Antoine Parmentier avait fait la promotion de la pomme de terre un peu plus tôt, qui sait, le duc de Lorraine en aurait peut-être été friand avant l’heure.

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Une rondouillette et majestueuse tarte aux framboise succède au plat. Aussi épaisse qu’un coussin rembourré. Et sans un pli de travers. Avec une pâte sablée aux amandes comme on les aime. Un peu humidifiée par les framboises, sans pour autant se convertir en éponge. Elle file tout droit dans nos estomacs, dont les parois doivent jouer du muscle lisse pour accueillir un tel phénomène. On n’en vient pas tout à fait à bout, même si on aimerait bien.

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Et si de mini-madeleines accompagnaient nos cafés ? On se verrait même contraints de les éconduire. Et de les déposer aux pieds de Stanislas. Après tout, c’est bien grâce à lui que ce petit monticule mordoré est entré dans la postérité !

Grand Café Foy, 1 Place Stanislas, 54000 Nancy

L’addition : déjeuner pour trois personnes plat+dessert+vin+café = 90 euros

La Conserverie

Bar à cocktails

On imagine déjà les soupes Campbell’s en toile de fond. Du Warhol à gogo, et même plus. Du  » Beanz Meanz Heinz « * placardé en masse, pour des Heinz baked beans élevés au rang de vedette. Des Heinz Tomato Soups en guise de photophores. Des « If you like good cocktails it’s worth insisting on »** sur l’addition. On fantasme un peu (trop). On ouvre la boîte ?

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La porte s’ouvre en grinçant tel un décapsuleur un peu rouillé. Un large rideau nous cache l’intérieur. Un dernier tour de poignet et le couvercle saute. On y est ! Pas de bain de beans à l’entrée, pas de boîtes de soupes empilées derrière le comptoir. « The real work of art is the can », on peut tirer un trait dessus. Sans regret quasiment, puisque le résultat est quand même chouette.

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Sans compter les paroles distillées à l’entrée par le garde-porte en chef, qui nous donne l’impression de devoir franchir une montagne avant de pouvoir accéder à l’or en cocktail. On s’arme de nos cordes et harpons, et on entame l’ascension. L’endroit est presque plein, il est vrai. Mais pas de gouttes de sueurs perlant sur nos fronts pour autant, puisqu’une petite table nous attend. Ouf, on peut ranger notre matériel.

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On découvre une ambiance joliment hétéroclite. Douillettement conçue. Comme si on allait prendre un bain moussant à la lueur de quelques bougies. Piles de bouquins et tableaux de guingois habillent des murs aux couleurs sombres, ravivés par quelques bêtes empaillées louchant dangereusement sur les cocktails.

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Qui nous enchantent, du reste. On est déja ravis à la lecture de la carte, qui détaille pour chaque cocktail le résultat en bouche : « léger / frais /acidulé « , « fumé / frais / épicé » ou « corsé / amer », pour ne citer que ceux-là . Une super idée, qui nous tire de l’embarras. Il faut bien dire que lorsqu’on choisit un cocktail sortant de l’ordinaire, on y va à l’aveugle. Sans avoir la moindre idée du bouquet de saveurs final. Là, on est enchantés.

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Le verdict est sans appel. Mon cocktail est non seulement ingénieux, mais brillant(issime). Une charmante explosion de fraîcheur. Léger et acidulé, comme promis. Avec pour une fois le sentiment de distinguer le goût de chaque ingrédient. Gin, concombre, citron et soda à la rose. Juste amazing.  On apprécie vraiment, jusqu’à la dernière goutte. Le lieu intègre sans chichis la colonne  » the place to be » de notre carnet d’adresses. On ne le garde pas seulement en tête, on le met en conserve. C’est bien le but, non ?

La Conserverie, 37 Rue du Sentier, 75002 Paris

L’addition : cocktails de 11 à 13 euros

* publicité des années 60 :

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** inspiré d’une publicité des années 20 :

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Prescription Cocktail Club

Bar à cocktails

Ce soir, on prescrit autre chose que des antibiotiques. Pas de comprimés, pas de gélules, pas d’injections sous-cutanées, pas de perfusions intra-veineuses. Du répit. De quoi panser nos pharynx chatouilleux, encore à la proie de virus hivernaux. De quoi détendre nos fibres musculaires après une longue journée. En bref, un cocktail au Prescription. Petit aperçu de leur guide thérapeutique ?

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Forme et présentation. Un, deux, trois cocktails. Facile de craquer et de les enchaîner, rien que pour le plaisir de les dévorer du regard, avant de les consommer à petites gorgées. Accompagnés d’un verre d’eau glacée version « summer garden ». Avec une rondelle de concombre fraîche, qui nous fait adorer un verre d’eau du robinet. Tout bête, mais il fallait y penser. Composition. On a envie de tous les essayer. Céleri, gingembre, rhubarbe fraîche, clous de girofle, pêches et menthe fraîches… tout le potager y passe. Adoucis par du sirop d’érable, du sirop de miel ou d’agave. Infusés au thé au jasmin, pour ces dames.

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Posologie et mode d’administration. A volonté ? On aimerait ! On les sirote tout doucement, savourant un peu plus chaque gorgée. De la première à la dernière goutte. On n’individualise pas forcément tous les jolis ingrédients les composant, mais on reste conquis par le patchwork. Contre-indications. On a beau chercher, on n’en trouve pas vraiment. Et même s’il y en a, pour une fois, on les oublie ! Mises en garde et précautions d’emploi. L’addition est un peu musclée. En même temps, ici, on réfute les génériques. Un cocktail classique, ça n’existe même pas. Et qui en voudrait, d’ailleurs ? Confronter un modeste mojito à cette assemblée de cocktails ébouriffants, c’est loin d’être fair-play. Le match est joué (et perdu) d’avance.

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On profite encore un peu de l’atmosphère feutrée, et on offre une dernière gorgée à nos gosiers sur les starting-blocks. Si on les écoutait, on boulotterait la carte en entier. On refroidit leurs ardeurs et on repose nos verres désormais vides, un peu à contrecœur. C’est presque un poil douloureux. Comme une petite blessure qui picote. Ça vaudrait bien une dernière prescription (de boisson). Ou de quelques points de suture, histoire de ne pas laisser la plaie ouverte trop longtemps !

Prescription Cocktail Club, 23 Rue Mazarine, 75006 Paris

L’addition : cocktail à partir de 12 euros

Télescope

Café

Munissez-vous d’un télescope, ça vaut le coup d’œil. Et le coup de slurp. Une petite devanture toute discrète dans une petite rue reposante. Rue Villedo, on villégiature au Télescope. Un café fumant entre les mains, ravissant nos narines avant de passer haut la main l’épreuve de la gorgée. On se laisse bercer par les volutes de fumée. On se perd dans notre tasse. On plongerait bien dedans, même. Il faut dire que ça sent tellement bon…

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Pas de bruit de klaxons ni de coups de sonnette de conducteurs de bus pressés. Ici, on souffle. On s’installe autour d’un brownie sans gluten, d’un cookie aux noisettes ou d’un cake au citron. Pour accompagner nos liquides fumants. Qui nous font remettre en cause tous nos acquis. Toutes nos idées sur le café. Si, si, c’est vrai.

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Fini le concept amer du café subi, avalé contraint et forcé. Fini les  » je n’en prendrai plus de toutes façons je n’apprécie jamais ». Fini les gorgées difficilement dégluties, accompagnées de sourcils froncés et front plissé. Game over pour tous les fonds de tasse noirâtres et granuleux dispensés par l’ensemble des brasseries du coin, avalés à la va-vite tellement c’est mauvais. Ici, on redécouvre le café. Ou plutôt, on le découvre tout court.

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On n’y croit même pas, au début. On se dit que c’est surfait. Que si on n’a jamais apprécié un café, ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer. Mais patatras. Une gorgée, et on se rend compte de ce qu’on a loupé jusqu’à présent. Une deuxième gorgée, car tout de même, c’est difficile à croire. Une troisième et on dépose les armes. Le café, en fait, c’est bon !

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Le café filtre me fait écarquiller les yeux jusqu’à un diamètre record. Il est doux, il a du goût mais sans aucune amertume. Sans impression râpeuse quand on l’avale. Une saveur délicate mais affirmée. Une première. Le café au lait nous assomme d’onctuosité. Sans laisser de sensation de film gras, il se laisse engloutir en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. C’est dans la poche pour nos deux baristas. Qui nous offrent, on n’en dirait pas moins, des sensations qui se télescopent !

Télescope, 5 rue Villedo 75001 Paris

L’addition : 1 café filtre + 1 café au lait + 1 cookie chocolat + 1 part de cake au citron  = 12 euros
Café filtre : 4,50 euros

Helmut Newcake

Brunch Paris

Gluten free, for your pleasure. C’est le moment pour les farines de blé, orge et seigle de passer à la trappe. Il faut bien lui rentrer dans le lard, à cette auto-immunité barricadant l’accès à nos pâtisseries chéries. SI tant est que vous les subissiez, ces anticorps anti-transglutaminase. Avouez que si tel est le cas, vous aimeriez bien les ranger dans un tiroir l’espace d’un repas. Pour enfin laisser vos papilles prendre un bain moelleux chocolaté et plonger tout droit dans une religieuse au café. Pour détendre votre palais crispé par un massage éclair (vanille s’il vous plaît).

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Rendez-vous donc chez Helmut Newcake. Et attention, pas de « Bye bye birdie, i’m gonna miss you so, bye bye birdie, why’d you have to go » *… même pour les non-allergiques. Car le blé, on l’oublie. L’affaire est plutôt réussie.  Si la glutenophobie vous grignote, vous avez frappé à la bonne porte.

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Pour nous autres glutenotolérants, on a tout de même envie d’essayer. Après tout, le concept est plutôt unique. Les choux à la crème et tartelettes au citron sans gluten, ça ne court pas les étals de nos pâtissiers. Et on se dit que ça vaut peut être le coup. Que « maybe, we will be so cozy » * …

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On pose une option sur le brunch. Installés dans un charmant salon baigné de lumière, on  » wipe off that full of doubt look » *, et « slap on a happy grin » * . Car le brunch est assez charmant. Tous les indispensables répondent présents. Y compris les pancakes, aussi épais que des coussins. Les « Lemon bichon » sont choux, au sens propre comme au sens figuré. De petites boules potelées aux couleurs pop.

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Seulement le petit plus, on a du mal à le dénicher. On est face à tout ce qu’il y a de plus classique, version re-travaillée. Sans gluten, d’accord, mais sans trop de peps non plus. C’est audacieux sans forcer. On regrette un peu le conformisme du brunch, sans oublier que pour les intolérants au gluten, ce n’est pas si conformiste que ça. On apprécie malgré tout la découverte. Si bien qu’on  » just put on a happy face » * !

* Extraits de la comédie musicale  » Bye bye Birdie »

Helmut Newcake, 36, rue Bichat 75010 Paris

L’addition : brunch = 24 euros

L’Altro

Restaurant Paris

Stasera, on dîne (encore) italien. A croire qu’on fait la chasse à la pasta. Ambiance outre-atlantique cette fois, type loft américanisé. Tout de noir vêtu. Dépouillé mais avec goût, avec vue plongeante sur la danse des toques blanches. Nicely done.

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Grand escalier sombre et suspensions basses diffusant une lumière tamisée donnent le ton. Effet Tyndall garanti, si poussière il y a. Point de nuées de particules nageant sous les lumières voilées cependant, l’endroit est bien astiqué. Au bar, chaises vieillies type métal usé (mais pas trop), chaises de bistrot et banquettes en cuir au teint boucané en salle. Une carte à l’italienne, avec antipasti et pasta à la pelle. Servis avec une pincée d’accent italien. Juste bien dosé. Juste assez pour tendre l’oreille et savourer la description de nos plats.

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En guise de préambule, un carpaccio de bœuf replet comme il faut. Avec un petit ventre de salade bien assaisonnée, et un caban de parmigiano. D’épais copeaux, piquants en bouche, assommant nos palais de plaisir. Ils en rougiraient, s’ils pouvaient.

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Les pâtes du jour, tomates, basilic et pancetta, ne sont pas décevantes, pour une fois. Encore fermes, et surtout suffisamment bien cuisinées pour nous laisser autre chose en bouche qu’un désert gustatif. Le second round ne nous met pas K.-O mais remporte un joli succès.

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Les desserts par contre loupent le coche. Mes petits cubes de glace enrobés de chocolat, loin d’être préparés sur place, m’irritent un peu. Le dessert, c’est toujours un sujet sensible. C’est déjà difficile d’être conquis par un dessert préparé sur place, alors si en plus ils le sortent d’une boîte en carton… Je fais un effort et laisse les deux plats précédents estomper la déception finale. Le match est tout de même remporté. Reste à décider si on le rejouera une prochaine fois. Ou si on en essaiera un altro ! 

L’Altro, 16 Rue du Dragon, 75006 Paris

L’addition : 1 entrée pour deux + 1 plat de pâtes + 1 dessert + 2 verres de vin par personne = 40 euros par personne (à la carte, pas de menu dîner proposé)

Louvre Bouteille

Restaurant Paris

Pop ! On fait sauter le bouchon. Pour découvrir une bonne bouteille, on espère. Prêts à déguster l’élixir du cuistot toqué master chef. On compte bien sur une master cuisine, au moins. Qu’on préférerait un minimum dans les clous. Car l’une des particularités du chef, c’est bien de ne pas emprunter les sentiers battus. Cuisson au lave-vaisselle, purée express au micro-onde, saumon doré au fer à repasser…Des lubies un poil démesurées.  Espérons juste qu’il ne soit pas passé chez Darty avant d’élaborer son menu.

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On découvre une ambiance Ikéa un peu loupée. Avec cette impression de baigner dans du plastique noir et blanc. Comme lorsqu’on se balade entre les modèles d’exposition premier prix. Et qu’on se dit que c’est plutôt inesthétique, ou alors vraiment à petite dose. Gare à nos oreilles, ça risque de crisser toute la soirée.

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Pas très chaleureux de prime abord donc. On ne déroge pas à la plastic mania avec une carte luisante grinçant sous nos doigts. On court toujours après un bon feeling, qui tarde à faire son apparition. Car en plus, s’ils plastifient les cartes, c’est que le menu ne change pas très souvent.

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L’arrivée de nos entrées coupe court à nos réflexions, et donne (enfin) une chouette impulsion au dîner. Mon œuf poché se prélasse dans une crème de champignons couronnée de coppa croustillante. C’est réussi, mais pas parfait. L’ensemble manque de précision, avec une crème trop grumeleuse. La salade de sucrine, canard et sirop d’érable satisfait mon camarade de table, même si de loin les tranches de canard ressemblent cruellement à une semelle de chaussure rigidifiée après avoir pris l’eau.

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On poursuit avec un magret rosé, rutabaga et navets chinois. Mon lapin sur lit de légumes me conforte dans l’idée que l’humeur du chef n’est décidément pas déjantée. Qu’il donne plutôt dans le mollasson. Qu’il chausse ses sabots de ménagère avant d’entrer en cuisine. C’est bien loin d’être raté, mais ça manque de finesse, d’idée et de peps.

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Nos desserts confortent mon sentiment. Je me retrouve avec une crème passion-chocolat blanc épaisse comme un édredon et lourde à souhait, décorée de pignons de pin tout juste sortis du sachet. Plutôt fade et loin d’être inoubliable. La tarte roulée aux pralines roses remporte plus de succès, mais sans pour autant bouleverser le verdict de la soirée. On rebouche la bouteille un peu déçus. Et on ne la rouvrira pas de sitôt !

Louvre Bouteille, 150 Rue Saint-Honoré, 75001 Paris

L’addition : menu soir entrée-plat-dessert = 38 euros

Pastavino

Pizza Paris

☺☺☺☺

Pizza time. Oh oui, vous avez bien lu, il est l’heure de mordre à pleines dents dans une pizza digne de ce nom.  Forcément, le mot en lui même n’évoque rien d’autre que des restaurants à touristes ou des chaînes de livraison. Car d’une, on ne risque pas d’en trouver à la carte d’un bon resto, et de deux, on apprécie rarement quand on en déguste une. C’est souvent trop ci, trop ça, pour au final une déception courue d’avance. Pour se dire que de toutes façons, une pizza, ça n’est jamais bon. Oui, mais…et si ça existait vraiment une chouette pizza ?

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Je ne parle pas d’une pizza acceptable, ni même d’une pizza convaincante. Non, bien plus encore. Une pizza savoureuse. Plaisante à l’œil, et délectable en bouche. Qui ne vous fait pas regretter de l’avoir choisie. Vrai de vrai. You wanna take a look?

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Pastavino me trottait dans la tête depuis un moment. Je l’avais temporairement relégué dans le tiroir des adresses à potentiellement mettre à l’épreuve. Même pas pour les pizzas d’ailleurs. Car Pastavino traite toutes sortes de déclinaisons salées, et quelques déclinaisons sucrées. Sans oublier l’indétrônable charcuterie italienne. Traiteur oblige.

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Les pâtes fraîches jouent des coudes entre la burrata et le pecorino. Les plats de pâtes et légumes cuisinés règnent sur le concile de parmigiani se tenant à leurs pieds. Ça sent bon l’Italie.

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Et la pizza alors ? Perfetta. Recouverte d’épais copeaux de pecorino et de dodus champignons. Avec une pâte moelleuse et dorée, au bon goût d’huile d’olive. On en redemande une fois la part engloutie. Finalement, ce n’est pas un mythe, tout ça. Les bonnes pizzas, ça existe. Et c’est à n’en faire qu’une bouchée !

Pastavino, 18 rue de Buci , 75006 Paris
Traiteur italien

L’addition = 8 euros la part de pizza

Experimental Cocktail Club

Bar à cocktails

☺☺

Ce soir, on expérimente. Mélanges fantasques mais réussis, par des experts du cocktail. Et pas des menteurs. Associations étonnantes et détonantes. Que ce soit dans le verre ou dans la salle. Une ambiance feutrée mais sans chichis, associant zinc, piano en bois délicieusement suranné, pierres apparentes et vieilles poutres. Un serveur en tee shirt froissé et baskets, le torchon de vaisselle noué à son jean. Un barman en salopette et nœud papillon. Un service souriant, décontracté, qui ne vous prend pas le chou.

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Et même si on attend un peu avant d’être installés, on attend adossés au piano, avec un serveur super cool qui ne vous oublie pas. Qui aime son job et ça se voit. Avec une prononciation aux accents germaniques, qui pourtant n’active pas notre circuit court neuronal de l’allemand = bière – saucisses. Un accent suffisamment doux pour rajouter un côté exotique aux cocktails insolites.

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Quelques fausses notes tout de même, si on retient les lustres bling bling en plastique et les toiles noires style tapisserie cheap vues dans m6 déco. En dehors de ça, guère de reproches. On sirote notre cocktail confortablement installés, sans être le moins du monde poussés vers la sortie malgré l’afflux constant de nouvelles têtes.

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On passe un moment sympa, qui donne envie de retenir l’adresse. On la garde en tête, c’est sûr. La prochaine fois qu’on meurt d’envie de cocktails inattendus, on reviendra par ici. On retient le détail qui fait le plus : les charmantes théières vieillottes servies avec les cocktails en guise de carafes d’eau. Un seul mot pour conclure : enjoy !

Experimental Cocktail Club, 37 Rue Saint-Sauveur, 75002 Paris

L’addition : deux cocktails = 24 euros

Caffè dei Cioppi

Restaurant Paris

☺☺☺☺

Buonasera. La botte italienne nous appelle à nouveau à grand renfort de coups de talons. Tap, tap, il est temps d’aller découvrir des saveurs aux origines milanaises, mais pas seulement. Le ballon frôlant la pointe de la botte prend également part à l’alchimie. Un zeste de Sicilia, une pointe de Milano, on mélange, et on enfourne. Dans un tout petit four. Riquiqui. Exigu mais plutôt bien conçu. Car le bouillon d’idées de nos deux chefs se concentre sur une quinzaine de couverts, à peine.

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Déja, il s’agit de trouver la planque. Car cette trattoria, c’est un peu un segreto di Pulcinella (une secret de Polichinelle) bien gardé. Cachée dans une petite ruelle sombre débouchant sur le faubourg Saint Antoine. Pas hyper engageante en plus. Même armés de Google Maps, on se demande si c’est bien là. C’est vraiment parce que le GPS nous l’ordonne qu’on freine le pas. On aurait sinon continué dare-dare, sans même remarquer cette tristounette artériole pavée.

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On découvre une charmante échoppe, où les tables tentent tant bien que mal de se faire une petite place. Quasiment accolées aux cuisines, elles copinent avec les casseroles et les bouteilles d’huile d’olive. On est collés les uns aux autres mais l’ambiance est plutôt chouette et on ne s’en plaint pas. On entend l’eau bouillir et les sardines rissoler. On a presque envie de mélanger les pâtes en train de cuire. Quoi, il suffit de tendre le bras.

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On amorce le dîner par une salade de céréales, oeuf mollet et ricotta. E un piacere (c’est un plaisir). C’est molto carino (très joli) et très réussi. J’adore. La salade de tomates est également bien customisée. Et très séduisante. Tutto bene.

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La suite par contre déclenche quelques hic. Que ce soit les linguine aux sardines ou les penne saucisse-pecorino, c’est un peu raté. On a comme l’impression d’avoir un plat de pâtes cuisiné par un français hermétique aux habitudes italiennes. Elles sont un peu trop cuites, pas très bien égouttées, et surtout pas relevées du tout. En bouche on retrouve le goût des pâtes, c’est à dire pas grand chose. La garniture, pour les linguine, on la cherche un peu.

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Avec le dessert, on dégringole encore un peu plus. C’est d’une simplicité déconcertante. De petits biscuits aux amandes (Sbrisolona) et une crème au mascarpone. Les biscuits sont trop secs. Quant à a crème au mascarpone, si elle n’est pas sortie toute prête d’un pot industriel, on n’en est pas loin. Autant dire que ce n’est pas compliqué et qu’on peut faire la même chose chez soi. Sans se casser la tête en plus.

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Le repas est somme toute un peu décevant. Ça aurait pu être un successo si l’ensemble était resté au même niveau que les entrées. On a apprécié, mais sans grande conviction. Au final, ça nous botte, mais pas plus que ça !

Caffè dei Cioppi, 159 Rue du Faubourg Saint-Antoine, 75011 Paris

L’addition : entrée-plat-dessert pour 4 + une bouteille de vin = 40 euros par personne

Synie’s cupcakes

Cupcakes Paris

Ne me dites pas que vous êtes anti-cupcakes. Que c’est trop gras, tout ça tout ça. Si c’est le cas, une bouchée dans un cupcake de chez Synie’s cupcakes vous fera retourner votre veste. Et même si les mots  » glaçage au beurre » vous font détaler d’office, dites vous bien que cupcake n’est pas synonyme de beurre à gogo. Ça vaut la peine d’être goûté. Et quand on vous offre comme alternative un glaçage au mascarpone ou un glaçage meringué, là on ne peut plus refuser.

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D’accord, on n’en mangerait pas tous les jours non plus. Mais quitte à définitivement tirer un trait dessus, autant goûter un de ces ravissants monticules pour en avoir le cœur net. Car ils sont tastyssimes. Trois collections donc, automne-hiver comme printemps-été : glaçage au beurre, glaçage au mascarpone, et glaçage meringué. Avec déclinaisons de saison bien sûr, et collections limitées régulièrement remises à jour.

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Aux dernières nouvelles , la version carrot cake et la version myrtille-coco, toutes deux chapeautées de mascarponne, sont à fondre sur place. On a juste envie de tapoter une baguette magique dessus afin de les faire tripler de volume. A piece of art, qu’on dévore des yeux avant de la soumettre à nos molaires.

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On croque dedans, on ferme les yeux, et on fredonne V is very very extraordinary, E is even more than anyone that you adore,  sans même s’en rendre compte. Nul besoin de préciser, on est conquis. On jette un regard amoureux à la dernière bouchée…pas de doute, love was made for me and you !

Synie’s cupcakes, 23 Rue de l’Abbé Grégoire, 75006 Paris

L’addition : 1 cupcake = entre 3 et 4 euros

Rose Bakery Tea Room

Cakes Rose Bakery

Bakery ? En théorie. Factory ? Plutôt, oui. Rose Bakery tient désormais plus du concept store passé à la moulinette du succès. Pour un mouliné pas si réussi que ça. Les enseignes s’empilent à vue d’oeil, à tel point que le Bon Marché s’y met aussi. On ne leur en veut pas, certes. Si ça marche aussi bien, c’est qu’à l’origine c’était chouette. Un phénomène british-like qui fait valser entre les traditionnels déjeuner / thé / goûter. Sauf qu’à l’issue du déjeuner on a l’impression d’être venus juste pour le nom, et plus pour le concept.

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Ambiance polaire garantie. Des murs blanc immaculé aux prises avec un mobilier et un sol charbonneux. Froidement chic. Un décor lissé façon Bon Marché. On a presque envie de se jeter sur un cake coloré juste histoire de se réchauffer un peu.

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On déglutit cette impression bizarre d’être dans un rayon supplémentaire du magasin, et on attend. On attend qu’un petit monsieur tiré à quatre épingles daigne tourner ses yeux vers nous et nous conduire à une table. Un chef de salle (ou devrais-je dire chef de caisse) froidement select dans sa façon de vous envisager (ou dévisager). Ce qui est clair, c’est qu’il n’envisage pas de vous accueillir aimablement. On poireaute comme à la caisse du supermarché en attendant d’être installé à l’une des multiples tables libres. SI on ne salue pas, on ne risque pas d’être salué. Ce petit monsieur un peu trop bien brossé s’en contre-fiche. On aurait du lui faire remarquer qu’il avait une mèche de travers, ça aurait sans doute attiré son attention.

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On finit par forcer le mouvement et on lui pique une table avec une banquette. Si il refuse de faire son job, on ne va pas se gêner pour prendre une bonne place. Tout de même. On contemple une carte rédigée par endroits en français par endroits en anglais. Fifty-fifty. Les touristes forment une cible de choix dans cet établissement, ne l’oublions pas.

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On finit par déguster nos plats, après une attente (encore) interminable. Nos serveurs sont gentils mais un peu dépassés. Un peu gauches et pas hyper dans leur assiette. On leur pardonne. Surtout qu’ils nous apportent des quiches plutôt réussies. Moelleuses, avec une pâte très agréable, pas élastique ni cartonneuse du tout. La salade est bien assaisonnée. Mais pour 15 euros la quiche, on se dit qu’on a intérêt à l’apprécier.

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On fait la queue au même endroit qu’à l’arrivée pour régler la note, un peu style le caddie est maintenant rempli. Nos estomacs, à défaut, ne le sont qu’à moitié, mais l’efficacité du service ne nous permet pas de prendre le temps de rester pour un dessert. Je caresse l’espoir de repartir avec une tranche de cake sous le bras, mais le parcours relève de l’impossible. Tant pis, on les aura savourés du regard, c’est déjà ça. Et eux au moins ne nous resteront pas en travers de la gorge !

Rose Bakery Tea Room, Le Bon Marché Rive Gauche, 2e étage, 24, rue de Sèvres 75007 Paris 

L’addition : une quiche = 15 euros

Le 6 Paul Bert

Restaurant Paris

Direction l’échoppe du nouveau chef québecois du coin. Qui a des clients à la planche (énormément). C’est que ça doit être bon en maudit (très bon). Alors on y va, astheure (maintenant) ?

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On contemple l’intérieur derrière les vitres embuées avec les yeux dans la graisse de binnes (d’un regard rêveur), car vu les critiques déjà épluchées une par une, ça donne envie. C’est quasiment plein à craquer. Le serveur est en chemise un peu négligée mais pas trop, juste ce qu’il faut pour donner cette impression de coolitude proprette qui donne envie de rentrer. L’ambiance est cosy et boisée. Mais attention, sans bidons de sirop d’érable ni cornes de wapitis. Tout de même.

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Le cuistot officie au fond de la salle, face aux clients, concentré mais plutôt détendu. Ouste les mouvements saccadés et les directives sèches, ici tout le monde a l’air bien dans ses baskets, même en cuisine.

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On s’installe à côté du chef, et on attache notre tuque (on se tient prêt) pour un souper (dîner) en 4 étapes. Au choix restreint mais au choix quand même. Après tout, si on veut que ce soit frais, on ne peut guère demander une carte de trois mètres de long. De toutes façons, on n’est pas venu pour prendre une broue (une bière) et des rondelles de saucissons, mais bien pour mettre à l’épreuve l’art de notre intriguant chef. And here we go.

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On commence par une escabèche de maquereau, moules et cresson de mereville. Pas loin d’être une presque-merveille, justement. C’est joli, bien assaisonné, de quantité bien calculée. On n’est pantoute (pas du tout) déçu du démarrage. Un rouge de touraine accompagne légèrement chaque bouchée, sans assommer l’ensemble de l’assiette. On a envie de dire bingo.

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Sauf que ça se poursuit de quelques grognements de surprise de notre part. Bon ça ne peut pas être parfait non plus, ils viennent d’ouvrir. Les saint-jacques rôties à la truffe et au lait de pommes de terres sont très bien, le tartare de veau de mes compagnons est super réussi aussi. Et toujours aussi ravissant.

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La longe de porc en revanche me déçoit beaucoup. Après quelques mâchonnements plus que graisseux, j’abandonne. Croquer du gras suintant et insipide, ça va bien deux minutes. Quant au demi pigeonneau, on se demande s’ils pouvaient trouver plus rachitique. Car mis à part l’os et trois misérables coups de fourchette de viande, on se demande où ils ont caché l’animal.

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Les desserts essuient en partie nos déceptions. Ma salade de poires aux noisettes et glace panais me fait balayer d’un revers de cuillère mes critiques précédentes. Le cannoli citron et son sorbet fromage blanc ne fait par contre pas l’unanimité, loin s’en faut. C’est pas pire (pas mal) mais pas suffisant pour faire oublier l’entorse provoquée par la marche ratée précédente.

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A la fin du repas, le chef est en passe d’aller au batte (d’affronter une situation difficile). Les avis divergent, la satisfaction n’est pas franchement au rendez-vous. Je me montre plus mesurée que mes compagnons et accorde tout de même un bon sentiment à cette soirée. J’ai même envie de revenir. D’ici quelques semaines, histoire de voir si progrès il y a. J’en suis persuadée, le chef en a sous la pédale. C’est décidé, on reviendra. Pas de ronchements, tiguidou (c’est d’accord), un point c’est tout !

Le 6 Paul Bert, 6 rue Paul-Bert, 75011 Paris

L’addition : menu 3 plats + un dessert = 38 euros

Pirouette

Restaurant Paris

Si vous voulez y monter, laissez-moi vous dire que vous ne vous casserez pas le bout du nez (pirouette, cacahouète). Ce n’est pas une drôle de maison, et les escaliers ne sont pas en papier. Tout est solide et bien solide. Un maçonnage fort bien réalisé. Pas un légume de travers. Pas une miette de crumble en trop venant déséquilibrer tout l’édifice. Une architecture culinaire bien pensée, jolie à regarder, et surtout chouette à savourer. Ça donne comme une envie de faire une pirouette, tout ça !

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Et justement. Première pirouette du chef : un velouté de châtaignes twiste avec un œuf mollet et des pignons de pin grillés. C’est tastyssime. On admire le déhanché suave de l’oeuf mollet une fois la cuillère plantée dedans, les pignons de pin dégringolent en rythme et leurs « clap, clap » battent la mesure, le velouté s’emploie à former un choeur de « ouh, ouh » onctueux et … we’re gonna do the twist and it goes like this* ! Nul besoin d’entamer le « baby make me know you love me so « , on fond dès la première mesure (ou bouchée).

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On fait le plein de sensations et come on let’s twist again*. Avec de l’onglet de boeuf et ses petites pommes de terre persillées. Une viande parfaitement cuite, des pommes de terre moelleuses discrètement nappées de sauce. Une sauce d’ailleurs très réussie et surtout très bien dosée : pas de noyade à l’horizon mais un petit ruisseau cheminant entre les cailloux de pommes de terre et les algues de salade. Et une fois l’assiette terminée, on en veut encore.

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Et pour finir ? And round and round and up and down we go again* ! Le riz au lait façon grand-mère est juste délicieux. Pas de magma pâteux impossible à déglutir. Léger, nappé de caramel au beurre salé et saupoudré de crumble. Ça fond, ça croque en bouche, ça tapisse le palais, ça ravit nos papilles.

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Dans un autre registre, la crème aux fruits de la passion, tuile et poudre explosive, est aussi très réussie. Aérienne et parfumée, truffée de cette poudre qu’on achetait quand on était enfant dans la boulangerie du coin. Dont la mission est de dénicher fusées et pétards dans notre muqueuse buccale. Ça aurait pu tourner au cauchemar, mais le feu d’artifice est réussi. Et nous fait twister encore une fois.

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On est ravis. On sort retrouver le dédale du quartier des Halles, avec trois mots à la bouche : on revient quand ?  Car le chef aura émoustillé nos sens du début à la fin. Fortiche. Pas de doute, twistin’ time is here* ! 

* Extraits de « Let’s twist again » de Chubby Checker

Pirouette, 5 Rue Mondétour, 75001 Paris

L’addition : entrée + plat + dessert + 1 verre de vin + 1 café = 40 euros

Au Bistronome

Restaurant Nancy

Déjà, le nom est bien choisi. Ensuite, l’ambiance bien travaillée. On entre, et on est tout de suite à l’aise. Ambiance bistrot type. C’est tout petit, mais on s’y sent bien. Style mannezingue jusqu’au bout des ongles. Tant et si bien qu’on commande un voyageur pour commencer (petit verre de vin blanc pour les néophytes du bistroquet). Même pas du vitriol. Un petit vin de pays sympa pour arroser un déjeuner détente. Sans titiller le rythme de nos glouglous pour autant : pas de déluge de vin blanc, une petite averse suffit. Il ne s’agirait pas de nous retrouver dans un poème de pré-verres.

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Le zingueur, qui est en fait le patron du lieu, nous invite à choisir parmi deux entrées, deux plats et deux desserts. La carte est à l’image du restaurant, toute petite. On se dit qu’au moins le titre de « cuisine du marché  » n’est pas volé. Et c’est tant mieux. C’est tout ce dont on a envie : déguster des produits frais, pour un déjeuner sans façons et à l’unisson. Nos entrées se composent respectivement d’acras et de mozzarella frite accompagnée de mâche et poivrons. La cuisine se révèle généreuse et savoureuse. En un mot : tasty.

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Il en va de même pour nos plats : boeuf bourguignon et roulades de volaille et jambon sec, pas très apprêtés mais goûtus comme il faut. Fumants et ventripotents. Sortant direct du plat gigantesque cuisiné le dimanche pour toute la famille. Du moins on se l’imagine comme ça.

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Pas de grande prouesses donc, mais un déjeuner frais et généreux. Des nuances de cantine familiale. Du traditionnel qu’on prendra toujours plaisir à déguster. Avec un service très agréable. Un peu plus et on resterait pour siroter un verre de plus. Sans devenir bistrot-addict, on ose prendre le titre de SBF (Sans Bistrot Fixe). Quoi, la liste à mettre à l’épreuve est encore longue…

Au Bistronome, 19 Rue Saint-Michel, 54000 Nancy

L’addition : 2 entrées + 2 plats + 1 pichet de vin + 2 cafés = 60 euros 

H Kitchen

Chef Japonnais

H.K, comme H Kitchen. Ou comme Hidenori Kitaguchi, le chef nippon du lieu. Ou comme Harsh Killer. Car ici, ils achèvent le client. De satisfaction. Et comme il faut. Pas de quartier. Les plats nous font tomber les uns après les autres. Sans aucune imprécision. Jusqu’à ce qu’on n’ait plus qu’un seul mot en tête : encore ! Ils nous font trembler d’impatience, frissonner de surprise, et rôtir de satisfaction. Et c’est Hyper Kool.

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A killing machine. Mais attention, pas de Psycho Killer ici, ni de qu’est ce que c’est, ni de better run run run run run away.  Bien au contraire. Toute l’assiette est parfaitement pensée. Rien n’est disposé au hasard. On sent la rigueur et la précision nippone chapeauter le tout. Pas grand chose n’est laissé au hasard. Ce qui fait que dès le premier plat, on a toute confiance en notre chef du soir et on se laisse guider indolemment. On est sur les rails, et on ne risque pas de sauter du train en marche.

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Mais il faut l’avoir repérée cette étroite échoppe. Située dans une petite rue coincée entre la rue de Sèvres et le boulevard Montparnasse, elle ne paie pas de mine. C’est l’une de ces rues dans lesquelles on tombe sur quelque chose de chouette par hasard. Rue Mayet, l’occasion fait le lardon, si je puis dire.

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A peine arrivés, on jette notre dévolu sur le menu dégustation. On embarque pour 6 plats. Le premier, palette de légumes avec foie gras mi-cuit, nous met dans l’ambiance. Le maître cuistot manie la cuisine française avec son savoir-faire nippon. On reste dans le domaine frenchy, mais sans un faux-pli. Sans une rondelle de radis de travers. Avec des légumes oubliés revisités, style racines de pissenlits. C’est super réussi. On sent que le coin cuisine bouillonne d’idées.

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La seiche revisitée version spaghettis puis la barbue aux agrumes nous plaisent tout autant. Le quasi de veau est fondant comme il faut. Un seul mot nous trotte dans la tête : huuum.

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Pour finir, après un fromage bien choisi, un parfait de chocolat blanc siégeant sur une mangue enrubannée de meringue donne le coup de grâce. En plus, le Bourgogne (de chez Maratray) ayant accompagné notre sérénade de plats décroche une place dans mon carnet de bouteilles à retenir.

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Seul hic: la déco. Plus simple, c’est juste impossible. Après, ce n’est pas désagréable pour autant. On l’oublie complètement une fois la porte franchie. Mais ce qu’on retient parfaitement bien, c’est la cuisine. Et c’est ce qui compte. On meurt d’envie de revenir ASAP. Psycho Killer ? Toujours pas. Perfect Killer ? On s’en rappoche !

H Kitchen, 18 rue Mayet, 75006 Paris

L’addition : menu dégustation 6 plats à 45 euros + 1 verre de vin = 51 euros

Bar des Ferrailleurs

Mojito Paris

Un bon Mojito, c’est dur dur à trouver. Alors quand on en dégote un qui nous plaît, on retient l’adresse ! Le bar des ferrailleurs, d’accord, c’est un tas de ferrailles accrochées à droite à gauche, sur les murs, au plafond, partout. Si on lève la tête on se rend compte qu’un vélo rouillé pourrait nous tomber dessus. Mais c’est plutôt rigolo, et arrosé d’un mojito citronné-mentholé comme il faut, on se dit go for it.

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On se prend même quelques rondelles de saucisson et quelques tranches de fromage pour colmater notre estomac vide. Avec un mojito gigantesque, il faut bien un peu de sérieux. Car pour une fois, on sirote un cocktail pas microscopique, pour un prix normal.

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On déguste notre planche apéritive sous un semblant de vieil outil de bricolage. Ambiance Ready-made. Car une fois imprégnés de l’ambiance fer-acier, on se met presque à être curieux. A scruter les coins pour dénicher une réplique de la Roue de bicyclette ou du Porte-bouteille de Marcel (Duchamp, on s’entend). Bon, on n’en trouve pas, mais on aura essayé. On aura en tout cas apprécié notre mojito. Quelques gouttes de citron vert en plus et on sentait une brise chaude et le clapotis des vagues. Next time !

Le bar des ferrailleurs, 18 Rue de Lappe, 75011 Paris

La Grande Crémerie

Bar à vins

Encore un bar à vins, c’est vrai. Mais il faut dire que prendre un verre de vin avec une assiette de fromage ou de charcuterie, c’est quand même plus agréable que de prendre un verre tout court. Ça revient un peu plus cher, mais soyons honnêtes, ça vaut quand même le coup. Ce soir-là, le guide du Fooding a encore frappé, et guidé nos pas vers la Grande Crémerie, cousine germaine de la Crémerie, plus ventripotente (spatialement parlant).  Le concept est stricto sensu le même qu’à la Crémerie, les produits identiques, les propriétaires également. The Conquest of Spaces pour faire court.

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Dans l’assiette, c’est le même refrain qu’à la Crémerie : « Pas de transformation, juste une bonne sélection ». Concept qui nous est exposé d’emblée par notre serveur, de façon un peu… crue. Il nous explique que « rien, mais alors rien du tout n’est cuisiné sur place » (je cite). Qu’ils ouvrent juste les boîtes et les déversent dans l’assiette. Tout ça on s’en doute, évidemment, on a compris le principe du bar à vins. Mais pas besoin de s’étendre sur le fait que personne ne cuisine ici et surtout que tout le monde s’en fiche. A la fin de son speech on reste sur l’idée que la partie la plus culinaire reste d’empiler boîtes et bocaux dans la réserve. Que si ça se trouve même la charcuterie est déjà tranchée et le fromage déjà coupé en petites portions.

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Pas très vendeur du concept, notre homme ! Il nous fait presque regretter le manque de casseroles et produits frais. Alors qu’on n’était pas du tout venu dans cet état d’esprit. Du coup on apprécie peut être un peu moins notre terrine de lapin et notre bœuf séché. Alors que c’était pas mal du tout. En plus le décor est plutôt chouette, dans le genre campagne retravaillée version chic et épurée. Le détail qui tue : la carte disposée dans de vieilles pochettes de vinyles. Amazing !

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Nos verres de Bourgogne étaient plutôt honnêtes, mais pas au point de retenir le nom du producteur. Après, ce qu’on fatalise surtout, c’est l’addition. Parce que, à ce moment là, le discours désabusé du serveur passe encore plus difficilement. Autant dire qu’on a un peu l’impression de se faire plumer. La faute au discours de bienvenue ? Sa version 1.2 s’impose !

La Grande Crèmerie, 8 rue Grégoire-de-Tours, 75006 Paris

L’addition : 1 assiette de charcuterie + 1 verre de vin + 1 salade (pour 2) = 33,75 euros

Hélène Darroze

Restaurant étoilé Paris

Maintenant que voici la clôture venir, Pourrez-vous, Hélène, en vos lacs me tenir, La raison m’en éloigne mais votre rigeur dure, Puis il faut que mon goût obéisse à nature. Ces quelques vers de Ronsard ( très) revisités traduisent bien notre état d’esprit à la sortie de ce déjeuner. C’était bon, c’était joli, plutôt charmant même. Et là se situe tout le nœud du problème. Car ça n’était pas hyper ébouriffant ni hyper inoubliable. Il n’y a eu aucune faute ( sauf le vin, pas superbement choisi ). Tout était bien exécuté, d’un bout à l’autre. De l’accueil au discours des serveurs, en passant par l’accord des mets dans notre assiette. C’était bien. Mais voilà, chez les grands chefs, même pour un menu déjeuner, on s’attend à plus.

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Une assiette de tapas, suivie de deux desserts et accompagnée d’un verre de vin. Après avoir demandé les prix, car notre détonant serveur nous sort son petit speech bien appris, et on n’entrevoit guère de différences entre les deux menus. Sauf qu’il y en a un à 35 euros et l’autre à…bien bien plus de 35 euros. Il peut toujours prendre son air faussement surpris et bien appris de « Comment, vous voulez les prix ? », la note à la fin ce n’est pas pour lui mais bien pour nous. On nous apporte donc notre succession de tapas : un plateau en plastique épais orange et blanc, tirant dangereusement vers le concept du plat pour bébé. Bon, on se dit pourquoi pas.

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Les serveurs sont toujours un peu coincés dans ce genre d’endroit. Crispés sur les mots qu’on leur a appris à déverser, ils sont un peu difficiles à dérider. Notre serveur du jour, « Maître Nasser » comme il se faisait appeler, nous a juste fait mourir de rire. A couvert, bien entendu, puisque lui arracher un sourire (naturel) n’était pas au programme. Du moins à son programme. Qui se résumait à nous projeter sur le plateau de Question pour un Champion. « Je suis un poisson fraichement cuit, recouvert d’un espuma de citron et de légumes croquants : je suis… »  Tout ceci récité à quinze mots par seconde. On en était presque à poser les mains sur un buzzer imaginaire et à dire « je prends la main ».

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Et il se met véritablement dans la peau du poisson. Mais pas seulement. Il nous assomme de : « je serai suivi d’un consommé de pommes de terres, et de calamars pimentés frits. Je suis donc composé de 2 poissons, d’une viande, d’une crème à l’avocat, de quelques fritures, et je m’accompagne à merveille de sauce persillée  » Ça y est, le voilà qui se prend pour le plateau de tapas en entier. Non mais on se demande jusqu’où il va aller.

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Enfin il était plutôt rigolo sans le vouloir. Même si son discours typé poème appris par cœur mal récité était un poil irritant. Si encore il avait mis la bonne intonation ! Il entame la même sérénade pour le dessert. Il se présente donc cette fois-ci comme un crumble à l’ananas recouvert de glace à l’huile d’olive ( brrr ça lui donne un frisson ), accompagné d’une crème au praliné surmontée de glace au café. Résultat, c’est bon, sans aucune faute, mais pas inoubliable. La glace à l’huile d’olive était par contre super intéressante.

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On termine avec un café à 6 euros (hic) , qui me révolte comme il se doit. Faute de débutant, on saura qu’il faut s’en tenir au menu, et voilà. C’était tout de même super bon, on ressort content mais un peu déçu du manque d’enthousiasme global dégagé par les plats. Surtout on laisse Maître Nasser à ses réflexions, qui doit se demander s’il sera vêtu au prochain service d’un déshabillé de pommes de terres ou d’une mousse de verveine. La cuisine, malgré mes critiques appuyées, reste fine et distinguée. On ne fait aucune erreur à aller chez Hélène Darroze, c’est bien évident. Le déjeuner me laisse finalement un agréable souvenir, partagé mais persistant, Sinon pour tout jamais, au moins pour un longtemps.

Hélène Darroze, le Salon d’Hélène , 4 rue d’Assas, 75006 Paris

L’addition : menu déjeuner= plateau de 7 tapas + 2 desserts + 1 verre de vin = 35 euros

The Smiths Bakery

Burger Paris

Burger fever. Again and again. Il faut bien s’y atteler à cette difficile tâche de dénicher un burger correct. A défaut de l’élaborer soi-même. Car si on se refuse à imbiber le tissu du canapé de d’émanations carnées, on est bien obligé de s’employer à dégoter un burger digne de ce nom.

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Et justement. Après une matinée de courses, mon estomac se contracte désespérément dans le vide. Il crie famine. Je ne lui prête guère attention, jusqu’à ce que mon regard se pose sur une petite pile dodue bien appétissante. Je craque et passe commande. Mes incisives sont sur le qui-vive, prêtes à déchirer. Je m’installe à une table en attendant la préparation de mon sandwich que j’espère potelé à souhait. Cinq minutes après, j’emporte mon sac en papier duquel s’échappe un fumet cheese-bacon pas déplaisant.

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Enfin, je déballe mon burger. Avant même d’y goûter, j’apprécie l’emballage papier customisé version The New York Times. Un peu plus et j’oublie mon burger pour commencer par lire les quelques fractions d’articles imprimées. Histoire de s’outre-atlantiser jusqu’au bout des ongles. Mission d’ailleurs impossible, puisque mon burger est alone. Pas une seule pomme de terre pour lui porter compagnie. Bien solitaire, il en serait presque à fredonner du Charlie Winston  » Hello, Alone, it’s you and me again ».  Car c’est bien sympa d’empiler cornichons, steak, cheese et salade, mais encore faut-il ne pas oublier les compagnes préférées de notre rondouillard échafaudage : les frites.

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Le verdict est finalement mitigé. Le burger est vraiment pas mal : moelleux, avec du bon pain, une énorme tranche de bacon, de la salade fraîche, du fromage pas trop insipide, un steak pas trop gras. Somme toute une bonne surprise. SI ce n’est que pour 9,50 euros, on s’attendait quand même à avoir quelque chose en plus à côté. Un cornet de frites maison et le tour aurait été joué. On sirote une dernière gorgée de Coca ( zéro) pour se consoler de ne pas avoir de frites. On les regrette un peu, mais c’est tant pis. La chasse au Top Burger est relancée, et de plus belle !

The Smiths Bakery, 12 Rue de Buci, 75006 Paris

L’addition : un burger = 9,50 euros

Roger La Grenouille

Escargots Paris

On les entend presque coasser avant de passer sur le gril. La carte en est pleine, l’intitulé le laisse présager….la cuisse du grenouille est la star de la soirée. Ses courbures parfaites brillent sous le feu des projecteurs. Quelques flexions-extensions supplémentaires avant de suer sous les gousses d’ail et les branches de persil, et les voilà prêtes à atterrir sous nos molaires. French cliché vous avez-dit ?

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La salle vieillotte mise tout sur le côté Paris désuet. Vielles publicités et vieux dessins voisinent avec cuves et marmites cuivrées. Un antique moulin à purée côtoie d’anciennes plaques d’intitulés de rues. Pour un peu on se demande si ils ont installé une ventilation ou si ils ont choisi de cuisiner à l’ancienne : on s’attend presque à voir s’échapper des jets de vapeur des cuisines.

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On commence par des escargots, et on enchaîne par des cuisses de grenouilles, histoire de bien assurer notre réputation forgée outre-manche de mangeurs de limaces. Escargots puis grenouilles, what-a-shame. Disgusting ? Pas si sûr ! La collection Ail et Persil hiver 2013 habille l’entrée comme le plat. Persil version beurre et version jus. Déclinaisons de saison, pour ainsi dire.

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Le plat arrive, et me transporte des années en arrière. Je me revois attablée auprès de mes grands-parents, prête à dévorer une montagne de petites cuisses musclées persillées. Retour immédiat à la réalité : pas de montagne ce coup ci. Pas même de petit vallon. Un monticule de riz, mais pas de tertre de grenouilles. Les cuisses sont bien cuisinées, mais en ce qui concerne la garniture, aÏe…Le riz blanc Taureau Ailé même pas retravaillé, ils auraient pu éviter. On ne vient pas au restaurant pour avaler la réplique parfaite du riz cuit vite fait à la maison quand on n’a pas le temps de préparer le repas.

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Le dessert est honnête mais pas renversant. Le moelleux au chocolat sort sûrement d’un carton Picard, mais la glace à la menthe est plutôt réussie. Pas de goût industriel de dentifrice, mais pas de saveur de menthe fraîchement cueillie non plus. Le riz au lait est un peu trop gluant mais s’en sort dignement.

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Pas de prouesses culinaires donc, et plusieurs étapes à franchir encore. Et c’est bien dommage, car ce semblant de refuge à touristes nous plaît plutôt bien. Échoppe à touristes ou repaire suranné, on se sait sur quel pied danser. Le pain est mal sélectionné, et la carte traduite en anglais. On penche donc plutôt pour le repaire à touristes plutôt réussi. Il ne nous reste plus qu’à enfoncer un béret sur nos crânes réchauffés, et la boucle du cliché est bouclée !

Roger la Grenouille, 28 Rue des Grands Augustins, 75006 Paris

L’addition : entrée + plat + dessert + une demi-bouteille de vin = 55 euros par personne

Bistro Burger

Burger Paris

Jour pluvieux, burger heureux ? Si seulement ! La rue d’Argout défigurée par la file d’attente de Blend nous fait changer de cap. Blend et leurs burgers hyper en vogue, ce sera pour un autre jour. L’appel du burger est pourtant trop insistant. Trempés jusqu’aux os, on sort notre burger-radar et on surfe sur les pavés dégoulinants pour se diriger vers Bistro Burger.

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Notre choix se porte sur un Hamburger mexicanisé où les avocats écrasés bousculent une lamelle de bacon coincée pour se trémousser comme il se doit sur un steak décongelé. Deux rondelles de pain Harris tout juste sorties de l’emballage plastique chaperonnent le bal. On s’en doute, pas de Boléro en vue après la première bouchée. A tout casser, on se dit « quizàs, quizàs, quizàs » …

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On déguste le pain même pas réchauffé et de plus en plus élastique à chaque bouchée. Une gigantesque feuille de salade plastifiée verte pétante tente de sauver l’aspect de notre pauvre Burger. Les frites sauvent un peu la démonstration ratée d’envolée de jupes multicolores. En dignes compagnes, elles assurent les arrières et évitent le collapsus sur la piste de danse.

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Au final, point de notes ensoleillées de guitares défilant sous nos yeux. Pas de rayon de soleil sur ce jour pluvieux. Mais pas de « Y yo, desesperando » pour autant. On aura essayé, et c’est tant mieux, car après tout, des ratés il en faut. Au moins pour savourer comme il se doit la prochaine bonne adresse !

Bistro Burger, 26 Rue Montorgueil, 75001 Paris

L’addition : un burger = 15 euros

L’ambassade de Bourgogne

Bar à vins

Could it be, that you and me are the lucky ones…Lana Del Rey à l’appui, les bonnes adresses s’enchaînent. Rien de tel pour nous faire oublier nos quelques dîners ratés. Point de guide pour diriger nos pas décidés. Encore une fois un bon feeling pour un bon tasting. Nous observons l’ambassade de Bourgogne sortir son épingle du jeu avec adresse. Sans artifices et sans prétention.

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Un dîner pain-fromage-saucisson agréablement arrosé. Des produits bien sélectionnés, et joliment accompagnés. Pas de transformation, certes, mais un esprit bar à vin respecté jusqu’au bout des ongles. Ils ne prétendent pas éblouir par le travail du contenu des assiettes, mais là n’est de toutes façons pas la question. La cuisine ne constitue pas l’intitulé de la conversation. Le vin est maître du jeu, les assiettes ne sont qu’un accompagnement bien choisi. On vient découvrir du vin avant tout, dans une ambiance détendue et pas guindée du tout. Des amoureux du vin et pas de la cuisine. Et pourquoi pas, d’ailleurs ?

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Amoureuse inconditionnelle de la cuisine bien exécutée, je reste ouverte à toute proposition correctement énoncée. Un verre de vin goûteux accompagné de fromage et de charcuterie, ça me parle. Je conçois qu’on ne puisse être sur tous les fronts, et qu’amour du vin ne rime pas forcément avec amour culinaire. Rares sont d’ailleurs les restaurants proposant une carte des vins topissime.

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Une fois dans cette optique là, on ne peut guère avoir de mauvaises surprises question cuisine. Puisqu’on ne s’attend pas à de la haute voltige, pas d’intransigeance. Si les produits sont bien choisis bien présentés, le contrat est rempli, la soirée réussie. Voici donc nos indolentes tranches de fromage et leur armée de rondelles de saucisson, suivies d’une galette des rois rebondie. Un défilé orchestré par notre breuvage en chef.

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Des assiettes champêtres qui mettent à l’aise, et font la place belle au produit phare. Je ne peux toutefois m’empêcher de regretter un accord mets-vins plus travaillé, mais le contrat est respecté. Peut-être ne faut-il pas oublier qu’un vin bien choisi fait pétiller un bon plat, et peut lui donner l’impulsion nécessaire pour se loger dans notre hippocampe et n’en plus ressortir. Cuisine et bouteille restent bonnes copines…

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Nous sommes tout de même satisfaits, et sirotons goulûment nos dernières gouttes de liquide doré. On apprécie l’engagement de la maison, et le gosier embaumé, on ressort dans la nuit. Quelques rafales de vent glacial nous attendent au tournant. Gageons que les bouteilles de l’ambassade de Bourgogne se feront un plaisir de nous réchauffer au prochain frisson !

L’ambassade de Bourgogne, 6 rue de l’Odéon, 75006 Paris.

L’addition : une assiette de charcuterie + une assiette de fromage + deux desserts + un verre de rouge et un verre de blanc par personne = 35 euros par personne

Da Rosa

Restaurant Paris

Da Rosa, c’est une découverte inopinée. Et pas des moindres. La devanture m’a tapé dans l’œil. En même temps, comment rester insensible à ce bataillon de jambons secs disposés militairement au sein d’un désordre joliment exécuté ? Il nous fallait en savoir plus. On lorgne sur les assiettes en entrant, très appétissantes. J’ai hâte de commander, ce qui ne m’était pas arrivé depuis un moment.

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On est installés à l’étage. L’ambiance est cosy et feutrée, doucement rythmée par une musique lointaine laissant nos cils vibratiles en paix. La carte nous propose surtout des produits d’épicerie fine à commencer par de la charcuterie. Ce qui nous convient à merveille. Notre serveur, à grand renfort de rrrroulements de rrrr, prend notre commande. Il nous apporte prestissimo nos petites entrées apéritives : ail cuit et câpres gonflées à l’hélium.

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Elles si si rondouillettes, ces câpres, que je ne me lasse de les contempler. Les gousses d’ail m’enchantent. Elles sont tièdes et fondantes, à peine croquantes sous la dent. Elles ne font pas long feu ! On les déguste à toute allure. Les assiettes de charcuterie arrivent ensuite, accompagnées chacune de salade fraîche agréablement assaisonée. Une bonne huile d’olive, ça change tout.

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La présentation est chouette, sans prétention mais pas négligée pour autant. On se délecte de nos assiettes, confortablement installés dans nos fauteuils moelleux. Bercés par Sinatra, on a bien envie de s’envoler jusqu’à la lune et de swinguer among the stars. Un peu plus et on fredonne « you are all I long for  » entre deux rondelles de charcuterie.

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La bougie se consume, la flamme vacille. On se lève, on descend les escaliers surchargés de colonnes de bouteilles, Albert King en fond sonore. Charmés, on retient l’adresse si fortuitement découverte. On l’aime bien, c’est décidé, et tout en tournant le dos aux étals croulant sous les bocaux, on se demande « what were the chances that we’d be sharing love before the night was through* « . On se permet d’être enchantés. Après tout, « It turned out so right, for strangers in the night*   » .

* Extraits de « Strangers in the night » de Frank Sinatra

Da Rosa, 62 Rue de Seine, 75006 Paris

L’addition : une entrée apéritive + un plat = 20 euros

Dip’s

Restaurant Paris

L’intitulé laisse songeur. Quoi, on va vraiment tout tremper dans une tripotée de sauces ? Ma première pensée à la vue de ce titre : « Dip’s, ou comment noyer le poisson ». Au sens propre et figuré, d’ailleurs. Car un bol de sauce accompagne chaque plat, chaque coup de fourchette se voyant dans l’obligation d’atterrir dedans. Je m’attends donc à une cuisine pas très soignée. Car en recouvrant tout de sauce, il devient certes plus facile de dissimuler les défauts…

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Avant même de critiquer la cuisine, le décor laisse pensif. Encore un décor froid et pas très inspiré, donnant l’impression d’avoir été conçu sur le tas, à la va-vite, et un peu au rabais. C’est quand même plus sympa d’avoir une ambiance un peu plus travaillée. Ceci dit, la cuisine peut se révéler plus réussie.. sauf que ça n’est pas vraiment le cas. En même temps, quand on voit l’allure des « cuisines », on a tout compris. Un seul cuistot enfermé dans un placard s’évertue à préparer les assiettes à temps. C’est tout juste s’il a quatre plaques chauffantes. Et encore, électriques. Au gaz, ce serait trop demandé. Voici donc le résultat :

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Escargots sauce au vin en entrée, filet de colin sauce au fenouil et boeuf brocolis sauce poivrée en plats. Ces derniers sont accompagnés de frites et de leur sauce « maison », dévoilant derrière une description pompeusement nulle de la serveuse une épaisse mayonnaise semblant sortir tout droit d’un pot Amora. Fait bizarre, les frites (natures) relèvent un peu le niveau des assiettes. Elles sont bien épaisses et bien croustillantes. Mieux vaut s’abstenir de les revêtir de l’épais et étouffant pull blanchâtre servi en accompagnement.

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Les assiettes sont assez insipides, on comprend alors pourquoi leur sauce est tristement nécessaire. Les prix sont certes relativement bas pour un dîner ( formule à 25 euros entrée-plat-dessert) mais alors le résultat est raté.
Le dessert assoit ce funeste échec culinaire. Les gaufres sauce caramel au beurre salé sont sûrement décongelées et n’ont pas plus de goût que le reste. Le flan reste un équivalent de flan industriel peu engageant.

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Bon, avec cet intitulé, c’était un peu tenter le diable que de pousser la porte. Ce dernier nous a rôtis à la broche et consumés pour mon manque de discernement. Une fois suffit, la prochaine fois que ça sent ainsi le brûlé, je passe mon chemin !

Dip’s, 62 Rue Monsieur le Prince, 75006 Paris

L’addition : menu soir entrée-plat-dessert = 25 euros

The Frog and Princess

Bar à bières

A cours d’appétit (une fois n’est pas coutume) et à cours d’inspiration après une journée éreintante, nous nous mettons en quête de boissons mousseuses mordorées promptes à nous détendre. On plonge pour cela à pieds joints dans un conte de Grimm dans lequel les fûts de bière remplacent l’eau du puits, et dans lequel le lancer de balle dorée se voit supplanté par la réception de liquide blond au fond de chaque verre. Vous l’aurez compris, le bar à bières The Frog and Princess nous a ouvert ses portes.

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Point de pattes palmées humides pour nous accueillir cependant. Ou alors une grenouille transformée par une princesse mal intentionnée en armoire à glace crispée. Car un monsieur aux épaules sur-développées est curieusement posté dans un coin, l’air de rien, occupé à piétiner sur place, faisant office de portier par intermittence. Mieux vaut ne pas s’y frotter, au portier. Si on tire la porte au lieu de la pousser…gare à nous. Un portier surdimensionné irrité, ça peut devenir impressionnant.

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Nous voici donc dans l’antre de la Princesse. Noblesse oblige, on nous offre une palette de shots des six bières pression maison proposées ici. Le concept est marrant, et me sort bien de l’embarras.

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On passe donc commande. Une bière brune pour mon ami ( « Dark de triomphe ») et une blonde citronnée pour ma part. On sirote allègrement, la boisson est fort agréable. Point de grenouille pour venir troubler nos glouglous. Nous n’avons rien égaré, pas de risque donc de voir se pointer un animal humide et gluant en quête de mauvais sort à briser.

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Des mauvais sorts, il y en a pourtant ici. L’ambiance, pour commencer. On se croirait dans une grande chaîne de magasins de vêtements. On dirait qu’ils se sont débarrassés des portants et qu’ils ont mis des tables à la place. C’est froid, pas très ancien mais bien mal vieillissant, pas très entretenu. La carte, ensuite. En la découvrant, on se croit propulsé plus seulement dans un magasin de vêtements, mais dans un « mall » américain. Oignons frits, ailes de poulets, potatoes et une ribambelle de fritures habillent un carton plastifié excessivement graisseux. Mais ne soyons pas médisants, nous sommes venus pour siroter une bière, et nous sommes plutôt contents du résultat. Je ne risque pas d’y remettre les pieds pour dîner, mais pour prendre un verre, soyons conciliants, c’était plutôt sympa. Reste à savoir quelle Princesse bien lunée finira par donner un baiser à cette grenouille émechée !

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The Frog and Princess, 9 rue Princesse, 75006 Paris

L’addition : une bière = 7 euros

Cake citron-pavot

Recette cake citron

Le presse-agrumes goutte consciencieusement. Flop, flop. De petites éphélides de farine habillent le plan de travail. Une éclaboussure de blanc d’œuf trahit le trajet de mes gestes. Quelques graines de pavot combattent de petits tas de poudre d’amande semés par ci par là. Me voilà prise sur le fait. J’élabore ma « recette du dimanche » n°2. Une combinaison pas tarte du tout pour un cake moelleux comme tout. Un cake ventripotent parfait pour ces après-midi glaciales où le froid mordant nous pousse à engloutir plus de calories que de raison.

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Me voilà donc prête à fouetter 200gr de sucre avec 4 œufs. Une fois le mélange blanchi, je rajoute 250g (hiver polaire oblige) de beurre mou, le zeste d’un citron et son jus, 280g de farine et 1/2 sachet de levure. J’ajoute 40g de poudre d’amande et une pincée de fleur de sel. Sans oublier l’ingrédient miracle : 3 cuillères à soupe de graines de pavot. J’enfourne ma pâte charbonneuse à 180° ( thermostat 6) pour environ 40 minutes.

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A la sortie du four, mon petit protégé grelotte. Après avoir pris ses aises sous les tropiques, il s’accommode difficilement aux 15 cm de neige verglacée s’accumulant à la fenêtre. Une petite écharpe de sucre glace citronné s’impose.

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Je tricote pour cela prestement une maille constituée d’un blanc d’œuf battu, de 150gr de sucre glace, du jus d’un citron et de quelques petites graines de pavot.

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Le voilà prêt à affronter mes couverts glacés. Le résultat est plutôt concluant, aucune contracture musculaire de lutte anti-froid : l’ensemble est moelleux à souhait. Trois coups de cuillères et nous voilà à notre tour réconfortés. Prêts à affronter les trottoirs enneigés et glissants, recouverts d’une épaisse poudre blanche sous un ciel grisâtre chargé de reproches. Gageons que d’ici ce soir, ce frileux cake hivernal se sera niché pour de bon dans nos estomacs !

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Recette Elle à Table

Le 5ème Cru

Bar à vins

Bien placées bien choisies, quelques bouchées font une poésie. Les mets, il suffit qu’on les aime, pour écrire un poème…Ici se bousculent sur la carte ardoise de fromages, terrine de canard, ardoise de charcuterie, rillettes de tourteau, maquereau, terrine de lapin, ventrèche de thon, rillettes de saint-jacques … L’esprit bar à vins soufflé sur nos têtes à l’entrée, comme le courant d’air chaud ravissant nos visages et doigts gelés au moment de pousser la porte, est respecté 100 %. Pas de plats faussement bien faits, pas de carte à rallonge. Le vin se révèle l’ingrédient principal, les plats sont relégués au rang d’accompagnement. Mais attention, d’accompagnement fort réussi. Car, on attend d’être ravis, pour que naisse la poésie.

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Les caisses de vins empilées pêle-mêle dans tous les coins donnent le ton. On se glisse dans une antre de « vinaddicts », croulant sous les bouteilles. L’ensemble éclairé à la lueurs de quelques ampoules et de quelques bougies nichées dans des…bouteilles vides. La détente est ici de rigueur. Pas de carte déposée froidement sur le coin de la table. On nous demande de façon très sympa et pas guindée du tout ce dont on a envie, on nous propose quelques bouteilles, on nous fournit quelques explications et on nous laisse réfléchir un peu. Histoire de ne pas regretter la bouteille au bout de deux gorgées.

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Car il faut accompagner les mets, pour intituler le sonnet. Un Chenin accompagne nos plantureuses ardoises de fromage et de charcuterie. Les rondelles de saucisson répètent les exercices d’étirement pour se mesurer aux replets morceaux de brie et de tomme de brebis. Un majestueux monticule de rillettes rythme le tout. Une, deux, une, deux.

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Une fois nos deux gigantesques assiettes englouties, on approche de la clôture du dîner. Un peu de sucre pour adoucir les bords externes de nos langues desséchées par la danse salée des rondelles rosées précédemment dégustées. Un baba au rhum et un crumble pomme-rhubarbe réveillent d’autres bataillons de papilles pas mécontents de sortir de leur léthargie. Car les desserts ne sont pas mal du tout.

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L’ensemble de la soirée pétille, on approche de la poésie. On sort l’esprit gracieusement ralenti. On a tout savouré, de la première bouchée à la dernière gorgée. Sans oublier que d’autres fois, on pleure on rit, en savourant une poésie. Ça a toujours kékchose d’extrême, un poème.

Le 5ème cru, 7 Rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris

L’addition : une ardoise de fromages + une ardoise de charcuterie + deux desserts + une bouteille de vin = 35 euros par personne

Pancakes

Recette Pancakes

Time to cook, finally ! Après une semaine harassante se terminant le samedi soir, quoi de plus sympa que des pancakes pour le petit-déjeuner du dimanche ? Hop, on troque notre blouse surdimensionnée pour un tablier, on enfile notre toque de cuistot du dimanche, et c’est parti. On sort un saladier, le fouet, les ingrédients. Sans oublier ma mini-poêle exclusivement réservée aux crêpes mini-size.

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Dehors, le ciel est interminablement gris. Même la Seine frôle le brun marécageux ces derniers temps. Alors raison de plus ! Je compte bien sur mes petites galettes mordorées pour redonner un peu de peps à cette journée grisâtre. D’autant plus que les pancakes, ce n’est pas compliqué à réussir. Recette simplissime pour un résultat garanti. Ça vous tente? Top chrono.

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On sort 500 g de farine, qu’on tamise avec un sachet de levure. On ajoute ensuite 80 grammes de sucre semoule. On creuse un puits, qu’on comble avec 5 oeufs. On fouette. On ajoute petit à petit 600 mL de lait. On fouette, encore et encore, bien énergiquement. Pâte lisse oblige.

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Sans oublier de graisser un poil la poêle, on dépose de petits tas de pâte, et on les laisse cuire doucement.

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Et voilà ! Arrosés de sirop d’érable, ils feront un tabac. A nos assiettes, à nos couverts, vite, un pancake chaud et moelleux, ça n’attend pas !

Mexi And Co

Restaurant Mexicain

Il faut bien dire ce qui est, les restaurants mexicains décrochent rarement un prix d’excellence. Les nachos noyés sous du fromage fondu ou les burritos de 3 kilos tiennent plus du « fast-greasy-heavy food » qu’on regrette d’avoir goûté à peine après avoir dégluti les premières bouchées. Mexi And Co… ne fait pas exception. Mais au moins, on déguste nos chips et notre sauce guacamole dans un décor plutôt chouette. Adios les chaises et tabourets en plastiques glissants recouverts d’un monticule d’empreintes huileuses, ici on sort les tabourets colorful et les guirlandes de piment.

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Les murs sont tapissés d’étagères jaune citron, rouge poivron, bleu piscine et vert d’eau, remplies de sauce pimentées, d’eau de coco, de boîtes de haricots rouges et de bière Corona. Les chapeaux de paille et paniers en osier suspendus au plafond côtoient des boules à paillettes et une rigolote pyramide de bouteilles vides .

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Après avoir habité 2 ans à trois pas de ce mexicain, je me décide enfin à franchir cette bâche plastifiée donnant sur la rue et à faire retentir la clochette de la porte. On s’installe donc sur des tabourets un peu boiteux mais charmants, et on commande nos chips. On les trempe dans une sauce pimentée et dans une sauce guacamole plutôt fraîche et goûtue, avec de dodus morceaux d’avocats. On déguste notre Corona face à une toile exotique et colorée.

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La salle est quasiment pleine, et le rythme ensoleillé des morceaux de guitare diffusés nous aide à avaler notre burrito sans trop nous plaindre de sa lourdeur. Après quatre bouchées, ce magma de boeuf, haricots rouges et fromage fondu colmate l’entrée de notre estomac, mais bon. Un peu de sauce pimentée supplémentaire et on tolère le caractère peu gracieux de cette composition.

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Le verdict reste sans appel concernant la cuisine : Mexi And Co n’est autre chose qu’un fast-food version pimentée. Ceci dit, l’ambiance nous a détendus et nous a permis d’oublier notre journée épuisante passée.

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Le souvenir n’est pas si désagréable. L’ensemble picote, dans le bon comme dans le mauvais sens. Sauce piment oblige !

Mexi And Co, 10 rue Dante, 75005 Paris

L’addition : une entrée + un burrito + une bière = 20 euros

La Gazzetta

Restaurant Paris

Encensé par le guide du Fooding, Petter Nilsson, chef scandinave du lieu, n’a pas vraiment remué de sentiments chez moi si ce n’est celui de lassitude et de déconvenue. Mes connexions nerveuses ne se sont pas embrasées à la dégustation de chaque étape du menu. Après un court moment d’excitation à la vue de chaque plat, ça dégringole à la première bouchée. A la dernière, on se dit que le plat suivant sera plus inspiré. J’espère, j’attends, j’y crois un court instant, et puis je finis par hausser les sourcils de désappointement. Elles sont joliment présentées, les compositions de Petter Nilsson. Sauf qu’une fois la fourchette mise en bouche, on se dit que c’est charmant à regarder, mais ça s’arrête là. C’est lassant. D’autant plus que de l’entrée au dessert, le menu emprunte une pente dangereusement glissante, pour terminer en bas des pistes, avec des remontées mécaniques clairement en panne.

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Le mélange des genres est déjà étonnant : un restaurant nommé « la gazette » version italienne, par un chef scandinave, avec un décor ni scandinave ni italien, frisant le décor de restaurants giga-size pour touristes en mal de mètres carrés américains. Le service est heureusement très agréable.

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On débute par un yaourt de panais et raifort accompagnant une pizza poires-romarin, et ça ne commence pas très bien. Des morceaux quasi-inexistants de poire habillent une pâte hyper sèche. Mais conditionnés par l’article adulateur du Fooding, on se dit que « l’une des tables les plus gracieuses de l’est parisien » a bien autre chose à nous offrir que cela. Le démarrage est laborieux, mais on espère se trouver face à un moteur diesel, prêt à rugir et à nous renverser au passage. On poursuit avec un « épeautre-otto » (comprenez « risotto à l’épeautre ») au cresson. Le jeu de mot est vraiment bien trouvé, et ravive mes espoirs. Verdict : bon, mais pas ébouriffant du tout. Néanmoins (et heureusement ) plusieurs crans au dessus de l’apéritif. Le riz d’agneau rôti aux navets et amandes a été pour sa part très apprécié.

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Chaque plat donne pourtant l’impression d’une difficile lutte pour gravir les échelons de la cuisine fine et inspirée. Et la lutte s’avère ardue. Le plat se révèle très moyen, le dessert frôle la cruelle déception. Mes salsifis fumés, trompettes et chou m’ont laissée de marbre. Pire, une fois mes couverts reposés, j’ai la désagréable impression d’avoir avalé une plaque de ciment. La présentation reste toutefois plutôt ravissante, et rattrape la désagréable impression de panne d’essence du chef cuisinier.

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Sévère panne d’essence. En quoi une tarte aux poires (encore !) sèche et caoutchouteuse, un ersatz de panna cotta au jasmin et un sorbet au cacao penchant vers la glace pilée insipide, « repoussent les limites de la figure imposée », il faudra me l’expliquer. Si on avait laissé fondre le sorbet, on se serait retrouvés avec un verre d’eau pas plus parfumé que l’eau coulant de notre pommeau de douche.

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A la fin du repas, j’ai l’impression d’avoir construit un véritable édifice au sein de mon estomac, tant la sensation d’avoir englouti un amas briques me tourmente. Ce n’était pas mauvais. Mais lourd, lourd, et de moins en moins fin. La Gazzetta serait-elle en déroute ? Une chose est sûre, la déconfiture, ça la dessert !

La Gazzetta, 29 Rue de Cotte, 75012 Paris

L’addition : menu soir = 39 euros

En attendant l’Or

Brunch Paris

L’intitulé du restaurant n’est pas trop mal choisi. Il faut dire qu’ici, on a un peu l’impression de tout attendre. On attend trois heures l’assiette salée initiale bourrative à souhait. On attend encore plus longtemps que le serveur nous débarrasse de nous assiettes dégoulinantes de graisse. Et surtout, surtout, on attend désespérément de tomber sur un plat ou un dessert de qualité. Sans succès. Mais allez savoir pourquoi, la foule se presse aux portes de ce restaurant. Car du monde, il y en a. Autant vous le dire tout de suite : c’est plein à craquer.

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S’empiffrer à volonté de mets grossiers dégoulinant d’huile de palme, merci bien. Avoir un oursin dans son porte-monnaie, ça peut avoir du bon, mais pas jusqu’à noyer son sens critique au fin fond d’un marécage de mauvaise foi. Plutôt que de payer 25 euros pour un brunch de qualité, les clients choisissent ici de payer 21 euros pour un brunch pas bon, mais alors pas bon du tout. Mais brunch à volonté oblige, tout le monde a l’impression de faire une bonne affaire. Peu importe qu’on nous serve une insipide omelette couleur blanc cassé, accompagnée d’une cuisse de poulet graisseuse sortant tout droit de chez Liddl ou pire, l’indécrottable formule du repas à volonté fonctionne, et n’a pas fini de faire des adeptes. Le pire, c’est que les clients se bousculent au comptoir pour surcharger leurs assiettes de cette catastrophe culinaire.

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La danse des jeux de coude pour attraper le dernier morceau de pizza exclusivement composée de « fromage » rapé est interminable. Les doigts s’agitent frénétiquement pour s’armer de couverts et plonger dans les bols surdimensionnés de salade de riz ou salade de pâtes ( là, vous comprenez qu’on tombe bien bas). Les épaules se bousculent pour saisir les derniers beignets de calamars.

On a la sensation de se retrouver au restaurant universitaire, sauf qu’à la différence de la file d’attente secouée de soupirs irrités, on découvre ici une file d’attente avide d’engloutir un fiasco culinaire. Ça devient presque une épreuve de terminer son assiette. Il faut bien avouer que le resto U à volonté, c’est quand même un peu l’angoisse.

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Pire qu’un flop, c’est un véritable coup dur. C’est déjà difficile de se nourrir au self de l’hôpital toute la semaine, mais retrouver cet ersatz de cuisine le week-end, c’est assez démoralisant. Alors certes, entre copains c’est toujours sympa, et ça en fait presque oublier ( sur le coup) ce désastre architectural. Car de l’entrée au dessert, on a envie de tout dynamiter. Comme de vieux immeubles délabrés pour lesquels arrive un moment où leur reconversion en tas de poussière permet de métamorphoser un quartier peu gouleyant.

Fermons donc la porte sur ce brunch raté, et gardons-la bouclée à double tour. Sans oublier de jeter la clé aux oubliettes.

En attendant l’Or, 6 rue Faidherbe, 75011 Paris

L’addition : brunch = 21,50 euros

Le Tournebièvre

Restaurant paris

D’ordinaire, La Fourchette et moi, on n’a pas vraiment d’affinités. Mais je dois avouer que ce site nous a permis de passer une bonne soirée, au détour d’un « et si on allait au resto ? ». On sort notre iphone, on ouvre l’application, que d’ordinaire je n’utilise jamais. Cette fourchette verte, je ne sais même plus dans quel dossier oublié de mon iphone je l’ai reléguée, tant elle ne m’inspire pas confiance. Ses bons plans à la noix ont l’art de m’agacer, n’en déplaise aux défenseurs de l’ustensile olivâtre. Car les bons restaurants, on se demande où ils les ont cachés. Il y en a, certes, mais alors les bons plans pour ces bonnes adresses, bien sûr il n’y en a pas. La Fourchette m’agace, vous l’aurez compris, mais je lui donne pourtant une nouvelle chance de regagner sa place aux côtés du Fooding, application phare de mon téléphone, concurrençant le vidal mobile quant au nombre de clics.

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Voici donc le restaurant dans lequel notre fainéantise nous a guidés, aiguillés par les conseils du vert couvert. L’échoppe fait très attrape-touriste, vue de l’exterieur, et on commence par se dire « oulala ». Mais halte aux mauvais sentiments à l’égard de ce guide, une fois entrés, c’est déjà mieux. L’endroit est plutôt cosy. Les seuls clients présents à notre arrivée sont des touristes américains, mais ne soyons pas de mauvaise foi, ils ne sont pas forcément constitués de papilles formatées à n’apprécier que la graisse et les plats bien grossiers. Leurs « huumm…so good !  » peuvent s’appliquer à une cuisine effectivement digne de ce nom. Car ils ont bien l’air ravis du contenu de leurs assiettes. Et nous faisons bien de ne pas mettre si vite leur jugement en doute, car la soirée se déroule très bien, et le cuisinier réussit à faire remonter La Fourchette dans mon estime. Ce n’est pas de la haute voltige, loin s’en faut, mais c’est tout à fait correct.

Le choix de mon ami se porte sur des escargots, suivis d’un filet de canette. Je choisis pour ma part une salsa de crevettes se trémoussant autour d’un assemblage salé-sucré de mangues et avocat, puis un dos de cabillaud.

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J’ai à nouveau regretté de ne pas avoir pris les escargots. La prochaine fois que l’occasion se présente, je saute dessus. Le plat était ensuite un peu massif, mais pas si mal.

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Le vin a sans doute joué un rôle de taille, puisqu’il nous a clairement bien plu. Un côte de Beaune souple en bouche, parfait pour oublier le côté un peu lourdaud de la composition des assiettes.

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Car avec le dessert, ça ne s’arrange pas vraiment. Moi qui pensait alléger un peu mon estomac déjà dangereusement distendu, c’est raté. La fraicheur de fraises et framboises s’avère être encore plus mastoc que le cheesecake de mon ami. Trois framboises et deux fraises tentent de garder la tête haute dans un magma de crème au citron bien épaisse et un peu écœurante. Il faut s’armer d’une canne à pêche pour les retrouver. Le cheesecake au citron a néanmoins bien plu à mon ami. Il avait l’air étonnamment léger, et lui au moins ne tentait pas d’étouffer les trois quartiers de fraises qui lui tenaient compagnie.

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Le dernier verre de vin clôt comme il faut ce dîner, et nous laisse partir avec une impression pas si désagréable. Les Américains n’avaient finalement pas complètement tort. Les prix sont corrects, et le service plutôt irréprochable. La cuisine manque de peps, mais se laisse apprécier. Une adresse de secours si une table dans un véritable bon restaurant s’avère difficile à dénicher. Ce n’est pas encore ce soir qu’on tordra le cou au cliché de l’américain pas très fin, mais on en prend le chemin !

Le Tournebièvre, 65 Quai de la Tournelle, 75005 Paris

L’addition : menu soir entrée-plat-dessert 33 euros

Rino

Restaurant Paris

Embarquement pour Roma. Destination finale : la table d’un cuistot travaillant une cuisine française revisitée à l’italienne. Car chez Rino, le chef est romain. Sans renier ses origines, il choisit de les saupoudrer sur des plats à la charpente française, plutôt que d’en faire les stars du menu. A la pasta vous ne vous frotterez donc pas. Pas plus qu’aux antipasti. Vous trouverez par contre en lieu et place de la composition habituelle entrée-plat-fromage-dessert, une succession d’entrée, poisson, viande et dessert. Si vous choisissez le menu « 4 plats ». Car Rino décline son dîner en deux sonates : l’une en « quatre plats mineur » et l’autre en « six plats Majeur ». La première à 41 euros, la seconde à 56 euros.

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Ce sera la formule 4 plats pour notre part. Le dîner débute pourtant tard, d’autant plus qu’à notre arrivée, à 22 heures passées, notre table est toujours occupée. La serveuse nous offre gentiment un verre de vin pour faire passer la pilule. Qui passe bien. On entame notre repas aussi souriants qu’à notre arrivée, même avec une demi-heure d’attente dans les jambes. Il faut dire qu’on a pu lorgner sur les moulinets et autres gestes effrénés des cuisiniers, ultra concentrés sur la réalisation de chaque assiette.

Nous débutons donc par un ravioli de potimarron, langoustine et coriandre. Et c’est une entrée magistrale. Savamment élaborée. Un piacere.

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Le chef poursuit l’adaptation de sa partition et nous sert de la lotte aux cacahuètes, salade de chicorée et pamplemousse. Un successo, là encore.

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Les serveuses battent consciencieusement la mesure. Elles nous apportent une assiette de côte de boeuf et ses carottes, son chou, arrosés d’huile de sésame et emmitouflés de tapenade. Et c’est toujours aussi bien. Super joli, super tasty, et pas radin du tout. Chaque plat pétille sous nos yeux et nous réchauffe de couleurs plutôt éclatantes.

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Puis vient le coup de baguette final : un gâteau de pommes, une glace aux céréales, une mousse au foin et ses fruits secs. Sans être le clou du spectacle, c’est au moins presque aussi bien que le reste.

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C’est décidément une réussite. Un peu plus et je me mettais à applaudir. Aucune longueur, aucune fausse note. Une chouette représentation. Qui nécessite toutefois de prendre ses billets un bout de temps à l’avance.

Mais il est minuit passé. On quitte le restaurant les yeux mi-clos mais le sourire aux lèvres. Un dernier coup d’œil au potimarron rondouillard se prélassant sur le comptoir, et on se dirige vers les trottoirs humides de la rue Trousseau. On referme la porte sur la dernière page d’une partition remarquablement exécutée.

Rino, 46 rue Trousseau, 75011 Paris

L’addition : menu soir 41 euros

Marcovaldo

Brunch Paris

Un endroit insolite. Rempli de bouquins. Composé de tables et chaises joliment dépareillées. Avec des photos un peu usées pas parfaitement accrochées aux murs. On n’a même pas envie de leur donner un petit coup d’index pour les remettre droites. Elles sont de guingois et c’est très bien comme ça. Chez Marcovaldo, le concept de « libreria caffè » ne s’arrête pas à des bouquins empilés le long des tables. On peut déjeuner, goûter, bruncher le week-end, assister à des concerts à consonance italienne, prendre des cours de cuisine avec la « mamma  » italienne, la vraie, ou même prendre un « Aperital », entendez « atelier d’italien autour d’un apéritif ».

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La place est tenue par des italiens, bien sûr. Super souriants, super gentils. Avec un coin « killer kitchen » au fond, reservé pour le capocuoco. Qui nous prépare le brunch du jour : pain-beurre-confiture, jus d’orange et thé vert pour commencer. Suit un plat composé de : « tortino » bio de couscous, potiron et noix de muscade, d’une crème bio d’azuki et noix de cajou accompagnées de pain de kamut fait maison, d’une bouchée de mozzarella de Bufflonne et jambon aux herbes, et d’une salade de jeunes pousses, pommes, kakis et grenades. Avec un morceau de pecorino en plus.

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Huum. C’était super savoureux. Ça change des formules brunch faites pour vous remplir l’estomac avec une omelette gigantesque et des beignets de légumes dégoulinants d’huile de friture. Des produits bien sélectionnés et bien cuisinés, c’est tout de même autre chose. Même le simple morceau de pecorino et les tranches de jambon aux herbes étaient de qualité. Le seul ingrédient de la carte à volonté est le thé vert, et il faut bien admettre que « thé vert à volonté »  sonne plus distingué que « brunch à volonté « .

Nos derniers coups de fourchettes, ou plutôt de cuillères, atterrissent dans un carrot cake, un tiramisu et un gâteau au chocolat. Simples mais pas trop gras, une plaisante et légère façon de mettre un point d’orgue au repas.

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Une dernière gorgée de thé vert et il est temps de s’en aller. Les vitres opacifiées de buée ne nous engagent pas à ressortir dans le froid mordant de ce mois de décembre. Avant de partir, on soulèverait bien la cloche en verre des présentoirs à gâteaux situés dans l’entrée, juste pour prendre une dernière bouchée de carrot cake. Ces derniers nous rappellent, au moment de pousser la porte, qu’il nous faudra revenir pour y goûter à nouveau. Sans problème, car des brunchs comme celui-là, on aimerait bien en découvrir plus souvent !

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Marcovaldo, 61 rue Charlot, 75003 Paris

L’addition : brunch = 21 euros par personne

Berthillon

Glaces Berthillon

Pour les non-parisiens, qui se demandent si Berthillon vaut vraiment le coup…oui ! Absolument, même. Passer à côté de leurs glaces, c’est un crime. Sans être amateur de sorbets ou crèmes glacées, il est impossible de rester insensible à une boule de glace pistache ni à ses acolytes cassis ou caramel au beurre salé. Elles sont juste délicieuses. On a l’impression d’avoir un caramel au beurre salé en train de fondre dans la bouche, ou de croquer une framboise parfumée ou encore mieux une fraise des bois fraîchement cueillie. C’est surprenant à chaque bouchée. Et quand on voit la longueur de la file d’attente en plein hiver, on comprend pourquoi la maison mère se permet de fermer ses portes en été.

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Coup de chance, lors de ma dernière visite, il n’y avait pas de file d’attente à l’extérieur. Mais pas de table libre bien sûr. On se prend tout de même un cornet , et deux boules de glace pistache-caramel au beurre salé boulottées dans les ruelles de l’île Saint-Louis suffisent à me rendre le sourire.

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J’en oublie même mes doigts gelés. Qu’ils deviennent tout blancs et engourdis, peu m’importe, la lente dégustation de mon cornet prime sur le semblant de syndrome de Raynaud se jouant à mes extrémités. Et puis la ballade dans les rues reposantes de l’île Saint-Louis accroît encore le plaisir. Ce n’est pas comme si on avalait nos boules de glace rue de Rivoli. Point de boulevard assourdissant, point d’artère engorgée de moteurs vrombissants.

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Tout donne envie de revenir, encore et encore. Berthillon est une enseigne connue de tous, au moins de nom, sa réputation n’est certes plus à faire. Et pour une fois, on conçoit parfaitement pourquoi.

Berthillon, 31 Rue Saint-Louis en l’Île, 75004 Paris

L’addition : 2 cornets de 2 boules chacun = 7,50 euros

La Cie des vins surnaturels

Bar à vins

Point d’enseigne pour la compagnie des vins surnaturels. A la place, une devanture nue et intrigante. D’épais rideaux masquent la foule de clients éclairés à la lueur de quelques bougies vacillantes. On se demande ce qu’on va découvrir en poussant la porte. Un décor confortablement raffiné ? De bons vieux fauteuils en cuir surdimensionnés douillets à souhait disposés autour d’une veille cheminée en marbre ? Des banquettes fleuries aux coussins rebondis ? Ce sont un peu les images qui se dessinaient dans mon esprit avant de franchir la porte. Verdict : pas du tout ! C’est pourtant l’effet recherché. Les banquettes et les fauteuils sont bien au rendez-vous, la cheminée au fond également, mais le tout dans une tonalité moderne-cheap. L’idée est là, mais le résultat est plutôt moyen. Les fauteuils sont rigides et inconfortables. Le plafond est défiguré par un énorme caisson en plastique, les murs tapissés d’un papier peint pas très heureux. Mais ne médisons pas trop, il reste quelques points sympas.

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Le vin, pour commencer. C’est un bar à vins après tout, ne l’oublions pas ! La palette de prix est pour le moins…étendue. Un verre à 8 euros, c’est possible, à 80 euros, c’est possible aussi. Mon choix s’est porté sur un verre à 11 euros, un côte du Rhône rouge de chez Laurent Tardieu. Et je n’ai pas été décue du tout ! Encore une fois un rouge léger comme je les apprécie.

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Les assiettes maintenant. Là le résultat est plutôt mitigé. C’est une arnaque côté prix, mais qui ne se digère pas si difficilement : c’est microscopique (littéralement) mais au moins, c’est super bon. Il n’en reste pas moins que 6 bouchées de carpaccio de boeuf de 1 x 2 cm à 17 euros…c’est osé.

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Les desserts sont par contre moins onéreux : 10 euros pour une pâtisserie de taille normale. Mon Saint-honoré n’était pas renversant mais honnête. Les petits choux étaient frais, et la crème chantilly avait un goût prononcé de vanille très agréable.

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Le service n’est par contre pas très efficace. Littéralement une heure entre nos deux « assiettes » ( « coupelles » serait plus approprié) de carpaccio. On a l’impression qu’ils sont complètement débordés. Mal organisés, c’est une certitude.

Mais le plus frappant dans ce bar reste le style de la clientèle. Uniformément bling-bling. On dirait des joueurs de foot. Cheveux gominés, montres Rolex et chaussures à bout pointu, ils s’enfilent des bouteilles de vin ultra expensive les unes à la suite des autres, entre quelques phrases composées de cinq mots difficilement mis bout à bout. C’était le cas du groupe d’à côté, et d’une bonne partie de la clientèle ce soir là.

L’arrière-goût de cette soirée n’est pourtant pas si désagréable. Certes, je n’y retournerai sûrement pas de sitôt, mais je reconnais un bel effort de mise en scène. Et puis n’oublions pas que le point central de la soirée, le vin, était plutôt chouette. En dépit de l’ambiance plutôt discordante, ça a le mérite de devoir être souligné. En gras.

La compagnie des vins surnaturels, 7 rue Lobineau, 75006 Paris

L’addition = 6 bouchées apéritives + un dessert + un verre de vin = 35 euros

Chez Georges

Bar rue des Canettes

Que serait un petit verre sans prétention sans ses éternelles rondelles de saucissons ? Chez Georges, au Comptoir des Cannettes, on ne déroge pas à la règle. Car oui, ici, c’est sans prétention, dans des verres même pas à pied, avec de bonnes grosses rondelles de charcuterie bien épaisses et bien irrégulières. En un mot : chouette. Pour passer un moment sympa entre copains j’entends, car la musique est tout de même hyper noisydans la cave voûtée. Mais par ce temps, impossible de rester à l’étage, où il fait juste un poil plus chaud qu’à l’exterieur. La température est optimale pour un sapin, qui s’y plairait sans nul doute un bout de temps sans perdre une épine. On a l’impression en entrant d’apercevoir quelques habitués du comptoir, un peu plus bouffis et rougeauds que la décence ne l’autorise, et on comprend pourquoi il leur faut quelques degrés de moins. Ceci étant dit sans aucun sarcasme, il est bien admis qu’après un certain nombre de verres, on a envie de prendre un peu l’air.

Mais intéressons-nous à la salle du sous-sol, remplie à craquer à notre arrivée. Heureusement pour nous une toute petite table attendait sagement notre arrivée. On s’installe donc, sur des chaises un peu bancales mais pas si inconfortables, accoudés à une minuscule table recouverte d’une nappe d’une couleur incitant à prendre une bouteille.. de vin. On s’empresse donc de commander une bouteille de Sancerre rouge (de chez Paul Cherrier). Encore un Sancerre rouge ! Mais oui, car les vins rouges puissants et gorgés de tanins ont l’art de ne pas me satisfaire. Les rouges légers, en revanche, me font fondre.

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Et celui là ne m’a pas déçue. Un peu moins bien que celui de François Crochet goûté au Cotte-Rôti, mais tout de même pas mal du tout. Léger sans être inexistant. Une bonne surprise. La preuve qu’ils ne poussent pas le style bistrot de campagne du coin jusqu’à nous servir de la piquette.

Car tout respire la décontraction, des verres type cantine à la coupelle de cornichons, en passant par la nappe vieillotte couleur bordeaux. On est un peu serrés les uns contre les autres, mais ça fait partie de l’ambiance, qui est plutôt réussie. Car on se sent bien, et il faut bien dire que ça n’est pas le cas partout. Si on était venus en Moon Boots et avec un bon vieux pull en laine tricoté main, personne ne nous en aurait voulu.

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Une fois la bouteille terminée, on ressort dans le froid polaire de la rue des cannettes. Dur dur, mais avec ce sentiment sympa d’avoir une bonne adresse dans notre répertoire. Car si jamais nous nous trouvons à court d’idées ou à court de places dans le quartier, on sait qu’accoudés à une petite table riquiqui de Chez Georges, on passera toujours une bonne soirée.

Le Comptoir des Canettes – Chez Georges, 11 rue des canettes 75006 Paris

L’addition = 1 bouteille de vin + panier de charcuterie = 15 euros ( par personne, pour 2 personnes )

Les Papilles

Restaurant Paris

En route pour émoustiller nos papilles ! A deux pas du jardin du Luxembourg, un bistrot à l’intitulé bien engageant s’est forgé une réputation. Ici, on dîne à la bonne franquette, mais pas n’importe comment. De bons petits plats à l’accent françois. Point de touristes à outrance. Et s’il y en a, ils sont bien renseignés ! Les bus de pique-assiettes sont étrangers à cette destination, bastion du quartier de la rue Saint-Jacques pas encore transformé en open-frites.

S’il y avait une carte, on s’attendrait presque à voir surgir des mots d’ancien français, tant le concept de marmites cuivrées dodues et débordantes de victuailles semble délicieusement vieux-jeu. Car il s’agit bien de cela. Nous étions deux, et nous avons eu droit à un repas gargantuesque. Ni plus ni moins. On fait ripaille ( comprenez « on mange ») comme quatre dans ce bistrot ! Mieux vaut s’y rendre l’estomac vide, et bien vide. Mais ceci est tout à notre gré (comprenez « nous plaît »), car dans l’assiette, la qualité égale la quantité. Le menu est donc imposé, et se compose d’une entrée, d’un plat, de fromage et d’un dessert. En portions pas squelettiques du tout !

Nous sommes très bien accoillis, et nostre repas débute par un velouté de chou fleur, agrémenté de morceaux de chou croquant, d’herbes et de petits croûtons rissolés au beurre. A la vue de tout ceci, ma muqueuse buccale se réjouit à l’avance. Et avec raison. C’est onctueux comme il faut. Le velouté caresse nos papilles, ravies d’être chouchoutées dans un bistrot à leur enseigne.

En voyant la taille de la soupière, on se pose tout de même quelques questions quant à la suite du repas. Car avec une entrée de cette envergure, le plat promet de ne pas tenir sur la table, au moins !

Mais grâce à nos sympahtiques voisines de table, nous avons un aperçu de ce qui nous attend. Et heureusement pour nous ! Car le velouté se révèle addictif, et nous étions bien partis pour le savourer jusqu’à la dernière louchée. Nous freinons donc nos ardeurs, et nous préparons à engloutir une replète marmite de joue de boeuf aux légumes d’automne.

Car de la joue, il y en a prou (comprenez « beaucoup »). C’est une marmite pour quatre, au moins, et pour quatre gloutons affamés ! C’est énormissime. Trop pour nous, beaucoup trop. Notre serveur nous assure pourtant que la plupart des convives dégustent tout le contenu de cette plantureuse cocotte cuivrée. Ma voisine et moi-même n’en revenons pas ! C’est fou. Mais le chef révèle là sa signature. De bons plats mijotés destinés à vous renvoyer chez vous repu et satisfait. Mieux vaut néanmoins ne pas être sujet aux crises de goutte, vous risqueriez d’en refaire une en sortant !

De la Fourme d’Ambert et son pruneau au vin succèdent au plat. L’association avec le pruneau est très sympa, et forme un bel intermède entre la joue de boeuf et l’épilogue du dîner.

Nous achevons ce souper par une pannacotta sur lit d’oranges avec espuma de caramel. Étant donné l’allure des précédents plats, je ne m’attendais pas à voir une verrine. Et encore une fois, je trouve l’accord pannacotta-orange discordant. Mais la crème est bien réussie, la mousse de caramel aussi.

Ma seule déception touche au vin. Le vin au verre est imposé, et pas terrible. Comme nous nous sommes fait la réflexion avec nos souriantes voisines, nous aurions du prendre une bonne bouteille pour quatre !
Les spots en mode économie d’énergie, c’est un peu dommage aussi.

Le dîner est tout de même un succès, et l’adresse certainement à retenir. On en sort en se rappelant que la bonne vieille cuisine française, c’est tout de même chouette !

Les Papilles, 30 rue Gay-Lussac, 75005 Paris

L’addition : menu soir à 35 euros ( entrée-plat-fromage-dessert) + un verre de vin = 45 euros

Le Cotte-Rôti

Restaurant Paris

Le 1 rue de Cotte a la cote auprès des gourmets. Pas étonnant, étant donné le florilège de « hummmm » ayant ponctué tout notre repas ! Car de l’entrée au dessert, chaque plat égale le précédent en terme de justesse, finesse, et ravissement.

Une charmante salle aux lumières voilées assortit comptoirs et tables basses. On se sent bien. Notre serveur nous apporte l’ardoise du jour, avec son menu à 39 euros pour entrée, plat et dessert.

Un serveur adorable, détendu, prévenant, qui nous met à l’aise d’entrée de jeu au détour d’une phrase bien pensée : « Alors avec ce que vous avez commandé, je pense que cette bouteille à 250 euros fera l’affaire, non ? ». Eclat de rire généralisé, of course. Car il est vrai que face au « L’Ivre de vins », on se sent un peu désemparés, nous vieux étudiants. Devant ces chiffres astronomiques, on écarquille les yeux et on somme notre sympathique serveur de voler à notre rescousse. Ce qu’il fait superbement. Il nous propose une bouteille de Sancerre rouge, à un prix ultra-correct, qui s’accorde avec l’ensemble de nos assiettes, et qui surtout déclenche à chaque gorgée un « hummm » supplémentaire.

Je l’ai a-do-ré ce vin. Il m’a tapé dans le palais, si je puis dire. Léger en bouche sans pour autant oublier de déployer des arômes soutenus et persistants. J’étais presque déçue une fois la bouteille vide ! J’en aurais bien siroté encore quelques gouttes, pour tout vous avouer.

Mais place à la découverte de nos ravissantes entrées : royale d’escargots, écume de pommes de terre et huile de persil pour mon ami :

Royale d'escargots

Pour ma part, un tartare de truite fumée, condiment à l’avocat et pickles de chou fleur constitue une grisante entrée en matière :

Les escargots sont juste parfaits. Pas élastiques du tout. Mon tartare de truite me ravit à chaque bouchée. Et c’est si joli que ça me fend le coeur de défaire une telle composition à chaque coup de fourchette.

Une épaule d’agneau confite doucement autour de la lasagne et du champignon et un filet de daurade en croûte de citron, céleri confit à la grenobloise et beurre noir ravivent nos « hummm » transitoirement envolés. La croûte de citron est fondante et croustillante à la fois, pas trop épaisse. Mon filet de daurade repose sur quelques feuilles de salade croquantes et bien assaisonnées, encerclées d’un duo de purée et de cubes fondants de céleri…c’est divin.

Il est temps de conclure ce chouette dîner. Notre dernier verre de vin accompagne une tarte au citron meringuée et granité de citron vert , et une bavaroise de pommes et son coeur de feuillantine.

La clôture du repas est aussi convaincante que son ouverture. Aucune fausse note d’un bout à l’autre. Pas même l’ombre d’une critique.

Les dernières gouttes de vin sonnent le glas de cette délicieuse soirée. La porte se referme sur nos estomacs remplis et bienheureux. Nul doute que le Cotte-Rôti est un coup de coeur, et un vrai !

Le Cotte-Rôti, 1 rue de Cotte, 75012 Paris

L’addition : menu soir à 39 euros + 1 bouteille de vin =  54 euros ( par personne, pour 2 personnes )

Angelina

Chocolat Angelina

Chez Angelina, le temps d’un chocolat chaud, les aiguilles de nos montres tournent en sens inverse. Ce décor doux, raffiné, coquet, à l’atmosphère ouatée, vous fait plonger plus d’un siècle en arrière, au coeur de la Belle Epoque. Mesdames, ressortez vos corsets, cambrez le dos, ressortez vos manches gigots. Messieurs, revêtez chapeau melon et montre à gousset : la fin du XIX° siècle vous appelle à grands cris !

Demi-tablier noir brodé et col claudine sont de rigueur pour les serveuses. Point de bruit à outrance. L’ambiance se révèle encore plus cosy une fois confortablement installés.

Un petit-déjeuner s’impose, mais pas n’importe lequel : chocolat chaud à l’ancienne et Mont Blanc, les deux spécialités de la maison. Pas question de succomber aux habituels pain-beurre-confiture et  mini-viennoiseries. Non, ici, c’est un « Africain » et un Mont Blanc ou rien !

Ils l’ont nommée « l’Africain » cette épaisse et suave boisson, et on comprend tout de suite pourquoi. On a l’impression de boire une plaquette de chocolat fondue. Point de lait en poudre ni de cacao. Chez Angelina, c’est un chocolat chaud et un vrai. Du chocolat fondu dans un fond de lait, tout juste assez pour conserver le qualificatif de « boisson ». Un peu plus et s’attend à trouver des carrés au fond de la tasse.

Ceci dit, c’est délicieux, mais super épais, presque un peu trop. A tel point que nous comprenons l’utilité de la carafe d’eau déposée en même temps que les chocolats. C’est que ça donne soif de boire un chocolat chaud ici ! Ajoutez à ceci une meringue recouverte de chantilly et de crème de marron ( le fameux Mont Blanc)….Les gourmands à l’excès doivent être ravis, mais les gourmands standards se trouvent dépassés. Car l’association Africain-Mont Blanc de bon matin, laissez moi vous dire que ça ne vous met pas en forme ! A peine sortis du lit, il se peut que vous ayez envie d’y retourner aussi sec.

Le chocolat chaud vaut le détour, c’est certain. Mais j’avoue qu’en ce qui concerne le Mont Blanc, j’ai du mal à comprendre pourquoi ils en vendent 600 par jour. C’est une boule de sucre pas très raffinée si ce n’est pas raffinée du tout, de composition très simple, avec une crème de marron qui, honnêtement, n’a pas trop de goût. Et après trois bouchées, plus moyen de déglutir quoi que ce soit. C’est lourd à souhait. D’où provient un tel engouement pour cette pâtisserie, je ne me l’explique pas.

Néanmoins, le décor est tellement chouette, et le chocolat tellement unique, qu’un arrêt s’impose si vous passez dans le coin. J’éviterai simplement pour ma part d’engloutir deux kilos de sucre lors de mon prochain passage !

Angelina, 226 rue de Rivoli, 75001 Paris

L’addition : un chocolat chaud « africain » + une pâtisserie = 15 euros